Il va y avoir du sens. There will be blood.

Publié le par ES

Les oscars sont passés, les césars aussi même si nous ne parlerons ni de La Môme, d’Un Secret, de No Country for old men, Juno ou même des trois oscars de Bourne Ultimatum (La vengeance dans la peau), pas beaucoup de surprises, quelques joies, quelques déceptions (Persepolis, Le Scaphandre et le Papillon, Into the wild), et quelques oscars pour le film de Paul Thomas Anderson, There wil be blood, sur lequel il faut s’arrêter.

De quoi s’agit-il dans There will be blood. D’un récit des débuts de l’exploitation du pétrole, sans de la terre, aux Etats-Unis au début du siècle, d’un homme notamment que l’on suit dans cette aventure qui pouvait devenir fructueuse autant que dangereuse, de son fils adoptif devenu sourd après une explosion d’un puis de pétrole, de la lutte contre le religieux en la personne d’un jeune pasteur illuminé et finalement de l’homme. Vaste programme donc doublé d’un parallèle avec l’Amérique d’aujourd’hui.  Long film de deux heures vingt qui repose en très grande partie sur les épaules de Daniel D. Lewis mémorable (et oscarisé pour cela), où le spectateur ne cesse d’être fasciné par ce qui va advenir. Car le sang présent dans le titre est assez évident à voir : le pétrole, le sang humain versé dans la quête, qu’il vienne des victimes involontaires et accidentelles, ou des morts provoquées ou désirées nombreuses. Le film tire en partie sa violence de ce sang, notamment la scène finale où Daniel D. Lewis ravage le crâne du jeune Dano (le pasteur de l’Eglise de la troisième révélation). Le souffle du film tient cependant plus de la première partie de son titre que du sang en lui-même. Le « il y aura » installe la tension tout au long de l’histoire. C’est l’imprévisibilité, l’incertitude propre à l’action humaine qui s’empare du film, on ne sait jamais quelle va être la réaction des êtres. Le pasteur toujours à la limite entre le bourreau et l’illusionné incapable de se défendre, le père traité d’idiot mais suffisamment méchant pour battre ses enfants, le frère qui s’avère n’être qu’une chimère de plus dans ce rêve américain, l’enfant sourd qui oscille entre des actions « démoniaques » et son visage « d’ange », et évidemment le narrateur, qui pourtant ne cesse de répéter sa haine envers l’humain, entouré d’hommes potentiellement victimes, de ses actes entre sagesse et générosité, et malignité et rudesse. Au Canada, il y a pratiquement un demi-siècle, Leo-Paul Desrosiers écrivait Les engagés du grand portage, où les hommes dans la quête de fourrures, face à un monde faussement barbare, faussement naturel, où la civilisation se révélait être le vrai sauvage de l’histoire. Dans There will be blood, débarqué sur une terre paysanne pauvre, croyante, déserte, le même phénomène se reproduit, la civilisation qu’est censé représenter les chercheurs de pétrole devient finalement la vraie sauvage. La religion pourtant fortement présente, mais très archaïque a priori, devient un obstacle, un passage obligé vers la route de l’or noir. L’imprévisible est latent derrière chaque image, rien n’est fixé à l’avance, et cependant le narrateur prédit l’avenir, il sait qu’il arrivera à achever son entreprise. Les dés sont pipés dans le film, l’on sait la fin, mais on ne sait pas quelle route sera employée, quel procédé.
Et la musique, souvent très amplifiée avec des thèmes récurrents, vient compléter, légender le récit, assombrir l’atmosphère et surtout renforcer le « there will be », puisque le spectateur ressent avant même l’image que quelque chose va arriver. Or en jouant sur cette tension-ci, Anderson poursuit son aventure de l’imprévisible, la musique part, on attend un phénomène terrible et il ne se passe rien, ou bien la musique ne se déclenche qu’après l’action.
Enroulant son film autour d’un puit tantôt vide, tantôt violent, tantôt fertile, Anderson réussit donc à donner un balancement entre le tragique et le comique, entre l’intimiste et le grandiose, (voir notamment la scène finale), dans une teinte très noire qui a beaucoup plu à la critique française (peut-être aussi parce que le film offre une représentation des Etats-Unis qui ressemble plus à un cauchemar américain qu’à un rêve, qui nous montre les fondations d’un empire bâti comme tous les autres dans le sang et non dans l’intégrité).
    

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