Indiana Jones, Un tour de manège en plus.

Publié le par ES

    En 1981, Steven Spielberg entame un tournant dans sa carrière avec Indiana Jones, quatre ans après que Georges Lucas a entamé sa trilogie galactique. Les deux deviennent des réalisateurs cultes, l’un ne filme pas grand chose, l’autre ne cesse de tourner et d’engendrer les cartons au Cinéma, oscillant entre films grand public et œuvres engagées. Retour sur la série Indiana Jones. L’arche perdue, où la découverte de l’arche d’Alliance dans les prémices du Nazisme, révélait un nouveau genre de héros, l’archéologue universitaire et aventurier teinté d’un machisme séducteur légèrement conservateur. Personnages haut en couleur, situations improbables oscillant entre humour, action et suspens avec une légère dose de frisson, décors grandioses parfois kitch et musique indémodable, les ingrédients ne manquaient pas pour faire de ce film grand public une œuvre culte et réussie où Henry Jones se rendait aux frontières du surnaturel avec la question du pouvoir divin. Trois ans plus tard, Spielberg renouait avec son personnage après ET et la Quatrième Dimension. Changement de lieu et d’histoire, Indiana était embarqué en Inde dans une histoire de pierres qui brillent, de communauté dangereuse, d’esclavage d’enfants et de singes. Peut-être le moins réussi, comme Spielberg l’avouera lui-même plus tard, ce second volet jouait sur l’alternance entre humour (avec Willie, jolie blonde un peu nunuche, et un gamin malicieux) et action. Le choix d’une légende moins connue et plus discutable rendait le film moins mythique. Revenant à une quête mystique, La dernière croisade retrouvait le souffle épique du premier, Sean Connery en père venait ajouter une touche humoristique nouvelle par le conflit des générations. Hitler revenait en grand méchant assoiffé du pouvoir ultime pour mettre le monde à genoux. Des cette trilogie est née toute une culture du film d’aventure. Le ton particulier bon enfant de Spielberg n’a que rarement été retrouvé par la suite par d’autres films. Un bon nombre des films depuis venaient prendre leur source au coeur de cette trilogie. Les Tomb Rider ne manquaient pas d’échos, les National Treasures se servaient en grande partie chez la famille Jones, et même la série des Pirates des Caraïbes reprenaient certains éléments de la trilogie (ne serait-ce que la présence du père dans le dernier opus).
   
    Spielberg avait trouvé une manière de nourrir dans chaque film la légende Jones en intégrant des éléments biographiques de façon mesurée et en choisissant de conserver des outils narratifs dans pratiquement chaque film. C’est ainsi que l’Arche Perdu commence par la fin d’une aventure d’Indy sans lien avec le reste du film, le Temple Maudit enchaîne la fin d’un récit qui emmène Jones en Inde, et la Dernière Croisade engageait l’histoire en plongeant dans le passé et la jeunesse de l’Archéologue. Autre spécificité, à la manière d’un James Bond, chaque épisode permet au héro de croiser une nouvelle héroïne, une Jones Girl plus ou moins dangereuse et souvent très différente d’une épisode à l’autre. Dernière particularité remarquable, parmi bien d’autres, les scènes cultes qui ont renouvelé à chaque fois le genre. Le premier débutait par l’incroyable scène de l’énorme pierre roulante, enchaînait par la scène où Jones face à un gros monsieur armé d’un sabre optait pour l’emploi du pistolet plutôt que du revolver, poursuivait par la scène où Indy est dressé dans le desert au soleil couchant (image culte du film) et finissait par l’ouverture de l’arche et la destruction des nazis. Le temple maudit contenait aussi des scènes de choix comme la chute en canot pneumatique, le repas avec les crânes de singe ou encore l’arrachage de cœur. Le troisième ne décevait pas avec un foisonnement de scène : la poursuite dans le train, les catacombes de Venise, l’évasion du château nazi, le ballon dirigeable, la poursuite en tank et les épreuves finales. Revenir 19 ans après, face à une attente chevronnée des amateurs, était donc une partie de jeu à moitié gagnée, à moitié seulement.

