L'enfance de l'art: Son of Rambow.

Publié le par ES

En 2005, Garth Jennings arrivait sur la planète cinéma avec son H2G2 Le Guide du voyageur intergalactique. Passé assez inaperçu alors qu’annoncé comme une comédie carton estivale, le film peinait à trouver sa voix entre gros comique familiale et humour biritsh. Résultat, le robot dépressif ne laissait pas une marque inaltérable dans les mémoires. Deux ans plus tard, le voilà revenu avec un autre style de comédie, celle pour enfant et grands enfants. Son of Rambow narre une histoire d’amitié entre deux enfants anglais durant des Eighties plutôt sombres outre mer. Le plus jeune est un garçonnet timide et chétif qui se réfugie dans le dessin et l’imaginaire pour survivre à une famille puritaine sans père asphyxiante. Le second est une petite terreur bagarreuse, tyrannisée par son grand frère, sans père également. Après un début chaotique, ils se lient d’amitié autour d’une caméra, dans le rêve de réaliser un petit film. L’enfant timide tombe par hasard sur Rambow, épouvanté au départ, c’est ensuite la révélation, la libération, il découvre un moyen d’exploser un peu et de s’affirmer dans son monde, voilà pourquoi ils décident de filmer le Fils de Rambow parti à la rescousse du papa militaire. Rien de bien nouveau sous le soleil, l’amitié naît, se retrouve confrontée à des obstacles comme la découverte d’autres personnes, l’orgueil d’être apprécié avant de se réunir à nouveau en faisant preuve d’humilité.
Autour de cette petite histoire gravitent quelques pistes narratives qui viennent agrémenter le film ainsi que quelques comédiens plutôt surprenants. Le grand frère n’assumant pas son rôle de père de famille dans un vieil hospice finit par comprendre l’ampleur de son rôle face à son petit frère. La mère religieuse est tourmentée entre sa foi et ses anciennes aspirations à la vie. Enfin, dans la petite école où évolue cette jeunesse en quête de meilleur arrive un Français (Jules Sitruk étonnant dans un rôle complètement opposé à ce qu’il joue d’habitude) qui oscille entre punk et rock, mi androgyne mi macho, il incarne la cool attitude, il cherche à rompre son ennui, il embrasse les filles en file indienne sans trouver la moindre satisfaction et finit par vouloir prendre le rôle premier dans le film sur le fils de Rambow.
Mais alors où réside la nouveauté, l’attrait du film ? Dans cette caméra qui tourne durant toute l’histoire. Dans l’œil qui regarde son monde, qui le dévoile. Hymne à l’imagination, à l’art, le film ne cesse de se maintenir dans une candeur désuète pour crier que malgré le sombre et le morne quotidien et l’horizon gris, il reste toujours une once d’espoir, un nuage d’évasion. Trois scènes pour mettre en lumière l’original. Perdu dans un champ, le petit rêve qu’un épouvantail se réveille et l’attaque. Filmé entre du Michel Gondry et du Tim Burton, la scène vacille dans un monde d’enfant qui mélange dessin, marionnette et aspect jeu vidéo pour révéler les peurs et le courage de l’enfance. Autres scènes plutôt réussie, alors que les deux enfants filment une scène d’action près d’une rivière, le plus jeune tombe dans l’eau et ne sait pas nager, le second doit donc plonger pour aller le secourir (et l’amitié germe de ce secours). La caméra continue de filmer, le cinéma se fait réalité, l’écran se crève et le possible devient plausible. La dernière scène du film se joue dans une salle de cinéma où le film Son of Rambow est projeté comme court métrage introductif pour reconquérir l’amitié fêlée. Du bricolage sur l’écran, des rires dans la salle et l’émotion palpable. Le spectateur regarde la réaction du spectateur. Miroir visuel pour nous révéler nous-même sur l’écran. Hommage au cinéma sous toutes ses formes, à la pureté des émotions, à la simplicité de la réalisation, Jennings lance un film critique face à la machinerie hollywoodienne, semble d’une certaine manière tourné contre ce qu’il a lui-même fait pour revenir à du budget modéré afin de construire une œuvre de plus ample qualité.  Du rire aux larmes sans être une grasse comédie ou une boîte à émotion, le fils de Rambo trouve une certaine justesse dans le ton. Une petite perle de fraîcheur, un clin d’œil au septième art donc pour s’évader le temps d’un film, cela fait toujours du bien.
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