No country for Old Men/ There will be blood: A tension ouverte...

Publié le par ES

No Country for Old Men (des frères Cohen) et There will be blood (Paul Thomas Anderson) ont été salués par la critique avant même d’être récompensés par quelques uns des plus prestigieux oscars. Dans le premier, un chasseur en plein désert texan ramasse une mallette d’argent après une fusillade lors d’un deal de drogue et est poursuivi par les propriétaires de la mallette, un tueur professionnel démoniaque détruisant toute vie sur son passage et un vieux policier mélancolique incapable d’empêcher le jeu de massacre. Le second film retrace les débuts de l’ère du pétrole aux Etats-Unis en suivant un homme étendre ses puits de forages et vaincre tous les obstacles. Deux époques, deux sujets différents et pourtant un même questionnement sur la violence et sur les Etats-Unis.
    A chaque fois, la tension naît d’un trio. Au sommet, un homme increvable, sombre, à la limite de la folie incarné soit par Javier Bardem en tueur vide d’émotions préférant tout abattre que de récupérer l’argent, soit par Daniel D. Lewis en entrepreneur prêt à tout, haineux envers les hommes. Les deux sont le symbole d’une solitude. Rien ne semble pouvoir les tuer, mais ils finissent à jamais seul sur le route. Leurs adversaires ne leurs survivent pas. Le pasteur illuminé qui s’oppose à l’exploitation pétrolière interprété par un Paul Dano prometteur (Little Miss Sunshine) finit massacré, alors que le chasseur texan se fait descendre au moment où il pensait être sauvé. Entre les deux, un homme à chaque fois sert de médiateur, de pôle humain, observateur désabusé et mélancolique. Cet homme, c’est Tommy Lee Jones en Shérif texan dans le premier film, reprenant en partie un rôle qu’il avait engagé dans Trois Enterrements (de Tommy Lee Jones), et c’est l’enfant adoptif devenu sourd après l’explosion d’un puit. De ces trios jaillit la tension patente aux films.
    Dans les deux œuvres, cette tension est mis en relief par une maîtrise impeccable du son et de la caméra. Les plans de désert, vastes espaces sauvages, sont d’une beauté hypnotique et mettent en lumière la rudesse des récits. La tension est aussi et surtout rendue par le son de deux façons différentes. Les Cohen font le choix du silence, de ces interminables silences dont on guette le moment où ils seront rompus, la musique est réduite au minimum, tout passe par les bruits, les respirations. Chez Anderson, la musique joue au contraire un rôle surdimensionné. Les silences sont plus épars. L’homme opte pour la partition dissonante de Jonny Greenwood en saturant par moment le son afin de créer chez le spectateur un état d’attente et de tension palpable.
    Et cette tension explose par la violence des affrontements. Car les deux films sont d’une violence rare. Chez les Cohen, la violence passe par les armes et par le mutisme de Javier Bardem en ange exterminateur. Citons le passage de lutte dans de deuxième motel qui, en intensité, surpasse la virtuosité de l’ouverture de A History of Violence (D. Cronenberg). Chez Anderson, la violence passe plus dans la rivalité psychologique entre l’église et l’argent, entre les séances d’exorcismes du jeune pasteur illuminé et la sauvagerie de D. D. Lewys. Et l’humour noir qui émerge, renforce le choc des agressions.
    Ces deux films adaptés de deux romans jettent ainsi un regard pessimiste sur une Amérique bâtie dans le sang et la violence, assoiffée d’argent et où la justice a disparu, les deux protagonistes n’étant à aucun moment punis pour leur crime, rappelant le Zodiac de D. Fincher. Deux œuvres de génie essentielles. Il ne vous reste plus qu’à opter pour le degré de violence désiré, psychologique ou physique, et à vous ruer dans les salles.

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