Du sang neuf dans les séries ?

Publié le par ES


    Saison estivale oblige, les journaux de tout poil s’offrent le luxe de présenter les séries télé qui vont poindre à l’orée de nos lucarnes et celles qui ont « marqué » l’année. Que retenir, que signaler. Il y aurait bien des œuvres à aborder, puisque, comme déjà soulevé dans un autre article, les séries sont devenues des puits de découvertes. Trois séries, dans trois styles très différents, pourraient être mis en relief.
   
    Californication a été créée par Tom Kapinos en 2007 et marque le retour de David Duchovny dans un rôle qu’il incarne parfaitement. A l’origine, Californication devait être un film, mais trop de choses, quelques problèmes faisant, l’histoire s’est transformée en série diffusée par Showtime (à qui l’on doit aussi Weeds). Durant une douzaine d’épisodes, le spectateur suit les frasques de Hank Moody, un écrivain sur le retour, un auteur marquant New Yorkais en passe de divorcer et qui tente de retrouver l’inspiration pour un nouvel ouvrage. Installé en Californie, il va tenter de reconquérir sa future ex-femme sur le point de se remarier, de jouer tant bien que mal son rôle de père, d’éviter de se faire pincer après avoir appris qu’il s’est fait piéger par la fille du futur mari de son ex avec qui il avait couché alors même qu’elle était encore mineure. Jouant de malchance, ce quarantenaire ivrogne, par moments aigri et lubrique va devoir apprendre durant la saison à prendre ses responsabilités. Tout n’est pas parfait dans cette série, certains moments pêchent un peu par la redondance etle scénario n’évite pas quelques facilités. Pourtant, l’originalité ne manque pas. Le ton grinçant que prend la série offre un charme agréable et les scènes très peu politiquement correctes ne peuvent que nous réjouir. Et cependant derrière l’aspect très décalé, les drôleries, les pairs de seins, les blagues qui dépassent le stade du scabreux, l’inceste, le scato, le masochisme, l’échangisme et une kyrielle d’autres séquences choquantes pour les plus sensibles ou géniales pour les autres, le propos se recentre sur le thème de la famille, comme très souvent chez Showtime. La saison finit sur la réunion du foyer alors que tout semblait passer à un nouveau stade. On imagine très bien un film de ceci, mais un film aurait enlevé toutes les scènes délicates ôtant tout intérêt à Californication. La question de l’attrait demeure quant à la prochaine saison puisque ce qui créait la surprise va être difficile à récupérer dans une nouvelle saison.

    Toujours chez Showtime, Meadowland, qui a fait son apparition sur Canal plus en juin, possède comme Californication des points forts et des faiblesses. Sa plus grande faiblesse est en même temps son point fort (paradoxe assez facile il est vrai). Le ton de la série et le propos sont étranges, voilà pourquoi certains n’accrocheront pas. Une famille, les Brogan, est forcée d’emménager à Meadowland étant placée sous un programme de protection des témoins après que le père a été relié à une affaire compliquée et dangereuse. Débarqués dans une ville banlieue qui ressemble à Wisteria Lane de Desperate ou à la banlieue de Weeds, les membres de la famille vont être confrontés à d’autres personnages variés et compliqués qui vont se révéler être tous placés aussi sous le programme de protection des témoins. L’atout de la série tient à ses personnages jouant avec les stéréotypes. Dans la famille, le père (David Morrisey) tente d’assumer son rôle alors même qu’il continue d’être angoissé et traumatisé par son passé, la mère essaie de réunir la famille tandis qu’elle est troublée par son voisin et par l’attitude de ses enfants, la fille oscille entre le fait d’assumer son rôle, d’aiguiser sa sensualité et d’aider ses voisins, enfin le fils, muet depuis le départ, se déguisant en femme, et s’orientant vers des spécimens féminins particuliers incarne un jeune adulte improbable et déjanté. Autour de ce petit cercle gravitent des types qui viennent heurter la famille : le jeune loup violent et violeur, l’ex policier incontrôlable, la mère adulant sa fille, le boudin convaincu d’être un canon, l’homme amoureux, la femme jalouse et bien d’autres.  L’ambiance est suffocante et glauque. Aussi perdu que les protagonistes, le spectateur est contraint de s’efforcer à rassembler les pièces du puzzle comme elles viennent, à accepter l’idée de ne jamais sortir du quartier alors qu’un danger se profile au loin et que les administrateurs énigmatiques n’ont pas l’air décidés à faciliter la vie des habitants. Meadowland n’est jamais révolutionnaire, mais à part. Elle ne ressemble à rien de précis alors même qu’elle emploie un certains nombres de stéréotypes que ce soit dans la narration ou les personnages. La réalisation est classique, peu d’effets de mise en scène, la série préfère opter pour les rebondissement simples en filmant au plus près des personnages afin d’embarquer le public dans l’intimité de la famille, au risque de perdre toute personne qui refuse l’étrange et le confus, mais aussi avec le talent de ne pas trop se conformer au standard de la télévision.

    Finir ce petit article par une série française est une gageure qui n’est plus aussi délicate qu’il y a quelques années. Les chaînes tentent de produire des séries « exportables » qui doivent donc être plus dynamiques que les nanards à la Française. Canal Plus s’est engouffré de plus en plus dans les séries modernes qui reprennent les codes des genres américains en s’évertuant à conserver une identité française. Engrenage saison 2 s’achève laissant un goût de complétude. Série policière dans la région de Paris, Engrenage ne déçoit pas pour la deuxième année. Sur le fond peu de nouveauté, des histoires policières dans un commissariat gris où les policiers ont des vies banales entre emmerdes et moments de joie. Une femme flic, un jeune nouveau, des vieux accoutumés, un juge pincé mais réfléchi, un procureur ambitieux, une avocate machiavélique, et des petits gangsters. La série ne cherche pas à construire à chaque épisode une histoire, tout se suit accrochant le spectateur. Encore une fois le choix des personnages permet de découvrir des hommes dans l’extrême offrant des situations tendues et riches en suspens. Certes, la série n’évite pas quelques clichés et facilités. Les voyous sont le plus souvent des gens de cités, des personnes de couleurs ou alors du Français blanc mais fou, ou encore le fils de riche qui deale. Peu de femmes, peu de tendresse, une série dure qui reste plus puissante que les traditionnelles des chaînes hertziennes, une série qui n’en oublie pas les questions politiques. Au détour d’un épisode, un flic fait un bilan sur les financements de la justice, le manque de moyens, les dangers qui pointent en France à ce niveau. Côté réalisation, prenant des idées de chez Coldcase pour l’aspect photo glacée froide, Engrenage reste quand même plus réaliste (caméra à l’épaule).

    Qu’est-ce qui caractérise une série de bonne qualité? S’il y avait une solution toute faite, les télévisions seraient richissimes. Pourtant, en s’inspirant du passé tout en apportant une personnalité particulière, en optant pour des personnages aiguisés tantôt dans l’extrême tantôt dans le type facile à reconnaître (la question du repère demeure central pour ne pas perdre le spectateur), et en choisissant des réalisations teintées d’une once de décalage et de choc, ces trois séries présentées témoignent bien de la diversité et des possibilités encore existantes dans le champ de la télévision. La lucarne veille.

Publié dans Côté séries

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