Petite réflexion sur la B. A.

Publié le par ES

Parce que le marché évolue, parce que l’affiche publicitaire ne suffit plus, parce que chaque semaine un nombre impressionnant de films sortent sur nos écrans et s’affrontent en jouant à David contre Goliath (sauf que David gagne très rarement), la Bande Annonce est devenue incontournable pour se faire connaître un minimum. Les médias, notamment les chaînes de télé, favorisent forcément les films pour lesquels ils ont investi de l’argent. Il n’y a qu’à regarder les documentaires, émissions de Canal Plus pour voir que les making of et les films présentés sont fréquemment produits par la chaîne. La Bande Annonce, qui maintenant se diffuse sans soucis sur le Net, est un moyen évident de montrer quelques images, de donner à voir l’histoire et de séduire. En trois minutes, il faut que le spectateur soit séduit pour avoir envie de se déplacer, de débourser quelques pièces (plutôt quelques billets) et abandonner deux heures de son temps pour découvrir une œuvre de cinéma.
    La Bande Annonce actuelle n’a plus grand chose à voir avec celle d’il y a vingt ans, voire moins. Elle est devenue un art subtil qui nécessite pour être efficace de penser aux effets provoqués. Le teaser, employé avant tout par Hollywood, est sans doute le paroxysme de cet art, qui suggère et excite le spectateur en ne montrant absolument rien, en ne jouant que sur les attentes déjà exacerbés d’une population (Da Vinci Code, Indiana Jones, Batman, ou mieux encore Transformer). Les genres sont très variés dans la réalisation d’une Bande Annonce, souvent réalisés par une personne extérieure à la réalisation même du film. Tentons de donner un bilan des tendances dans les Bandes Annonces. La plus classique reste celle qui résume un film, on prend quelques images, quelques dialogues, on coupe et monte de façon dynamique en faisant attention à ce que le spectateur comprenne bien de quoi il retourne. C’est souvent le moins complexe, cela montre aussi que le producteur mise sur son histoire, sur la qualité du scénario pouvant être renforcé par la présence (appuyée dans la bande annonce) d’un ou deux acteurs connus. Autre façon de faire, la Bande Annonce misant sur l’ambiance, relativement bien employée en France. Il s’agit prendre des bribes de conversations, quelques belles images, d’ajouter un ou deux effets musicaux afin de dire au spectateur : si vous aimez ce que vous voyez, vous aimerez passer deux heures avec nous. Dans un style assez similaire, mais qui permet de jouer sur plus de registre, la Bande Annonce peut se passer de paroles et n’utiliser qu’une musique. Cette méthode évite de rebuter certains par des phrases ou un propos trop spécifique, tout le monde peut être touché par une musique, tantôt émouvante, tantôt dynamique faisant présager un film d’action ou de suspens. Depuis quelques années sont aussi apparues de nouvelles façons de procéder, on compte la bande annonce en mini sketchs pour jouer sur l’effet communicationnel (Brice de Nice, Dikenek,                   ou plus récemment Disco) et la redondance. Certains jouent aussi sur l’aspect décalé, on ne montre pas vraiment le film, plus une sorte de making of, de discussion sur le film pour appâter le public. Les autres constructions sont nombreuses. Il est bon de voir concrètement ces différences en s’intéressant aux Bandes-Annonces du moment.
    The Dark Night ou l’Instinct de Mort (Mesrine) prennent le même chemin : une musique grand spectacle dont l’intensité monte au fur et à mesure, le rappel du personnage principale se fait dès le début avant que l’histoire soit ébauché par la pioche de quelques conversations, phrases et un montage extrêmement vif pour galvaniser en peu de temps le spectateur. Chose réussie dans les deux cas, tout est clair sans trop en dévoiler, laissant planer l’ombre de mystère qui va aguicher le spectateur jusqu’à la salle obscure.
    Nos 18 ans choisit de lancer la BA par une voix off, celle du héros qui donne le ton. On multiplie les musiques, on montre les personnages, la situation, on aborde les différents problèmes, on montre l’aspect comique façon teenage movie à la Française. En deux minutes, le public est fixé, il adhère ou pas, les surprises ne risquent pas d’être nombreuses, mais si l’on aime le genre, on passera un bon moment.
    Le nouveau Bond, Quantum of Solace, reste comme pratiquement pour tous un modèle du genre film grand budget. On démarre avec le silence, des flashs dans un hangar, la voix du méchant de Casino Royal, celle de Bond et de M, une ébauche de trame est lancée, puis la musique débute en augmentant, la voix de M donne une idée de Bond contre son agence, les scènes d’actions nous sont révélées rapidement, et tous les détails d’un bon James Bond sont évoqués : les filles, la James Bond Girl, les flingues, les morts, les voitures, les courses poursuites…. D’une efficacité implacable, l’amateur retrouve tout ce qu’il peut attendre de la saga.
    Pour les Dents de la nuit, un autre aspect très utilisé est employé : la voix off, la grosse voix grave qui va narrer l’action. Le pitch est raconté sans fioritures, les personnages présentées rapidement, la tonalité humoristique s’installe en cessant la voix off, remplacée par une musique dynamique et quelques répliques drôles. On substitue des phrases sur fond noir à la voix pour créer un rythme. Classique et attendu pour ce genre de film.
    Il pourrait y avoir un nombre sans cesse croissant d’exemples. L’un des plus mauvais en tête serait sûrement la BA des Chansons d’amour, sorti l’an dernier. Film marquant et réussi qui usait de la chanson pour traiter des thèmes graves avec une forme complète, Les chansons d’amour avaient pour BA un mix de chaque chanson. Pas mauvaise en soi, elle ne représentait absolument pas le film, réduisant l’histoire à une vulgaire histoire d’amour à trois, évitant soigneusement de mentionner le thème du deuil et de l’homosexualité notamment. A trop vouloir faire consensuel, on donne des musiques rapidement sans aller au fond des idées, on présente les personnages trop brièvement, la narration semble réduite à une gentille relation à trois sobrement rehaussé par quelques difficultés. En soi, rien de très nouveau, ni de très attirant pour un large public. Un film de cette envergure méritait bien mieux.

    La Bande Annonce est un art à part, un art de l’ellipse, de la séduction, de la césure, un art qui demande une rigueur et qui offre plein de possibilités et une certaine liberté. Certes, c’est un art au service du commercial puisqu’il s’agit de publicité, mais cela demeure un aspect délicat dans le montage. Il est de plus compréhensible que le réalisateur d’une BA ne soit pas le réalisateur du film, puisqu’un artiste qui a peiné pour construire un long métrage, ciselant et coupant des scènes, aura encore plus de mal à choisir les meilleures scènes, à encore une fois réduire ce qui lui semble essentiel. Passionnant en soi à regarder, la BA reste une invitation pour l’entrée dans un univers précis, une porte qui peut nous attirer comme nous rebuter. Chacun son film, chacun sa BA.

Publié dans Atypique...

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