Quand une mythologie s'effondre: X-Men

Publié le par ES

Le passage à l’écran des comics a beau le plus souvent s’avérer être un succès en terme de box office, les adaptations sont en fait rarement réussies et enthousiasmantes. Les Spidermans niaiseux, les Quatre Fantastiques insipides, les Supermans ratés, seuls deux ou trois films font exceptions parmi les grands classiques dont le renouveau du Batman, l’assez bonne surprise de Iron Man ou le premier opus de X Men que Bryan Singer avait mis en images sans trop de déception. La difficulté de ce genre d’adaptation est généralement double, car outre l’aspect purement physique (mettre en film des dessins), les comics contiennent un lourd passé et une mythologie riche assez ardus à conserver dans un film de deux heures. Et X-Men fait partie de ses Comics aussi denses dans les ramifications narratifs que les meilleurs romans. Mêlant dangers de tous genres, questionnements sur la différence, sur l’identité, etc…, ce comics avait l’atout d’apporter une variété parfois plus importante que les autres comics.
L’autre ennui avec les adaptions d’histoires déjà bien avancées c’est que les producteurs veulent à la fois et dans un laps de temps réduit booster les scénarios en créant des scènes d’action spectaculaires, trouver les récits les plus apocalyptiques (combien de fois sauver le monde) et dans les premiers opus resituer qui sont chaque personne pour les néophytes. Voilà pourquoi les premiers films sont souvent pas mauvais, mais ne servent qu’à propulser le récit vers un deuxième tournage. Pour X-Men, Bryan Singer avait choisi de ne pas revenir sur tous les personnages (à l’exception de Malicia et quelques autres jeunes). Lançant son film comme le début d’une série, il réussissait à peu près à allier une trame principale grand public et des séquences sur le quotidien des mutants (bien plus intéressants). Talentueux dans sa mise en scène qui évitait la surenchère (sauf dans la dernière scène), Singer revint ensuite pour le X-Men 2 avec une ouverture grandiose, quelques scènes plutôt bonnes et la poursuite de son récit et de l’exploration des personnages. Sans être un chef d’œuvre du genre, il parvenait à ne pas décevoir, bien qu’à nouveau le scénario s’offrait des envolées lyriques futiles en sauvant l’humanité. S’envolant pour d’autres cieux, Singer laissa sa place à Brett Ratner  (Rush Hour) qui, cette fois-ci à l’exception d’une ou deux scènes, détruisit tout ce que les deux premiers opus avaient pu bâtir. S’acharnant durant tout le film à finir la série, tuant les protagonistes essentiels pour uniquement surprendre, l’Affrontement final perdait tout attrait, poussif et sans étonnement, ni vrai plaisir. Et voilà qu’à la dernière minute, alors que tout semblait clôt, toutes les pistes ouvertes interrompues, l’homme donnait une ultime piste pour une suite, au cas où le box office serait bon. Voilà comment ce qui pouvait paraître le début d’une série, se transformait en une trilogie ratée avec un premier film pour mettre en place et un troisième uniquement résolu à donner des réponses à tout. Voilà pourquoi, avec Wolverine, le retour à l’origine à avant la série était une solution évidente et facile, mais plutôt prometteuse.
    Prenant un des personnages clefs populaires et finalement pas trop complexes, les scénaristes n’avaient qu’à dérouler les poncifs du genre en ajoutant un ou deux revirements de situation pas mauvais. L’affrontement interne du héros entre l’acceptation du bien, du mal, de sa partie bestiale, devient un partie de souffrance tant cela est ridicule. Soyons négatifs pour commencer, car le film ne mérite pas de louanges, tout est mauvais dans ce nouveau film. Gavin Hood (pris pour son Mon Nom est Tsotsi) a voulu faire des scènes d’action avec les moyens qu’on lui a donné, mis à part une course poursuite en moto pas trop mal, le reste n’est que banalités dont notamment le pseudo Mutant Super puissant big boss de la fin rappelant le monstre du Resident Evil 2 qui se fait détruire sans réelle difficulté par Wolverine. Ajoutant quelques éléments pour rattacher le film aux trois autres, dont les dernières images notamment, le seul vrai intérêt tient à un ou deux personnages secondaires que Bryan Singer avait effacé de ces adaptions dont Gambit (les autres n’étant que des clichés traditionnels). Déception donc totale pour un film qui perd tout le charme et la mythologie des premières tentatives.
    Et pourtant, loin de s’arrêter à deux essais manqués, les producteurs se lancent dans environs trois nouveaux longs métrages sur les X-Men dont un consacré à Magneto, un revenant sur les débuts des X-Men (encore une fois) et un troisième intitulé actuellement X-Men 4 qui devrait je suppose suivre l’Affrontement Final. A lieu de se concentrer avec rigueur sur un seul, le choix de démultiplier les pistes d’adaptions n’est pas franchement encourageant pour une série dont le potentiel est pourtant énorme, trois bouses possibles en perspective là où une seule nouvelle tentative bien ficelée et réfléchie pourrait relancer ce qu’avait entreprise Bryan Singer, mais malheureusement, la crise étant aussi intellectuelle, on assiste avec les blockbusters à un appauvrissement scénaristique guère niveau mais toujours aussi déprimant là où les années auraient pu apporter du nouveau. En attendant, il reste les comics pour se divertir.

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