Une année de films d’horreur, tentative de bilan.

Publié le par ES


L’année 2007-2008 aura été riche en films d’horreur, ces films qui nous font peur et frissonner, qui exploitent les outils du genre pour porter la tension à son maximum. On peut d’une certaine manière laisser de côté le Resident Evil Extinction (film truffé de références qui s’apparente autant au film de zombie qui fait peur qu’au film d’action). Les autres films marquants sont assez nombreux : 28 semaines plus tard, Je suis une légende, Cloverfield, 30 jours de nuit, les Ruines plus récemment citons REC, Phénomènes, Chronique des morts vivants (diary of the deads) ou encore Le bal de l’horreur (Prom Night). Il y en a d’autres évidemment, bien d’autres, mais avec ces quelques films, il est peut-être intéressant de dégager certains aspects récurrents.
    Jusqu’alors, même si les thématiques sont assez cycliques dans ce genre de films, les héros étaient perdus, pommés, tentant de se chercher et de chercher un chemin. Lost, la série, d’une manière reste dans cette idée. La Guerre des Mondes montrait un père de famille désorienté que l’horreur remettait dans le droit chemin, Hanibal Lecter enfant était quelque peu perdu lui aussi, les screams, vendredi 13 ou Chucky nous présentaient aussi des personnages pommés, qui peinaient à trouver. Depuis quelques, ce n’est plus vraiment les repères géographiques qui sont perdus, mais le contact. La même phrase revient dans bien des films de ces deux dernières années (surtout la dernière) « we lost contact » (Rec notamment et Phénomène pour les derniers). Le contact est perdu, plus que l’individu, qui lui se retrouve de plus en plus cloîtré dans un monde borné. Les 28 jours et 28 semaines surtout enferment les personnages en Angleterre, Cloverfield et Je suis une légende clouent les héros sur Manhattan. REC et Prom Night emprisonnent les acteurs dans un immeuble, tandis que Shyamalan les cantonne à la partie Nord Est des Etats-Unis. A l’heure de la globalisation, la peur devient donc claustrophobie, ne pas pouvoir aller on l’on veut, être forcé par les autorités à survivre dans un pré carré limité. C’est aussi l’image d’une civilisation qui fonce dans le mur, où les parois du possible se réduisent mois après mois. Avec cette première peur, la nouvelle angoisse n’est plus temps l’ennemi fixe et individualisé du tueur en série qui avançait masqué mais reconnaissable, l’ennemi devient mouvant, fluide, insaisissable, informe. Les monstres de Cloverfield sont multiples et chimériques. L’air et les herbes de Phénomène n’ont guère de réalité concrète, la végétation des ruines a l’atout d’être sans borne (on note aussi passage que la nature devient la grande ennemie de l’homme). Et quand le danger prend une forme humaine, c’est bien souvent celle du zombie, et donc de la maladie qui en est liée. Déréliction du corps et perte de contrôle sont devenues les nouvelles psychoses du cinéma, culminant sans doute avec Phénomène qui nous contraint à nous suicider sans raison apparente. Face à ces deux grandes voies (la perte de contrôle et la perte de contacte), les réalisateurs emploient de nouveaux procédés pour filmer. Exit les plans plus ou moins traditionnels, bonjour le retour à la vidéo faussement amateur qui nous empêche de voir correctement et crée la tension du non-dit (et non de l’explicite gore comme malheureusement, certains semblent encore le croire). La frayeur vient du fait qu’on ne comprend pas clairement de quoi il retourne, si le méchant est ciblé immédiatement et identifiable ou non. Cloverfield (comme le faisait Blairwitch) choisit pour la caméra amatrice en première vue avec un commentaire décousu. Cependant les caméras évoluent et permettent de faire plus de choses. On rembobine, on coupe, on met de l’infrarouge pour voir surgir le monstre dans le noir. On se moque de gâcher de l’image, on parle beaucoup, créant des effets comiques plus nombreux que dans les anciens films.
    REC et Diary of the dead changent d’angles. Les caméras ne sont plus grand public, elles deviennent télévisuelles. L’image peut être meilleure, le grain différent, on suppose que le tout devrait remuer un peu moins, l’humour est aussi nettement plus présent par moment. Dans le Romero, le film commence par l’ironie du film d’horreur en tournage. Dans REC, tout part d’un reportage de pompier ennuyeux où la présentatrice tente d’animer les séquences. Le reste déménage. Le huit clôt espagnol offre une première partie grandiose grâce à l’implicite, une vieille cri et semble étrange. Seul défaut, on entend pas vraiment les cris au début, il faut attendre. La vieille mort un policier sauvagement, début de la débandade en perspective. Puis un pompier tombe du deuxième étage par le trou dans l’escalier, l’immeuble est cerné car un risque biologique existe. On ne comprend pas tout, on essaie de se raisonner comme les personnages. Cela permet d’aborder les stigmates de nos sociétés : la peur de la maladie et du vieillissement, la quête de l’immortalité, les relations inter ethniques houleuses, le rôle des médias. Clin d’œil à ses prédécesseurs, l’entrée dans l’immeuble voit l’une des personnes tenir une petite caméra numérique, on aurait pu avoir les images de mauvaises qualités de celle-ci, on aura la télévision. L’écran s’interpose entre le gore et le public (comme aussi dans Phénomène). Certes, REC ne réussit pas à conserver cette tension produite par l’incertitude, notamment en succombant trop rapidement au film de zombis habituel qui ne laisse plus que quelques minutes à vivre aux derniers survivants. Il est bon de noter la scène humoristique où alors que les deux derniers survivants hésitent à redescendre et passent la tête dans le puit de l’escalier, les visages de tous les morts vivants surgissent comme une chorégraphie de comédie musicale gore. L’idée finale de filmer avec l’effet caméra infra rouge permet (comme dans Cloverfield) d’avoir un effet spécial ou un maquillage moins exigeant et de jouer sur le flou pour mieux effrayer par le spectre de l’enfant cadavérique à la bouche éclatée rappelant les morts du Ring. Concluons sur ce film par l’excellence du mixage sonore, d’une rare efficacité qui mérite à lui seul le détour.
    Le film frisson n’est pas prêt de s’arrêter. Les Saws poursuivent leurs pérégrinations, les zombies vont bien finir par se mettre à courir et employer des armes (comme déjà le suppose Je suis une légende), la peur biologique risque d’offrir de nouvelles histoires, et déjà des anciens reviennent hanter le spectateur comme X-files qui tente son retour cet été. Le cinéma de genre demeure un vivier plein de défis puisqu’il faut toujours refaire du neuf sur de vieilles recettes cultes et usitées jusqu’à l’os. Irons nous vers le toujours plus gore ? Pas forcément, l’ambiguïté et l’équivoque demeurent des valeurs sures pour angoisser. Bouh, peuvent continuer à faire les réalisateurs, tant qu’il y aura des peurs dans le monde, il y aura des films d’horreur.

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