Superman en noir.

Publié le par ES


Depuis quelques années, certains humoristes s’amusent à lancer des plaisanteries sur superman en se demandant comment il agirait s’il était d’origine noir, un superman noir en collant rouge tantôt avec la banane, tantôt en être stone défoncé à la weeds chantant du reggae et intervenant avec difficulté. Car les super-héros ont beau figuré la question de l’acceptation de l’autre, de la différence, ils sont avant tout (si ce n’est pas totalement) issus d’un type bien précis : l’homme à la peau bien blanche, musclé et svelte, virile sans être un singe poilu, bien éduqué. L’engouement pour les super héros a aussi entraîné une vague de films en tout genre et les Majors ont essayé d’user tous les comics à disposition pour y parvenir. Après Superman, Spiderman, Batman, X-Men et autres trublions bien ordonnés, en passant aussi par les Quatre Fantastiques, le Daredevil et sa copine, le Hulk souvent calamiteux, le Punisher, Spawn et quelques autres, il semble que tous les styles aient été esquissés. Du film noir et sombre qui a relancé la firme Batman, du pur film d’action ou de revanche, du mélange action humour très souvent lourd et indigeste, au film pseudo psychologique, réflexion sur la difficulté d’être différent, de choisir entre le bien et le mal et autres possibilités, en allant jusqu’aux parodies que ce soit en animation avec les Indestructibles ou en parodie grasse façon Superheros Movie, la gamme est riche. Depuis dix ans, l’été ramène son flot de Blockbusters jouant sur l’aspect superhéros aux capacités démultipliées. Avec un peu de recul, on constate une sorte d’oscillation : une année, les producteurs sortent un film comportant un aspect original (une nouveauté, un nouveau ton, de effets spéciaux renouvelés), la suivante, ils se reposent sur leurs « prouesses » passées et jettent sur les écrans deux daubes qui doivent ramener financièrement suffisamment pour conserver les caisses pleines, il suffit de se soutenir en employant la renommée des films passés (une suite…). Il n’y a qu’à regarder Tomb Raider dont la suite était un navet suffoquant, XMen 3 qui plombait tout ce que Brian Singer avait construit, le Superman Retourn peu convaincant ou encore les Quatre Fantastiques ou le Pacte du sang qui n’avait qu’un attrait divertissant pour télévision désoeuvrée.

    Cette année, il semblerait qu’après avoir subi le retour des Fantastiques, nous soyons dans une plutôt bonne année avec deux films d’une tenue plutôt sympathique sans pour autant exploser en surprise. Le Wanted avec Angelina Joli et James Mac Avoy, boosté aux effets spéciaux avec les ralentis sur les balles qui virevoltent et contournent les cibles,les scènes d’actions à sensation, l’intrigue légèrement travaillée, convainc par son aspect gros film d’action divertissant, peu de réflexion à l’exception de la sempiternelle question du faut-il tuer un homme pour en sauver mille, quel est le poids d‘une vie. Les scènes d’actions exceptionnelles sont malheureusement exceptionnelles et donc rares, trop rares au point que le spectateur peut déjà les avoir toutes vues dans la Bande Annonce, enlevant immanquablement beaucoup de plaisir. Et puis comme trop souvent aussi en lançant ce qui pourrait être un premier film, le réalisateur traîne lentement sur la genese du « héros », sa création et construction avant d’envoyer en un quart d’heure le vrai problème, le coup dur, la scène d’action vengeresse et la résolution ouvrant sur une suite possible selon le Box Office. Il y avait eu Monsieur et Madame Smith qui jouait sur l’humour avant de s’interrompre brutalement, comme si le réalisateur Doug Liman n’avait pas su quoi rajouter, il y aura cette année Wanted.


