Il était une fois....ou la révolution selon Disney.

Publié le par ES


    C’est une histoire qui commence bien et….qui finit bien. Voilà généralement un moyen de résumer les films Disney. Entre les deux, on place un méchant, quelques péripéties, une ou deux chansons et le compte est bon. Pour le cru 2007 (celui de décembre), tout y est, et pourtant les différences, les changements sont immenses. Enchanted démarre comme un dessin animé normal (la princesse, le prince, la sorcière), mais ne finit pas comme la normale. Est-ce le fait d’introduire le mélange dessin et film ? Très vraisemblablement oui. Car le film a beau resté dans la plus pure tradition Disney, il s’agit avant tout d’une farce, d’un gros trait d’humour fait à toute la tradition.
    Car dès la première partie, les références aux anciens dessins animés foisonnent de toute part, des personnages apparaissent d’autres histoires, on se moque de la niaiserie de la princesse, tout en continuant à nous faire rêver au prince charmant qui arrive rapidement. Est-ce tout ? Pas vraiment. Les personnages, une fois plongée dans le New York réel, deviennent grotesque dans un premier temps, notamment le prince est son accoutrement grotesque et bouffon qui conserve une part d’honneur dans son caractère borné, résolu uniquement à retrouver sa belle et ne prêtant guère attention à ce qui l’entoure (et vlan, la norme en prend un coup façon Mickey dans cette louange de la différence assumée). Ne nous attardons pas sur l’humour qui continue le long du film, les références qui ne cessent de se multiplier, les chansons ridicules qui ont l’incroyable pouvoir de mettre un sourire sur le spectateur et passons à la révolution. Car le terme révolution s’accorde parfaitement avec l’univers de ce film (ne serait-ce que pour la révolution au sens scientifique du terme que font les personnages en changeant de monde).
    Révolution d’abord, parce que la différence du dessin animé ne survit pas vraiment dans le monde réel. La princesse si touchante dans son décalage succombe à la société de consommation, abandonne ses robes farfelues taillées dans des rideaux, pour faire les boutiques et faire chauffer la carte bleu de papa. Belle fausse dénonciation du conformisme. Seconde révolution, le sous-fifre de la méchante Reine se rebiffe. L’ordre dans le monde réel ne va plus de soi. A partir du moment où l’on donne une conscience aux personnages de dessin, ils n’acceptent plus gentiment leur rôle. Autrement dit, les dessins animés sont mensongers et emprisonnent les personnages dans une simplicité esclavagiste. La plus grosse révolution de taille se situe cependant au niveau de l’amour. Même si dans une scène assez réussie, la jeune princesse parvient à réconcilier un couple sur le point de divorcer, ne comprenant pas elle-même la notion de divorce, il s’agit bien d’un film échangiste. Deux couples sont censés s’aimer, ils prévoient le mariage et tout. Tout va bien, jusqu’à ce que les deux mondes se mélangent, et là c’est le drame.  La princesse fait du charme à l’avocat. L’avocat est sous le charme. Le prince ne calcule rien. Et la fiancée ne comprend pas grand chose. Les couples se cassent pour former deux nouveaux couples. Alors certes, on dira que c’est un hymne au vrai amour, par delà les frontières et les conventions, mais nous ne sommes pas très loin de l’apologie du divorce. Les deux couples étaient sur le point d’être mariés, ils étaient déjà bien engagés, et soudain, voilà que Mickey chamboule l’ensemble. Deux divorces à l’amiable, une enfant qui permet de parler des familles recomposées (oui car l’avocat est veuf en plus). Bref, les changements ne paraissent pas, mais ils sont de tailles et rehaussent le niveau d’un film Disney traditionnel. Dommage que ce genre de surprise ne puisse pas être reproduite plus souvent.

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