Weeds

Publié le par ES

    Showtime est une boîte de production américaine qui ne cesse de faire des grimaces à l’Amérique Bush. Ames puritaines s’abstenir. La plupart des séries labellisées Showtime sont forcément décalées et marquantes. Parmi les plus connues, citons The L World, Californication, Dexter, Meadowlands et encore Weeds. A chaque fois le sujet et le traitement ne sont pas du tout consensuels pour le plus grand plaisir du spectateur. Il y aurait bien des choses à dire sur chacune de ces séries, mais nous nous retreindrons à Weeds, sûrement la plus remarquables. Weeds donc ou la vie d’une mère veuve dealeuse de drogue dans un quartier résidentiel bourgeois, Agrestic. Pour entrer un peu plus dans les détails, au début de la saison une, Nancy vient de perdre son mari et se retrouve sans travail avec la charge d’un fils en fin de lycée et d’un second en début de collège. La combine qui semble être facile à suivre, acheter, vendre de l’herbe, se révèle vite être semée d’embûches qu’il faut affronter, et à chaque embûche, les ambitions s’élèvent. Autour de la famille gravite une seconde famille avec la mère en partie tyrannique, la fille quelque peu enrobée en instance de devenir lesbienne à l’âge de douze ans, le père franchement mou ; une famille de noirs qui fournissent la marchandise ; un agent comptable conseiller municipal post ado, un beau frère encore ado dans sa tête, et quelques autres figures.

    Pourquoi cette série est-elle si différente ? Parce qu’elle traite de la drogue sous un aspect en partie humoristique. Si la vie de dealeur n’est pas rose tous les jours, elle reste plutôt trépidante, parce que chaque personnage est utilisé à sa juste valeur, tous sont bien développés, parfaitement mis en scène et généralement bien joués. Tout y passe dans cette série. Le deuil, l’homosexualité, la difficulté d’unir une famille, l’obésité, les conflits inter ethniques (les marchands de drogues sont noirs, les femmes de ménage latinos, le beau frère est en partie juif, …), l’école, la religion et les extrémismes (autant musulman que catholique). Chaque saison a son lot de nouveautés. Le tout oscille entre l’humour souvent noir et le drame. Le fils cadet, Shane, s’amuse à jouer au terroriste, entre dans un concours de débat et dénonce en public les défauts du système éducatif, finit par parler avec son père mort deux saisons plus tôt. La série reste toujours sur un fil, le fil du scandale, le fil du tragique ou de l’absurde.

    Série baroque par bien des aspects. Employons ce mot de baroque dans son sens littérale de « perle irrégulière » car répétons-le, cette série est un petit bijoux dont les irrégularités renforcent la beauté. Bien des détails ne sont foncièrement pas cohérents ou vraisemblables. Des personnages disparaissent de la série après deux apparitions et leur départ est soit justifié sans la moindre crédibilité, soit omis sans le moindre scrupule. Des personnages filent dans les épisodes comme des figures improbables. La weeds est jeté dans une piscine, condamnant l’héroïne à une sorte de servitude ; et quelques instants après on la voit se jeter dans la piscine pour hurler au fond de l’eau. Une fusée miniature tue un soldat offrant au beau-frère la possibilité de revenir à Agrestic. Une pure beauté sort avec Sylas, le fils aîné, mais est en même temps complètement pommée par la religion, sortant avec plusieurs gars sans coucher avec aucun, vendant de la drogue sous raison que c’est un cadeau de Dieu. Une ex du beau-frère débarque du Canada poursuivie par un Inuit oeuvrant pour un Casino. La couverture de l’entreprise de drogue est une fabrique de fontaines en forme de maisons, moquerie du goût banlieusard. Tant de petites histoires qui se croisent dans une sorte de capharnaüm parfaitement bien huilé et orchestré.

    Et l’orchestre justement, finissons par cela. Car la musique joue un rôle essentiel dans cette série. Le générique d’abord est en lui-même une dénonciation d’une idée de l’Amérique, générique qui change d’interprète à chaque épisode à partir de la saison 2 avant de revenir au générique initial à la fin de la saison 3, fermant la boucle. Musique qui apparaît dans les épisodes pour donner une touche d’ironie, puisque les paroles des chansons font échos aux situations. Musique donc qui joue un rôle à part entière. Prenons pour ultimes exemples l’agent comptable affilié à l’affaire de Nancy qui finit dans l’épisode dernier de la saison 3 en chantonnant avec sa guitare et en racontant ce qui arrive, véritable barde des banlieues modernes, ou encore dans le dernier épisode de la saison 1, la musique reprenant celle du Parain lorsque justement le groupe qui va construire l’entreprise se réunit pour la première fois. Et finalement, Weeds aurait pu être un magnifique cycle à la Parain en formant une trilogie de saisons, commençant par l’entrée de l’héroïne sur le marché, son ascension et son départ (pourquoi donc ne pas aller à Pittsburg comme le suggère Shane, le fils cadet ?). Il y avait moyen à fermer la série, à la clore pour lui donner un souffle plus authentique, plus indépendant. Ce ne sera malheureusement pas le cas, puisqu’aux vues des bons chiffres, la production a lancé une quatrième saison. Espérons qu’après le jeu de massacre de la saison trois qui détruisait tout ce qui trois saisons avaient permis d’appréhender, le nouveau cru ne conservera pas un goût de déjà-vu amère qui risquerait de gâcher une si belle œuvre de cinéma.

 

Publié dans Côté séries

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