L’enfance de l’art 2 : Be kind Rewind (Soyez sympas, rembobinez).

Publié le par ES

Michel Gondry est un enfant, un rêveur invétéré à qui l’on offre des jouets pour mettre en scène des histoires ou des délires de gosse. Propulsé au rang de réalisateur incontournable avec Eternal Sunshine, Gondry n’en n’a jamais oublié ce qu’il aime, et ce qu’il aime c’est le cinéma, un cinéma d’une certaine manière populaire et simple, libéré des conventions et constamment réinventé. Avec Be Kind Rewind, Gondry semble avoir compris qu’il devait conserver une histoire, même facile à cerner, pour ne pas perdre le spectateur en route dans un délire visuel. Alors il concocte un scénario improbable et frais, deux vieux enfants, dans une petite ville de banlieue new-yorkaise, qui devaient garder en vie durant une semaine un piteux magasin de location vidéo, se retrouvent contraint de refilmer des classiques populaires tel Ghost Busters, après qu’un des deux (Jack Black) se soit retrouvé magnétisé et capable de démagnétisé les bandes vidéos. Ce qui était une question de survie devient un phénomène génial qui transforme les remakes Suédois des deux compagnons en chef d’œuvres de modernité. Evidemment la fin balance entre happy end et réalisme (l’immeuble sera détruit quand même, mais tout le quartier sera à nouveau uni).
L’histoire n’a donc qu’un attrait limité. Parler des aspects humoristiques n’aurait pas grand intérêt tant ils sont évident et rehaussé par un Jack Black en forme et des rôles secondaires d’une bonne tenue. L’intérêt du film réside dans les petits films qui germent. Car cette mignonnette fable divertissante présente un autre enjeu qui taraude le cinéma actuelle : la tradition, le remake et la question de l’originalité. Le cinéma peut-il en effet se recréer éternellement ? Gondry, dans ce qui s’apparente à un hommage au septième art, affirme que oui, et même qu’il serait possible d’apprécier les remakes s’ils n’étaient constamment contrôlés par les majors. Gondry donc s’amuse à reconstruire avec des moyens cheaps les classiques du cinéma populaire de Ghost Buster à Rush Hour. Véritable histoire du cinéma en une heure trente, tous les genres y passent pour traverser l’écran. Gondry s’amuse, les délires visuels sont moins poussés que dans ses précédents films, il préfère révéler d’une certaine ses tours, comme un magicien. On voit les maquettes, les personnages en cartons, les voitures chimériques, le spectateur apprend comment filmer de façon vieillotte, comment donner l’illusion du sang avec une pizza et toutes les autres astuces du cinéma amateur, et donc du cinéma tout court. Son of Rambow montrait comment des enfants s’évadaient d’une réalité triste par la caméra, en crevant le voile blanc et en passant de l’autre côté. Gondry en fait autant avec ses vieux enfants de 30 ans désoeuvrés dans une ville fatiguée où les rares bribes de traditions s’effondrent. Le cinéma donc comme moyen de recréation du monde et béquille pour le quotidien.
Chacun son cinéma semble chanter Gondry dans cette fable. Le spectateur s’implique dans l’imaginaire, le souvenir des films passés, l’envie d’en faire autant que les deux trublions face à des films qui pourraient s’inscrire dans la catégorie fait à la maison. Tout comme dans Son of Rambow, l’on finit par voir le visage d’une salle admirant une histoire projeté sur un drap blanc. Le spectateur se regarde. Jeu de miroir encore une fois qui permet de briser les frontières, d’un écran à l’autre, tout le monde finit ainsi par se balader entre les mondes avec une certaine délectation. Gondry est allé encore plus loin. Il contribue au renouvellement du cinéma, ici pas tant par le film en lui-même (très bon mais peut-être moins impressionnant que la Science des Rêves ou Eternel Sunshine) que par l’emploi de l’Internet. Car durant le générique final, le spectateur est convié à aller redécouvrir les films remakes sur le net. Le film se poursuit au delà du film, le public devient lui-même acteur et réalisateur de ses propres histoires. C’est donc l’éloge d’un cinéma vivant, d’un cinéma actif et actant que nous propose et nous offre Michel Gondry avec Be Kind Rewind. Il n’y a plus qu’à patienter quelques semaines pour découvrir le Tokyo (présenté à Cannes) où Gondry participe en espérant y retrouver toute la puissance de ses rêves sur pellicule.
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