    A lire la presse, Spielberg et Lucas ont beaucoup attendu pour trouver le bon scénario, ont tenté de filmer comme il y a vingt ans en employant le moins possible les effets spéciaux Lucas. Première surprise, les salles de cinéma ne sont pas pleines. Deux heures de film, une succession de scènes d’actions, quelques bons moments et pourtant une légère déception. Changement dès le début, il n’y a pas de scène d’ouverture à la façon du premier ou troisième, qui finit une ancienne affaire. Cette fois, les méchants du film apparaissent immédiatement et ouvrent sans prologue la quête du film. Certes, le deux optait en partie pour une même solution (mais le deux n’était pas vraiment le meilleur de la trilogie). Autre nouveauté, l’époque : nous ne sommes plus sous l’ère nazie, l’accent est partie à l’Est chez les Soviets, 1957 et l’URSS en pleine guerre froide, à part cette différence, les méchants veulent toujours la même chose, le pouvoir absolu pour conquérir le monde. Cette nouveauté permet d’apporter un nouvel esprit à l’histoire, de nouveaux horizons avec quelques traits d’humour historiques plus accentués que dans les autres opus. Dès le début les scènes deviennent impressionnantes, la course poursuite dans le hangar est très réussie, le passage dans une ville fantôme destinée à être explosée par une bombe nucléaire et une Indy qui s’en sort en se cachant dans un frigo. Tout donne à croire que le film ne décevra pas. Et puis, il y a comme un temps mort qui ennuie, là où les autres films parvenaient à ne pas perdre l’intérêt du public. Retour dans l’université en pleine chasse aux communistes, rencontre avec Mutt Williams et départ pour le Pérou. Une première tombe à visiter, les Russes réapparaissent et on enfile les scènes vers la cité d’or perdue où Indy veut rapporter le crâne de cristal. Les scènes s’enfilent à partir du Pérou à vive allure et sans trop s’en rendre compte on arrive déjà à la fin.
    Il y a des trouvailles plutôt réussies. D’abord sur le plan familial, la découverte du fils d’Indiana Jones apporte un élément narratif intéressant pour les tensions. Le retour de Marion (la fille au fort caractère du premier film) est une idée très réussie, on retrouve les disputes qui faisaient le charme de leur relation, moins masculine et aventureuse, mais plus pétillante, elle remplace d’une certaine façon l’aura de Sean Connery. Le poursuite en voiture est parfaite et reste à la hauteur d’un Indiana Jones. Les acteurs sont plutôt bons. Harrisson Ford joue très bien le professeur vieux mais encore très très dynamique, Shia Labeouf trouve un rôle plutôt sympathique en petite frappe façon Grease plutôt doué, Cate Blanchett en méchante russe complètement ravagée est formidable. Les personnages sont toujours aussi haut en couleur donc. Les incohérences plus ou moins volontaires assez drôles. Sous les nazis, Indy arrivait à pénétrer dans le cœur de Berlin sans aucun soucis. Ici, ce sont les Russes qui se baladent sur le terrain américain en pleine paranoïa communiste sans le moindre problème. La musique est parfaite, la caméra vivante et les références aux autres films plutôt amusantes, quoi que par moment assez lourdes. Première scène dans le hangar, une caisse est endommagée et on découvre l’arche d’alliance, un peu plus loin les singes viennent rappeler le Temple Maudit, et les allusions à d’anciens personnages, d’autres quêtes ne manquent pas. Spielberg joue sur les noms et les Nicknames, Jones, Henry, Indy, Jonesy, Père, Fils, il en aura eu des sobriquets Harrisson Ford. Le réalisateur s’amuse à créer des allusions par les noms, renvoyant notamment à La Dernière Croisade. On évoque la mort du père et de Marcus dans le bureau d’Indy, et la caméra s’arrête longuement sur leurs photos en noir et blanc. Le passé rejaillit à tout moment dans les scènes.
    Or ce passé est aussi ce qui plombe le film et l’empêche d’avancer. Indiana Jones se retrouve avec une multitude d’éléments biographiques parfois assez curieux. On nous parle d’autres aventures, d’autres personnages sans forcément comprendre l’utilité. Beaucoup craignaient qu’Indiana Jones serait trop vieux, à force de le répéter, Spielberg a voulu montrer que non. Du coup, la passation de pouvoir n’a pas réellement lieu. On pouvait imaginer que Shia Laboeuf reprendrait le fouet pour ouvrir sur une nouvelle série de films, rien n’est moins sûr. La dernière scène en est la preuve même : Une porte s’ouvre énigmatiquement, le célèbre chapeau roule jusqu’au pied du jeune Jones, tout comme au début du film au pied de Harrisson Ford, Shia le ramasse, mais ne l’enfile pas puisque son « papa » le reprend au passage. Tout le problème du film tient en partie dans cela, Spielberg ne parvient ni à rester dans une vraie tradition, ni à lancer son mythe vers l’avenir. L’autre problème de cette réalisation tient au temps. Vingt années se sont écoulées. Si le cycle a influencé bien des films d’aventure, Spielberg est à son tour influencé par les films qui lui ont succédé. La descente des escaliers qui se dérobent, la salle pleine de trésor de toutes les époques rappellent Benjamin Gates. Et Spielberg se laisse influencer par ses propres films. Vingt ans à créer des œuvres, à tourner autour de certaines thématiques laissent des dégâts quand il faut revenir à e qu’on faisait avant.

