Un été Italien, Genova, de Michael Winterbottom.

Publié le par ES

         Tout commence comme une publicité pour la sécurité routière, le talent en plus. Une voiture, une route d’hiver, deux filles sur les fauteuils passagers et une mère qui conduit paisiblement. Les deux enfants jouent à deviner la couleur des voitures en face, la petite n’est pas très douée, on sourit, la grande semble avoir un don pour trouver les couleurs. Le jeu s’emballe, on rigole, le travail sur le son est impressionnant, rythmant la mise en scène et faisant montant la tension. Soudain la petite fille cadette dont on vient de dire en plaisantant qu’elle avait les mains transparentes, pose ses mains sur les yeux de sa mère, qui hurle, lui dit d’arrêter. Image noir, bruit chaotique de taule broyée, puis des cris. La petite fille se réveille, comme dans un mauvais rêve. Sauf que la mère est bien morte dans l’accident, laissant sur l’enfant un incroyable sentiment de culpabilité. Après avoir flirté avec Tristram Shandy ou les prisons de Guentanamo, Michael Winterbottom s’intéresse à la famille et au drame du deuil. Au programme, un père et ses deux filles partent vivre un an à Gênes pour essayer de panser les douleurs du deuil et le spectateur a ainsi l’occasion de suivre le trio durant le premier été.

    Cher Winterbottom, la même interrogation se retrouve à chacun de ses films, comment un réalisateur si talentueux pour certaines scènes peine à bâtir sur la distance un film véritablement exceptionnel. Souvent, l’homme se perd dans des dialogues ou des séquences plus ternes, plus convenus qui alourdissent le rythme général. Mais commencer par les points négatifs ne signifie pas pour autant que le film est raté ou manque d’intérêt, bien au contraire. Le réalisateur Britannique parvient à capter à la fois les douleurs, les tensions et l’envie d’évasion propre à chaque être. En intégrant une part de fantastique symbole d’une psyché torturée par le doute et la culpabilité, il réussit cette fois-ci à construire un récit empli de suspens. Il ne s’agit nullement d’un thriller, d’une enquête, mais simplement de scènes où l’on se met à redouter le pire, à s’angoisser pour peu de choses au regard simplement de cette première scène choc.


Le brio de Winterbottom apparaît donc dès le début. Après la mort, on peut suivre la famille le jour de l’enterrement. Il neige, tout est blanc, ce qui permet deux choses : de jouer sur les nuances (les habits noirs se détachant à merveille sur les fonds blanc) et parfaire les contre jours. Car Colin Firth durant la scène est toujours filmé la lumière derrière lui. Un débutant filmerait ainsi, cela serait loupé et moche, avec Winterbotton, l’image devient sublime et renforce la noirceur du moment. Dans le jardin, la plus jeune tente de se fondre dans le décor des autres enfants avec difficulté, tandis que la fille aînée essaye de vivre normalement, de fumer etc… (mais hélas vomie, installant un semblant d’humour et d’humanité). Les caractères sont ainsi installés en dix minutes, il ne reste plus ensuite qu’à les décliner et les complémenter. Le calme semble reprendre son cours et le spectateur s’imagine que la famille va réussir à retrouver une vie paisible et se reconstruire. Cependant dès l’arrivée en Italie, les choses vont être moins simples que prévu : la fille aînée, dans un été en perdition, sort et flirte, la plus jeune suit le fantôme de sa mère qui l’égare dans les méandres de la ville, et le père essaye tant bien que mal de recommencer à vivre.


    Déambulations dans les ruelles génoises où chaque coin d’ombre pourrait voir jaillir une menace, déambulations sur les routes italiennes en scooter ou voiture avec une conduite toute italienne dont on ne cesse de craindre l’accident, déambulations sur les côtes escarpées où la fillette disparaît, déambulation enfin dans la nuit et les cauchemars d’une enfant. La peur revient comme le souvenir d’un fantôme qu’on peine à oublier et avec lequel on ne sait pas trop comment vivre. Des relations du trio, d’amours avortés en dialogues impossibles, le film opère un crescendo qui se clôt sur un point d’orgue où le pire est évité, où l’enfant se rend coupable d’un nouvel accident (cette fois sans conséquence) avant d’accepter de poursuivre son existence, le repentir comme clef de voûte, le repentir comme élément revenant dans les autres films de Winterbottom. Mêlant à ce récit une mélodie pianissimo mélancolique et une photographique qui évite les cartes postales idéalisées ou les clichés mafieux, Michael Winterbottom livre une œuvre nostalgique qui coule sans heurt comme une musique endeuillée. Ne reste plus qu’à attendre la prochaine exploration de l’homme.

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