WaaAAAAlllllllllllllEeeeeee……….

Publié le par ES

    Tout aura été dit sur le film. Avec le Batman, il était certainement LE film le plus attendu de l’été, le nouveau Pixar estival, le messie de l’animation susceptible (comme le Batman) d’être nominé aux oscars. Andrew Stanton peut se réjouir, d’année en année, depuis Némo, la réputation de Pixar ne cesse de croître. Chaque long-métrage est annoncé comme un chef d’œuvre tant visuel que narratif. Wall-E… voilà six mois que le teaser, puis la bande-annonce inondait le monde, avec la petite voix magnétique qui faisait sourire et que chacun tentait d’imiter. La tension a monté d’un cran, lorsque les journalistes ont pu voir le film. Une merveille entendait-on, encore mieux que Ratatouille. Déjà sorti de l’autre côté de l’Atlantique avec succès, quel regard poser sur ce film ? Les cahiers du Cinéma ont opté pour  une analyse très philosophique de l’histoire (sur la machine), les autres ont avant tout encensé le bijoux, tandis que Télérama (et quelques autres) a fait le choix de la double critique, la bonne et la mauvaise. L’histoire commence à être connue. Wall-E est un petit robot sur la terre, seul avec un cafard attendrissant, qui poursuit sa tâche alors que la planète bleue semble avoir subi l’apocalypse. Quelques mimiques gentilles plus loin, un gros vaisseau arrive et dépose un autre robot tout blanc tout neuf chargé de chercher une trace de vie. Wall-E tombe amoureux et va suivre le robot sur son vaisseau quand ses propriétaires viennent le récupérer. Découverte d’un nouveau monde où les humains ont échoué en attendant de pouvoir retrouver une planète viable.
 
     Le ton a changé. Beaucoup plus sombre que ses prédécesseurs, ce Pixar-là nous présente un monde où l’humanité apparaît bien grise. Nous n’avons pas su gérer notre planète, nous avons préféré fuir. De l’homme, il ne subsiste que quelques objets et un vieux film chantant (Hello Dolly !). Et quand l’homme apparaît, il est obèse, incapable d’utiliser ses jambes, installés dans des fauteuils qui le conduisent de la nourriture au lit, drogué par des écrans de télévision, ne voyant plus le monde extérieur. En somme, l’homme est un pachyderme qui se moque du lendemain comme de son propre passé. Les sentiments ont investi les machines, plus humaines que l’homme. Et c’est la créature qui sauve son créateur encore une fois. Ebauché rapidement, on trouve ici les trois principales idées que s’évertue à diffuser entre deux gags Andrew Stanton and co : l’alerte écologique, l’alerte émotionnelle (ne perdons pas ce que nous sommes) et la défense de la technologie (les robots ne sont pas forcément mauvais et ne se retournent pas inévitablement contre les humains, quoi qu’en disent une flopée de films de Science Fiction). C’est ce qui différencie ce film des autres.
    La question de s’accepter soi-même, de trouver sa place dans notre société, comme le scandaient finalement Némo, Cars ou Ratatouille, s’efface pour entamer des sujets plus sérieux, plus adultes, plus obscurs aussi. Alors certes, comme on peut le critiquer, le film surfe sur la vague du danger pollution, obésité, certes le film s’interroge sur notre propre déshumanisation, mais cela n’en est pas forcément plus mauvais. On peut traiter d’un thème à la mode avec nouveauté, fraîcheur, surprise. L’ennui est peut-être que cette fois-ci Andrew Stenton ne parvient pas avec autant de grâce et de génie à concilier la fluidité de l’histoire, l’humour et le message.
 