    Autre film qui a déboulé en partie de nulle part pour devenir le film attendu du mois de juillet côté superhéros, Hancock pose une nouvelle fois, comme six mois auparavant dans I am a Legende,  Will Smith en haut de l’affiche. L’idée n’est pas mauvaise, tentant de casser les clichés en jouant sur un aspect parodique sérieux (à l’inverse de Superhéros movie), Peter Berg présente un héros (cette fois donc de couleur noire) esseulé, alcoolique, je m’en foutiste qui arrête les méchants en causant plus de dégâts encore que s’il n’était pas intervenu. Il est l’unique surhomme de la terre, il officie à LA et est détesté des concitoyens. Un conseil en communication à qui il vient de sauver la vie décide de l’aider pour se faire aimer. Un dîner avec la famille du conseiller et Hancock accepte peu à peu de changer. Un tour en prison pour montrer sa bonne fois avant de devenir le héros qui empêche un braquage en sauvant tout le monde et en coupant la main d’un petit méchant qui va revenir plus tard se venger. La communication passe parfaitement, tout semble parfait. On s’amuse bien, rien d’extrêmement surprenant, mais au milieu du film, sans avoir affaire à quelque chose de marquant, le ton décalé, les scènes comiques (la baleine balancée sur un bateau) et les répliques qui font mouche, le spectateur n’est pas déçu. Et puis, une soirée bien arrosée, Hancock se retrouve dans la cuisine avec la femme du publicitaire, tente de l’embrasser quand soudain l’incroyable arrive : la femme (Charlize Theron plutôt à contre emploi et pas trop mauvaise) balance Hancock à travers le mur en lui disant de ne surtout rien dire à personne. Hancock n’est pas tout seul, on savait que Charliz Theron aurait un rôle important mais savoir quand cela serait révélé tenait de la part sympathique du film. Sont-ils seulement deux ou bien va-t-on en voir jaillir d’autres ? Voilà ce qui s’empare du spectateur. Le lendemain Hancock fait irruption dans la cuisine, scène plutôt amusante où Hancock vérifie ce qu’il a vu sans que le mari ne s’en rende compte. Et puis le film part dans une histoire plus banale, pas superhéros traditionnels, anges, dieux, la clef du mystère ne sera pas livrée. Nous saurons juste que l’espèce vit depuis l’origine humaine, mais qu’à chaque fois qu’ils s’accouplaient (dans le sens littéral du terme à savoir former un couple), ils devenaient mortels. Belle idée qui n’est pas vraiment exploitée. Scène d’action où les deux se disputent dans les airs sur fond de tempête cataclysmique qui disparaît sans aucune explication. Puis soudain, Hancock est blessé, à l’hôpital, sa « femme » de destinée se retrouve aussi mourante. Ils semblent mourir. On aurait pu penser soit que les deux meurent, laissant l’humanité à son propre sort, soit qu’un seul des deux survive, l’autre se sacrifiant, avec la douloureuse décision de vivre pour une famille ou vivre pour rester la figure du héros. Mais, les pressions hollywoodiennes l’emportent encore une fois. Les deux s’en sortent. Hancock devient le héros aimé de tous, elle reste incognito avec sa famille.


    Peter Berg a une carrière sur le fil du rasoir. Entre œuvres plus ou moins géniales dont le très réussi Very Bad Thing, et navets submersibles façon Bienvenue dans la jungle, Berg donne un goût d’inaccompli. Avec Hancock, le même constat se fait. Parti avec brio, l’homme semble s’essouffler et ne pas faire le poids pour tenir sur la durée un superhéros original. Pour preuve de ce trouble, trois scènes : le début témoigne d’une maîtrise talentueuse. Jeu sur les scènes de poursuite en voiture classiques, nerveuses qui alternent avec la vue de Hancock bourré sur un banc, façon clochard. En quatre minutes, Berg change six fois de musiques : country punchy, reggae doux, puis nouvelle musique façon grosse musique de poursuite, une autre, du Rap, du R&B… instabilité de la forme et du fond, le film de superhéros perd son équilibre présageant aussi la perte des repères et les variations dans les caractères des personnages. Un peu plus tard, dans le quartier du publicitaire, un gamin insupportable, un Français traite un peu trop Hancock de Hasshol, ce dernier l’envoie valser en l’air et le récupère tout en parlant avec le publicitaire. L’enfant n’est plus aussi innocent, on peut s’en prendre à lui s’en difficulté ni gêne, le héros a le droit de craquer, d’être tendu. Et puis, la scène presque finale, dans une fête foraine, la famille réunie heureuse, Hancock qui appelle depuis NY dans sa combinaison noir, une oreillette noir en action, il vient de dessiner un gros cœur sur la lune et part arrêter en douceur un méchant. Tout est gâché, l’impossible et ridicule du geste se combine avec l’acceptation d’un déguisement moulant à peine plus modern que le collant rouge. Hancock était, il n’est plus, il n’est plus l’ombre de lui-même, formaté à la sauce Comics prémâché. Encore un été, où l’on passe à côté de la vraie révolution, celle qui dans le genre du Superhéros arrivera à renouveler et concilier le grand public et l’authentique, l’artistique, l’âme d’un film destiné à rester dans les mémoires un peu plus longtemps qu’un été, comme à une certaine époque le premier Batman avait réussi. Peter Berg s’atèle à présent à une nouvelle adaptation de Dune, après un échec de David Lynch, quelques autres tentatives sans succès et l’impression que ce roman est finalement inadaptable. Peter Berg saura-t-il casser la malédiction Dune et prouvait qu’il n’est pas qu’une demi-portion dans la réalisation ? Seule 2009 nous le dira. D’ici là, il reste un Hancock attrayant et par certains côtés très agréables.



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Sév 10/07/2008 22:58

Ah oué.