Le cinéma et les tapis de jeux.

Publié le par ES

    En deux mois, deux grosses productions américaines sorties en France évoquent, de loin ou de près, Las Végas, le monde de la nuit festive et les jeux : Jackpot (avec Cameron Diaz et Ashton Kutcher) et Las Vegas 21. Le premier est une comédie amoureuse qui part d’une soirée arrosée à Vegas, le second suit un jeune étudiant rêvant d’Harvard qui va, pour obtenir de l’argent, user de son talent mnémotechnique pour gagner au Black Jack. Pourquoi Las Vegas fascine tant et reste un lieu si usité ? Petites hypothèses.

    Le faste, le monde de la nuit, la fête, le clinquant lumineux, ces aspects continuent d’attirer les yeux. Certes d’autres endroits détiennent des caractères similaires, mais Las Vegas, outre le décor, demeure un lieu mythique chargé en image pour n’importe quel spectateur. Il s’agit donc d’un espace cinématographique assez facile d’accès qui parle à une majorité. C’est aussi un lieu mythique qui remémore la corruption, les magouilles, le pouvoir, les jolies femmes dangereuses et sulfureuses. Choisir de conter une histoire dans cette ville lumière permet d’assurer des repères aisément et donc qui attire rapidement. Un James Bond (les Diamants sont éternelles), un bout du Parrain II, Showgirls (Paul Verhoeven), Casino de Scorsese, Las Vegas Parano, ou encore les Oceans et même une série (Las Vegas, que d’originalité), quelques œuvres largement approuvées au box office ou chez les critiques viennent renforcer ce sentiment de connu et familier.  

    La comédie : Las Vegas offre une multitude de shows et spectacles, de soirées artifices, de fantasmes et de chic. Et donc des possibilités de comédies, de quiproquos comme dans Jackpot ou Oceans, de même dans Rayman (le passage à Vegas) offre des moments plutôt sympathiques. Le cinéma de genre : L’aspect corruption permet à l’inverse de donner un ton policier, noir voire violent, qui peut être rehaussé par l’aspect électrique de la ville. Le décor est souvent déjà en place, même s’il s’agit de reconstitution, il n’y a donc pas beaucoup d’originalité à apporter de ce côté-là. De plus, pour la photographie, les couleurs (le rouge souvent chaud, la luminosité diamant, les contrastes) offrent des potentialités énormes pour l’image.
    Le tapis de jeu : Tout se passe souvent autour d’une table de jeu. Lieu catalyseur, lieu cathartique où les tensions explosent virtuellement, lieu de sociabilité. Dans beaucoup de films (Casino, Jackpot) les personnages se rencontrent autour d’une table de jeu, que ce soit pour une relation amoureuse, un contrat d’affaire, une magouille ou autre. Lors des parties de BlackJack, les personnages peuvent discuter, se lancer des piques (comme dans Las Vegas 21 où sous couvert de conversation, les jeunes se refilent les combines). Lieu aussi catalyseur et cathartique, puisque dans ce monde énergique, toutes les tensions se retrouvent condensées sur le tapis de jeu et se dissipent sous les cartes. Le dernier James Bond et son incroyable scène de Pocker offrait un exemple parfait. Peu de mot durant le jeu (on ne parle pas au Pocker) créait un suspens acerbe. Les James Bond n’en était pas à leur coup d’essai. Goldeneye et sa séance à Monaco, Le Monde ne suffit pas, pour les derniers, James Bond est un habitué des tapis de jeu, ils lui permettent de s’embourber dans le danger ou de désamorcer une situation délicate, ou encore de faire avancer un blocage. Par moments, la tension surgit hors du tapis. Les courses poursuites et les séances de baston reviennent alors au galop.  Les éventualités se succèdent et se combinent. Seul problème avec Las Vegas, les réalisateurs ne savent pas vraiment changer les angles d’attaques. On nous présentent souvent le côté petit bandit qui tente de rafler la mise et se retrouve au prise avec le patron méchant. Les Océans misent à chaque fois sur cela, Las Vegas 21 ne conte rien de plus. Si on nous présente l’angle opposé, le côté des gérants, cela n’est souvent qu’abordé que rapidement (Le Parrain, Casino) pour présenter plus le monde mafieux que l’organisation des institutions du jeu. Un film qui se focaliserait sur la salle des vidéos de façon plus sérieuse apporterait un souffle nouveau dans le genre.

    Concernant Las Vegas 21, l’histoire et la mise en scène n’apportent guère de nouveauté. Les fils sont le plus souvent assez évidents et la fin attendue. Pourtant, Las Vegas aidant, il n’est pas trop difficile de se laisser embarquer dans l’histoire. Le vrai défaut du film aura certainement de ne pas assez expliquer les règles du BlackJack larguant certains spectateurs durant les scènes de jeux. Quelques jolis plans sont appréciables durant le film. Une fois passée l’ouverture en images de synthèses lourdes, Robert Luketic filme Boston en plan large, plan d’ensemble de la ville, avant de se rapprocher du pont proche du MIT en douceur, de glisser autour de la structure, de passer devant un vélo puis de se coller devant le cycliste (Jim Sturgess), le tout en un plan séquence assez réussi. Luketic choisit aussi beaucoup d’employer un effet traînant dans les images, elles deviennent ainsi en partie floues, les traits sont moins nets montrant la futilité du monde de la nuit. A défaut d’offrir une réflexion morale sur Vegas, le film nous donne quand même envie d’aller au Casino et de vivre riches.


Commenter cet article