Pour un jeu d’acteurs: les trois petits cochons. La fille de Monaco.

Publié le par ES


    Retour sur deux films d’août plutôt réussis sans taper dans l’originalité inouïe : Les trois petits cochons et La fille de Monaco. L’un est Québécois et conte les frasques sentimentales de trois frères réunis au chevet de leur mère malade ; l’autre est Français et suit le lent déclin d’un brillant avocat venu à Monaco pour une affaire impossible et tombé sous le charme d’une jeune Monégasque charmeuse et manipulatrice. L’intérêt de ces deux films tient au niveau des acteurs. Quand on reste sur une intrigue classique, il faut sortir du lot, captiver par la forme et les caractères.
    Patrick Huard (l’un des grands réalisateurs populaires Québécois actuel avec Les Boys et Bon Cop Bad Cop) ne cherche pas à creuser très profond la psychologie, il tire de gros traits pour jouer sur les clichés : le grand frère est une image de réussite et de sérieux apparente, réservant quand même une bonne surprise qui tombe aussi dans le stéréotype sans être trop lourd, le petit frère enrôle le côté jeune chien qui ne grandit pas et celui du milieu, médiocre et simple fonctionnaire, rêve de la grande Histoire sans y parvenir vraiment. Claude Legault, Guillaume Lemay-Thivierge et Paul Doucet alternent la gamme de l’humour avec des aspects parfois bouffons et de l’intimisme dramatique avec une certaine maîtrise de jeu. Le jeune frère notamment réussit à être touchant. Paul Huard et son directeur de la photographie (Bernard Couture) vont plus loin dans la maîtrise de l’image, comme le prouve par exemple la rapide scène où le jeune frère, tout heureux d’avoir une maîtresse, danse dans la rue sous la pluie, splendeur des gouttes qui scintilles sur un fond sonore très sec, qui préfigure dans la tonalité le coup de matraque que sa femme policière lui donnera en découvrant l’affaire. Le grand atout de Paul Huard, comme souvent dans le cinéma Québécois, est de réussir à aborder la sexualité dans tous ces états sans tomber dans le vulgaire. L’humour flirte avec les sujets de société comme l’homosexualité. Deux scènes à ce titre valent le détour : lorsque le frère du milieu trompe pour la première fois sa femme et passe la nuit avec sa maîtresse, il ne parvient même pas à tenir deux minutes et on a droit à une scène d’ébats sur la table de la salle à manger plutôt gargantuesque et fanfaronnant. Plus tard, alors que le frère aîné n’a cessé de donner des conseils et des «  je vous l’avais bien dit », les deux autres décident de le suivre, convaincu qu’il a lui aussi une maîtresse, mais voilà la maîtresse se révèle être un homme, son propre voisin, et personne ne le sait. La discrétion prime sur l’ensemble. Retournant un aspect assez grave (le frère sérieux…) en effet comique. Le tout donne un ton amusé et amusant qui n’est jamais déplaisant à regarder.
    Pour la Fille de Monaco, Anne Fontaine s’est entouré de trois acteurs de talents : un Luchini qu’on ne présente plus, un Roschdy Zem déjà récompensé et qui a prouvé sa valeur et la jeune mais déjà bien connu Louise Bourgoin qui s’amuse à incarner une fille de météo (clin d’œil gros comme un éléphant). Anne Fontaine, comme souvent les réalisateurs français, sait construire une ambiance, une ambiance qui envoûte le spectateur, l’empêche de se désintéresser du film, quand bien même l’intrigue peut avoir des faiblesses. D’une certaine manière, comme le personnage de Luchini, le film est en pente douce, un début brillant, espiègle avec un humour fin. On débute par cette scène géniale où Luchini fait son show à une femme pas mal du tout pour lui expliquer que leur premier baiser suffit, qu’ils n’ont pas besoin d’aller plus loin forcément, et voilà qu’il est interrompu par la présence derrière lui d’un homme (R. Zem) qui va s’avérer être un garde du corps imposé pour l’avocat. Invraisemblance qui vient stopper net les envolés verbales du Maître, ce garde du corps au début assez simple, il règle le problème d’une maîtresse qui débarque à l’improviste bien décidée à coucher avec l’Avocat en remplaçant le Maître dans l’activité nocturne sans aucun complexe. Puis la rencontre avec Miss Bourgoin, vulgaire, mâchonnant chewing-gum. C’est la révélation. Luchini ne parle plus, il est hypnotisé, puis dévasté par la puissance de la femme. On découvre que Roschdy Zem a aussi été l’amant de Bourgoin, les relations se compliquent, le garde du corps devient ami sans parvenir à sauver l’avocat. Anne Fontaine tisse une parallèle entre ce que vit l’avocat et son procès : une femme riche de la région a tué un Russe et ne nie pas, car (comme on le découvre) son amant était en fait aussi l’amant de son fils…. Le trio infernal se resserre dans cette parallèle annonçant l’inéluctable fin. Il faut tuer la sorcière pour pouvoir redevenir libre, il faut aussi en subir les conséquences. Luchini n’en fait pas trop, il joue de retenue et cela sied bien à son talent. L’homme revient à ce qu’il sait faire lors des scènes de procès. Louise Bourgoin taillée d’un bloc en impose, entre fragilité et manipulation, elle parvient à convaincre de son pouvoir sur l’homme, quant à Roschdy Zem, il est un des grands acteurs du cinéma Français, puissant, tout en force, il passe du roc de pierre que lui vaut son rôle de garde du corps à celui d’humain, plein de tourments, d’hésitations, de vie. Une scène pour résumer l’ensemble du film : Luchini a couché avec Bourgoin, il doit la voir le lendemain à une soirée déguisée, durant la soirée, la jeune femme flirte avec un autre et n’approche pas de l’Avocat qui finit par se rapprocher de son garde du corps. Roschdy Zem semble peu à peu bien aimer son client, il veut le protéger, mais voilà que entre deux petits détails humoristiques, Bourgoin revient vers Luchini, dévastant toute bribe de volonté, forçant l’homme a sauté tout habillé dans une piscine, au risque de se noyer. L’homme pantin, l’homme polichinelle, l’homme clown. Voilà les figures qui peuplent le film, créant ainsi une atmosphère qui vacille entre humour et tragédie.
    Deux films donc, deux histoires, deux trios d’acteurs qui témoignent de l’importance du choix et de la direction des comédiens. En faire trop et le tout est gâché, manqué d’extravagance et de profondeur et le spectateur s’ennuie. Quand l’acteur est brillant, il est toujours capable de sauver les faiblesses d’un film, quand l’acteur est mauvais, il est toujours capable de plomber la fulgurance d’une histoire. L’équilibre n’est jamais simple, c’est aussi l’intérêt du cinéma.

Publié dans Actu ciné Français.

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