Ce petit robot est bien attendrissant, mais il ne parle pas vraiment, or une heure trente avec peu de paroles empêche en partie de s’attacher pleinement aux personnages. Rémi le Rat nous envoûtait et nous amusait parce qu’il était très humain ; Wall-E fait sourire, mais ses bêtises sont parfois trop enfantines, il n’est pas assez décalé. La folie d’un dessin animé peine à s’éveiller. Prenons la scène où Wall-E passe un moment en couple avec Eve (prononcé Eeeeeva) par le robot. On aurait pu avoir une scène parodique de flirte, de la cour, un moment de magie à la Disney, à la fois très banal, mais qui fonctionne toujours. Non, cette fois-ci il n’en est pas question. Wall-E passe du temps avec Eve, mais Eve est en mode veille, elle ne vit pas l’histoire d’amour. C’est comme si le vieux robot flirtait avec une pierre. Il tente de lui prendre la main, mais le bras mécanique se referme. Malgré bien des aspects anthropomorphiques, les protagonistes restent des machines qui symbolisent une sorte d’incommunicabilité. Quand on y regarde bien, le moment devient plus triste et pathétique que comique. Et les petites facéties du droïde ne sauvent pas entièrement le sentiment de désolation provoqué par la rencontre. Voilà ce qui ressort de la première partie du film. On arrive dans le vaisseau croisière et l’image des hommes n’est guère plus réjouissante. Tout semble voué à la disparition, le capitaine ne sait même pas comment tenir un livre, il se réjouit un temps de rentrer à la maison, puis oublie aussitôt quand la machine-mère lui dit que ce n’est pas possible. À l’image du petit robot, on aurait envie de tomber dans la déprime. Et ce n’est pas le premier robot qui aurait ce genre d’état d’âme (le plus emblématique étant peut-être le robot de H2G2). Oui mais voilà, ceci concerne avant tout la première partie du film. On retombe vite dans le Pixar plus traditionnel. Eve et Wall-E tentent de tomber amoureux, ils possèdent un petit pied de plante prouvant qu’on peut se réinstaller sur Terre et vont tout faire pour le donner au Capitaine. La machine principale, oscillant entre l’unité centrale des Robots d’Asimov et l’œil de 2001 Odyssée de l’espace de Kubrick, n’est pas du tout d’accord pour que l’humanité revienne sur la planète bleue. Tentant d’arrêter les deux robots, puis prenant le contrôle du vaisseau au péril des vies humaines, cette machine devient l’adversaire à combattre.
S’ensuit une série de péripétie où Wall-E fait preuve d’un courage extraordinaire, s’en mange pleins les boulons. Il conquiert le cœur de Eve et danse avec elle dans l’espace dans un ballet ultra référencé très sympathique. L’homme se réveille, il découvre qu’il a des jambes et peut marcher. Au final, on s’en doute, ils reviennent sur terre, sensibilisés à ce qu’ils doivent faire, apprennent à marcher, à revivre normalement. Wall-E dont on craint un moment qu’il ne survive pas ou qu’il perde sa mémoire, finit par vivre son histoire d’amour avec Eve. Classique, mais jusqu’au bout, Stanton oscille entre une conclusion pessimiste et un dénouement plein d’espoirs. Scène à retenir, le moment où le capitaine est renversé de son fauteuil et contraint de marcher, est assez réussi. Utilisant la musique de 2001, il inverse d’une certaine manière la symbolique du Monolithe d’Arthur C. Clarke. Le monolithe n’est plus un bloc noir, mais l’homme. A l’image du premier (en transposant), l’humain devient le mystère central de l’univers, celui qui réussit à résister à tout, qui crée la vie (via les robots) et devient d’une certaine manière immortel, celui qui retourne aussi à son lieu originel. On a reproché à Stanton de s’être inspiré de beaucoup de choses pour créer son film, de ET, de IPod… mais c’est justement parce qu’il multiplie au possible les références que Wall-E propose une lecture à plusieurs entrées.
Faut-il retenir de Wall-E qu’il surpasse ses prédécesseurs ? Pas sur tous les niveaux, l’esthétisme de Ratatouille (unique long-métrage à être parvenu à offrir une vision appétissante de la ratatouille !) demeure plus coloré, plus impressionnant, mais l’animation n’en reste pas moins d’une grande qualité, notamment le travail effectué pour animer le petit robot qui reste remarquable. L’originalité, le point fort de ce nouveau Pixar est sans conteste ce nouveau souffle plus adulte que propose Andrew Stanton. En ce qui concerne la lecture et l’analyse du film, Wall-E est le plus complexe de la série, le plus stimulant et donc peut-être celui qui divise le plus aussi. Qu’on choisisse de le regarder comme un pur divertissant ou qu’on préfère s’y torturer les neurones, le petit robot  ne laisse pas indifférent. Et c’est tant mieux.

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