Une autre histoire de l'Histoire. Die Fächer (les Faussaires).

Publié le par ES

Les reconversions sont toujours envisageables au cinéma et les Faussaires en est un bon exemple. Stefan Ruzowitzky, le réalisateur, avait à son actif quatre films dont les deux Anatomie, thriller horrifique de qualité moyenne. Il revient cette fois avec un sujet grave, les camps de concentration sous l’Allemagne Nazie, mais choisit d’en traiter un aspect peu connu, celui de quelques hommes, d’une opération spéciale, l’opération Bernhard, portant sur une tentative de faux. On y suit Salomon Sorowitch, l’un des plus grands faussaires de son époque, être arrêté et emprisonné dans un camps. Il est rapidement réquisitionné ainsi qu’une trentaine d’autres personnes pour participer à une opération très secrète qui a pour but de parvenir à créer des faux papiers et de la fausse monnaie de très bonne qualité. En fait, l’un des personnages explique lui-même la situation. Le régime nazi en crise n’a plus d’argent et est contraint de fabriquer de la fausse monnaie aussi bien du Deutsch, que de la Livre ou du Dollar pour pouvoir financer les derniers efforts de guerre. Vie plutôt choyée, mais illusoire, les hommes emprisonnés se retrouvent confronter à un lourd problème, financer le nazisme qui est en train de les détruire ou bien faire le sacrifice de sa vie pour un idéal. Peu de héros ici, les hommes nous sont montrés tel qu’ils sont, des survivants qui tentent avant tout de ne pas recevoir de balle en pleine tête ou d’être gazés trop rapidement. Ruzowitsky nous conte une autre histoire de la guerre, moins irréaliste et chimérique que celle de R. Benigni, qui ne tombe pas dans un film trop cru et effrayant sur les horreurs de la guerre. Il trouve un ton juste entre les deux pour nous livrer l’histoire d’un homme, qui agit pour sa vie à quelques exceptions près.
Le cinéaste choisit de ne pas en montrer trop, la plupart des morts et des souffrances sont davantage suggérées qu’exploitées. Pour ne pas céder à un scénario facile qui ferait balancer l’histoire dans le conte pour enfant, il n’hésite pas à sacrifier ses hommes, dont le jeune adolescent peintre qu’on espère sauver jusqu’au dernier moment, choc terrible pour le spectateur, brillante maîtrise de l’émotion par Ruzowitsky. Car loin de livrer une réflexion trop intellectuel ou un film viscéral, il nous offre une tranche de vie en constat, l’homme est médiocre pour le pire et le meilleur. Certains deviennent fous dans le climat de guerre, d’autres tentent à tout prix de ne pas crever, certains se laissent vivre, coulent comme de l’eau selon les obstacles. Réalisateur autrichien, il fait à présent parti des rares germanophones à être revenus sur cette guerre, regardant ainsi son passé sous un angle nouveau. Evidemment, il s’agit d’une chronique, tous les hommes n’ont pas eu la chance du personnage, mais derrière la chronique, le rappel est toujours aussi fort, et l’appel aussi, celui qui lutte contre l’oubli.
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