La visite de la fanfare (the band's visit): Quand la musique s'élève, les cultures fondent.

Publié le par ES


Un beau jour, Eran Kolirin, Israélien, décide de filmer une histoire présentée comme s’étant déroulée il y a quelques années. Une petite fanfare de policiers égyptiens s’est organisée une tournée en Israël et a tout planifié elle-même. L’ennui c’est que personne ne vient les chercher à l’aéroport et que le nom du premier village où ils sont sensés jouer n’a pas été noté correctement, au lieu d’un P, le chef avait écrit un B et ils se retrouvent dans une cité perdue à attendre un bus qui ne passera que le lendemain.  Une nuit au milieu de nulle part. La troupe est séparée en trois puisque trois généreux autochtones acceptent de les héberger. Une nuit coupée en trois pour suivre les différentes petites tranches de vie entre un dîner en famille glacial et douloureux, une sortie dans une boite ressemblant à un party des années 70 (avec patins à roulettes sur la piste de danse…) et une soirée à deux entre le chef de la troupe et la gérante d’un restaurant. Rien de très extraordinaire en somme, et pourtant en jetant des personnages qui apparaissent stéréotypés (l’homme veuf et coincé, le jeune loup dragueur, la madone indépendante ou encore le musicien raté) Kolirin réussit à composer une partition juste et soigneusement orchestrée.
On ne dira jamais assez combien la musique tient un rôle essentiel dans les films et La visite de la Fanfare le démontre habillement, d’abord parce qu’une histoire sur des musiciens risque forcément d’offrir quelques pointes musicales par endroit, ensuite parce que l’ensemble se regarde qu’un un morceau de musique. Les scènes où les instrumentistes jouent sont assez réduites au final. Ils chantent beaucoup soit pour amadouer les demoiselles dans le cas du jeune policier, pour se remémorer le passé ou pour prier. Mais la musique n’a pas simplement un rôle d’ornement dans l’histoire, elle est l’outil qui permet de rapprocher les cultures, les hommes, les générations. Le chef et le jeune policier finissent par se comprendre grâce à un chanteur américain. Le musicien raté entre dans le monde de son hôte israélien par la musique dans une scène très drôle où les hommes se mettent à chanter un vieux tube sous le regard fatiguée des femmes. Allons plus loin, le jeune policier décide de sortir en ville en suivant un jeune israélien pas doué avec les filles. Mais il ne sort pas seul, il emmène avec lui sa trompette, il transporte ainsi un outil universel de compréhension qui lui permet de s’intégrer dans un monde différent. Le chef, chef d’orchestre et chanteur, partage un moment d’intimité sentimental avec la femme du restaurant en lui transmettant ses impressions de musiciens. Et lui est un musicien du silence, tout se brode autour de silence pure et religieux comme un chant grégorien. Toute la narration oscille entre phase de silence et d’émotion et musique plus fanfare dans des moments d’humour précieux.
Le film n’est donc au final que la mise en image du concerto inachevé qui revient à plusieurs reprises dans l’histoire comme un rondo, mélodieux, doux, triste, seul. Il n’y a plus de différence entre les hommes, les mêmes misères hantent les vies humaines, les mêmes rêves, les mêmes espoirs. Si la femme au début commence en disant qu’il n’y a plus de culture israélite, c’est bien pour montrer tout au long du film la culture est recréée, en constante mutation, mêlé aux autres cultures, les mélodies se mélangent pour constituer le concerto que le musicien finira par trouver. Car un des personnages le dit, la fin du concerto ne doit pas prétendre à être grandiose avec une virtuosité prodigieuse, juste être comme la pièce où il se tient, une chambre à coucher avec une lampe, un enfant, et ce sentiment de solitude, ni triste, ni gai. Pas de happy end, pas de drame insupportable, juste une chronique qui passe, sans révolution ni désespoir. La visite d’un groupe de musique se joue en pianissimo, le cinéma Israélien signe une comédie pleine de retenue et d’espoir dans son constat pourtant douloureux d’un pays déchiré et mort, et les musiciens finissent par atterrir dans le bon village pour leur représentation. 

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