    (Pour cette partie, si vous n’avez pas encore vu Indiana Jones 4, mieux vaut peut-être ne pas aller plus loin car en révélant la fin de l’intrigue, j’enlève une partie de la surprise). Spielberg et Lucas qui avaient réussi à redonner du souffle aux aventures mythiques, se sont pris à leur propre piège. Spielberg n’a cessé en vingt ans de parler des petits hommes verts sous toutes leurs formes, gentils, méchants, sages, angoissants, il en a même fait une série pour traiter au maximum de sa fascination avec Disparition. Et voilà qu’il transforme une quête mystique avec les crânes de cristal en une nouvelle rencontre du troisième type. Car les crânes sont très allongés, un peu comme les aliens, et la technologie des civilisations antiques trop développées pour n’avoir pas été aidées. Ce qui pendant une partie du film reste un soupçon, se peut-il qu’il s’agisse d’extraterrestre, devient vite une réalité assez farfelue. Retour à un Stargate banal (et les références ne manquent pas), tout se mélange dans la fin du film : les crânes, la cité d’or perdu, l’invasion des autres planètes. La soucoupe finit par s’envoler, Cate Blanchett qui espérait le secret absolu explose face à un savoir trop puissant pour une personne humaine et la petite faille s’en sort sans ambages. Voilà le point le plus décevant du film, Spielberg n’a pas su se départir de ses fascinations pour revenir à un Indiana Jones pur, alors même que les histoires et les mythes ne manquent pas. C’est X-Files avant l’heure et c’est assez dommage.
   
    Moins Kitch que les autres tout en conservant l’univers et l’atmosphère des anciens. Souvent très beau sur le plan de la photographie malgré des effets spéciaux parfois limites (les singes font un peu trop images de synthèses), l’aventure continue d’embarquer le spectateur dans ses filets retransformant chacun en enfant. Ce qui est certain, c’est qu’il s’est fait plaisir et cela se ressent, voilà pourquoi il parvient à sauver son film. Malgré bien des défauts, l’amateur n’est pas complètement déçu, et le film mérite sa place dans le cycle Indiana Jones. Quitte à savoir s’il ouvrira sur une nouvelle génération ou s’il clôture la vie d’un héro populaire culte, cela dépendra certainement en partie du Box-Office. 

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