Hellboy ou le baroque dans les Comics.

Publié le par ES

    Il est de ces réalisateurs qui réussissent à s’amuser qu’ils aient affaire à des sujets sérieux (Le Labyrinthe de Pan) ou à des enjeux de box-office. Guillermo Del Toro (l’un des réalisateurs mexicains les plus connus du moment) en fait partie. En une quinzaine d’année, sa filmographie s’est engraissée de long métrages et de projets à foison.  Cronos et Mimic l’ont révélé, l’Echine du diable l’a placé dans la catégorie des réalisateurs de films de genre « à personnalité » ou talentueux. Blade 2, sans être un chef d’œuvre, lui a permis d’obtenir une certaine liberté dans ses mises en scène. Il s’est ainsi vu confié la délicate tâche de mettre en image un nouvel héros de comics, le gros monstre rouge qu’est Hellboy. C’était une gageure que d’adapter cette BD puisque le héros n’était pas des plus populaires et qu’il changeait des autres (se rapprochant d’un Hulk) par son aspect maléfique inscrit dans ses gênes. Il fallait créer une histoire, montrer le début, la mise en forme du héros et en même temps un affrontement avec un méchant sérieux. Sans produire un excellent film, Del Torro évitait le navet en insufflant son empreinte dans le récit. Car l’homme a beau faire des films d’horreur, il semble raffoler des univers enfantins fabuleux (un peu comme un Tim Burton en moins coloré). Son Labyrinthe de Pan le prouvait bien, puisqu’il était parvenu à traiter de l’Espagne Franquiste en apportant une ambiance onirique très personnelle. Voilà qu’il revient cette année avec la suite des aventures du géant rouge et qu’il doit se confronter pour l’été avec les trois autres plus ou moins mastodontes que sont Wanted, Hulk et the Dark Night. Premier contast, celui des chiffres, Del Torro pâtit d’un détachement de la part du public côté US. Second constat, ce Hellboy deuxième chapitre est plus réussi, plus prometteur aussi.
    Que trouvons nous au sommaire de ce second opus ? Hellboy et sa clique (sa copine et le gentil homme poisson) vont être confrontés à un ennemi différent. Le film débute par une légende (curieusement comme le Labyrinthe de Pan) où l’on apprend que deux mondes existaient, le monde des hommes et le monde des créatures (voilà qui fait penser aussi au Seigneur des Anneaux), le monde des créatures avait trouvé une armée en Or redoutable, des machines capables de mettre à mort toute résistance, or face à tant de pouvoir, les créatures décidèrent de briser en trois la couronne qui permet de contrôler l’armée et d’enterrer celle-ci. On se retrouve de nos jours, un des enfants du roi des Créatures veut récupérer la couronne car il en supporte plus les humains. Il tue son père, pourchasse sa sœur qui va trouver refuge chez l’équipe de Rouge (Hellboy), faire chavirer le cœur de l’homme poisson, et mettre en danger l’humanité entière (again). Pourquoi cela semble nouveau ? parce que le méchant n’est pas assoiffé de pouvoir, il voudrait juste avoir une place égale aux hommes, pouvoir vivre au grand jour. Hellboy, en conflit aussi avec sa copine la miss qui s’enflamme et qui se retrouve enceinte du gros nounours rouge. Exit le jeune gamin du FBI en charge de Hellboy, trop juvénile et terne, Del Torro convoque le directeur de l’agence (plus vieux et caractériel, qui a dans son collimateur Hellboy) et un nouveau venu, un fantôme qui investit une sorte de corps robotisé. S’il n’oublie pas d’évoquer (comme dans tous comics) la difficulté d’être différent, le conflit face aux hommes, l’envie d’être accepté, Del Torro ne s’embarrasse pas d’une psychologie trop geignarde. Il opte pour l’exploration du monde fantastique, certains scènes rappellent le début de Men In Black, d’autres le passage dans le Londres fabuleux de Harry Potter. Et à côté de cela, il revient sur une esthétique qu’il apprécie, proche du Labyrinthe, très flamboyant et doré, très baroque en somme. Les monstres ne manquent pas, rarement terrifiant, ils offrent des scènes d’action sympathique (un œuf se transforme en grosse plante énervée, une vieille pierre devient un géant rappelant la mythologie grecque). Del Torro aime user de l’intertexte. Alors que les comics ont noirci le trait, comme le chevalier noir, notre Mexicain préfère l’univers adolescent, optimiste, agité, capricieux et moins violent.
    Retour sur deux trois scènes pour mieux rendre compte de sa différence. Début du film, une salle des ventes où se retrouvent de vieilles gens grisonnantes et riches, à côté d’antiquités, un bout de couronne est mise aux enchères, voilà qu’un invité fait irruption, il est blanc, à la physionomie différente. Les administrateurs sonnent l’alarme, et les deux gardent sont au même instant propulsés dans la salle par un autre monstre, un sous-fifre qui rappelle les monstres du numéro 1. Le « méchant » s’empare de sa couronne et libère des petites bestioles évoquant les crabes de Alien. Très gothique, cette scène montre ce qu’il y a de plus noir dans le film, peu de sentiments, pas de fioritures pour amener à la mort. Plus loin, Hellboy se retrouve dans son vestiaire avec la machine fantôme qui lui fait la morale, Hellboy n’aime pas ça, s’énerve et finit par fracasser la bulle en vitre qui sert de tête à son acolyte. On s’imagine qu’il l’a tué ou quelque chose comme cela, pas du tout, le fantôme se venge en investissant les casiers du vestiaire et ouvrant les portes autour de Hellboy lui donnant des claques. C’est drôle, enfantin, mais drôle alors qu’on a frôlé le drame, c’est aussi cela l’univers de Del Torro. On trouve ce même mélange dans le passage où l’équipe entre dans le marché fantastique, c’est le bordel (un peu comme dans Starwars quand on découvre les planetes avec plein de martiens différents), c’est vivant. Voilà que la grosse bête arrive et débarque dans le monde des hommes. Hellboy se bat en tenant dans sa main un bébé qui n’aura aucun dommage. Toujours ce choix du second degré dans une scène d’action (comme chez Hancock en partie). Le baroque n’a pas grand chose à voir avec le grand-guignol kitch des anciens Batman, il s’agit d’un décorum très structuré qui se transforme en hymne à l’imagination. Del Torro sait aussi mettre en scène les enjeux dramatiques comme la vie en danger du gros géant, la mort de la princesse, on ne tombe pas dans le grotesque, il réussit à livrer des scènes classiques, mais toujours touchantes.
    Ce qui marque la différence entre un Hellboy et les autres comics, c’est justement l’ambiance très « Torrorienne » d’un enfant qui semble adorer mettre en scène ses rêves et ses cauchemars. Il est à part et cela fait du bien. Il s’interroge et travaille sur des thèmes toujours proche tissant une œuvre du fantastique originale en investissant des classiques de genre pour leur offrir une vision à part. Il appartient aussi certainement aux nombres des réalisateurs qui accumulent une liste pharaonique de projets à réaliser avec le très attendu Bilbo le Hobbit, le troisième opus de Hellboy (La fin des temps), Saturn and the End of Days, un Tarzan, un Frankenstein et aussi une adaptation des Montagnes Hallucinées de Lovecraft. Voilà bien des raisons d’attendre la suite des créations.

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