OSS 117 pourrait-il devenir une série à la James Bond ?

Publié le par ES

       Il est là. Il danse au milieu de Chinoises dans un chalet à Gstaad, tout sourire et la coiffure parfaitement repassé, Hubert Bonisseur de la Bath finit sa mission quand des méchants chinois débarquent que notre héro n’aura aucun mal à tuer. Voilà les premières images de OSS 117, Rio ne répond plus. Michel Hazanavicius a touché le gros lot apparemment lorsqu’il a été choisi pour adapter la série de romans de Jean Bruce. Dépassant les deux millions d’entrées, Le Caire nid d’espions pouvait prétendre à une suite. Voilà qui est fait. On reprend notre agent secret national décalé à souhait, on l’envoie à Rio, on lui met une jolie rousse du Mossad comme associé, des nazis à leur trousse, des hippies, on secoue le tout et on obtient un scénario parodique des films d’espionnages qui se permet quelques clins d’oeils au Cinéma : les méchants chinois du docteur Lee reviennent à chaque situation délicate pour apporter une solution, la nouvelle peur flash back de OSS 117 se réfère à Sous le plus grand chapiteau du monde, une course dans les escaliers rappelle Sueur Froide de Hitchcock. Plus que dans le premier opus, Hazanavicius se plaît à rendre hommage au septième art.
 
    Jean Dujardin débite des horreurs encore plus extrêmes que dans le premier film. Fini René Coti, bonjour Pompidou et le monde post 68, Hubert part sous un faux nom en tant que Noël Flantier, reporter. Le génie du film tient à un humour plutôt bien réussi la plupart du temps qui n’apparaît uniquement que dans les propos. Les blagues antisémites, machistes, racistes fusent à tout va. Mais OSS117 n’en est pas moins drôle par lui-même. Une légère expérience homosexuelle avec les hippies sous LSD transforme le stéréotype du mâle en héros trouble. De même, alors que Dolores (sa comparse de mission) tente d’expliquer qu’une dictature n’est pas toujours communiste et se justifie en disant qu’un pays avec un militaire, des lois qui empêchent de sortir le soir, une seule radio etc… est une dictature ; ce à quoi Hubert répond qu’elle parle de la France, et de la France de De Gaulle. Certaines répliques continuent par la suite de faire mouche comme « sorti du contexte, un doigt dans les fesses » faisant référence à une nuit sur la plage, mais dont le propos survient un peu de nul part et amuse, ou bien encore « dehors c’est le vrai monde, et le vrai monde il va chez le coiffeur » aux hippies. On retrouve donc par moment la même dose d’humour plutôt travaillée que dans le premier film.

    Hélas, Rio ne répond plus n’évite pas quelques temps morts ou gags pas franchement drôle comme cette scène en voiture avec un Américain ne prononçant que des « fuck…. » à tout bout de champs qui se met à rire durant trois minutes, on ne sait pas trop pourquoi. Certains aimeront l’idée de faire mourir les gags d’eux-mêmes, de les rendre amusants par le rire débile de Dujardin, on peut cependant regretter que tout ne tienne que par les mimiques de l’acteur. Manquant d’originalité, moins puissant que le premier, reprenant les mêmes ingrédients (nazis, homosexualité, femmes soumises), le pire étant sans aucun doute le rôle de Dolorès qui ne sert qu’à jouer les bonnes morales, la norme et souligner au marqueur gras combien Hubert est décalé et mal installé dans son monde, porteur de valeurs passéistes qui le rendent grotesque et proche d’un Don Quichotte Moderne. Il sera évidemment possible d’apprécier la vision de la France, vision qui se moque d’un certain racisme ambiant, machisme etc…, mais ce tout semble perdre parfois l’essence même d’une comédie action : le divertissement et le déroulement des péripéties. Entre deux éclats de rire, on finit par s’ennuyer en partie.
 
    Peut-on alors imaginer une suite, puis une autre aventure et encore une autre ? Pourquoi pas, mais pour ce faire, il faudrait revenir à l’inventivité du premier en se rapprochant davantage des romans de  Jean Bruce et non en créant des histoires hybrides plus axées sur les clins d’oeils que sur le vrai regard. Oss 117 a déjà certains éléments pour bâtir une série : un personnage à part et en son sens charismatique, de belles filles, des méchants attirants, de beaux paysages, de l’action. On pourrait se dire qu’en corrigeant quelques fragilités de ce nouvel opus, la perfection est atteignable. Mais hélas, même dans cette optique, un problème se pose : La série des James Bond peine à se renouveler, devant dépasser l’image traditionnelle de l’agent, se moderniser, mieux s’adapter aux attentes d’un public toujours plus exigeant en la matière, pour preuve après un lifting réussi avec Casino Royal, Quantum of Solace a été nettement moins bien accueilli. Comment alors, un personnage représentant en partie l’image d’un James Bond traditionnel pourrait-il dépasser cette difficulté ? La série OSS 117 n’est peut-être donc pas pour demain. Reste qu’avec un bon démarrage et un potentiel bon box office, un troisième opus pourrait pointer son nez et devra alors parvenir à sortir de ses propres clichés pour offrir une comédie référent au passé, mais moderne et dynamique, de retrouver un souffle d’originalité tout en conservant le mordant des dialogues. Affaire à suivre.

Publié dans Actu ciné Français.

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