Un été dans les salles.

Publié le par ES

Les années se suivent…et se ressemblent, l’été du moins. Si durant longtemps, Juillet Août formaient une saison creuse où le spectateur ne pouvait se contenter que de blockbusters en série. Ces derniers n’ont pas disparu, mais la place faite pour les films de budgets plus réduits continue de se renforcer. 2009 aura permis de retrouver des films repères, largement plébiscités par le public, mais aussi des réalisateurs plus différenciables ayant choisi la période estivale pour présenter leurs nouvelles œuvres.
Un bon cru 2009 ? Du moins, un cru qui se sera bu sans difficulté. La France aura été à l’honneur tout d’abord. Transformers 2, GI Joe, Inglorious Basterds, tous se sont permis une escapade par Paris en évitant de tomber complètement dans les clichés traditionnels. En ouvrant le bal avec la suite de Transformers, Michael Bay s’est fait plaisir. On prend les mêmes et on recommence. Dans le plus pur schéma classique du film pré formaté, une suite sans surprise, les mêmes méchants reviennent, les mêmes protagonistes, on y ajoute quelques nouvelles têtes (dont un jeune post ado supplémentaire censé apporter une nouvelle dose d’humour), on saupoudre d’effets spéciaux et on agite très fort pendant deux heures et demi. Le film pourrait être à ne conseiller qu’aux amateurs peu regardant du genre, s’il n’avait pas le mérite de piocher dans énormément de films des dix dernières années (la Mutante, Matrix, Terminator, …). En résulte, le même plaisir que pour le premier. On sent que mister Bay adore ce qu’il fait, même s’il se soucie peu du spectateur. Les effets spéciaux sont toujours aussi réussis, mais finissent par donner mal à la tête dans l’affrontement final qui peine à égaler les premières séquences de bon niveau. Quoi qu’il en soit, Transformers 2 est bien au dessus de son confrère GI Joe qui n’a de son côté aucun atout pour attirer le chalands.
     Reste le nouveau Tarantino sorti à la fin Août et qui, dans son genre, ne déçoit pas. En s’attaquant à une adaptation très libre des 12 salopards, Quentin Tarantino a rarement dû se faire autant plaisir en bourrant ce nouvel opus de références cinématographiques à foison. Qu’on puisse être déçu devant le peu de scènes d’actions, ne signifie pas pour autant que le film n’est pas réussi. Pour changer, Inglorious Basterds mêle une histoire de vengeance à la Grande Histoire. D’un côté une juive, qui a vu mourir sa famille, ne cherche qu’à prendre sa revanche,  de l’autre un groupe secret de militaires précède l’armée américaine pour troubler les lignes allemandes. Le tout va se côtoyer dans une salle de cinéma où, lors d’une avant-première, tous les membres de la direction nazie seront présents. Tarantino signe un joyeux bazar orchestré avec brio où les références littéraires et cinématographiques éclatent de toute part (y compris les auto citations). Peu de réalisateurs auraient osé, mais lui le fait comme un gamin qui joue avec l’histoire. Sans scrupule et ne cherchant nullement à construire un film « historique » (comprendre fidèle aux événements historiques), voilà qu’il ajoute une brigade de juifs, un noir, des personnages nazis et un triomphalisme très grand guignol avec la mort de certains officiers haut placés. Une happy end surprenante. Et c’est sans aucun doute une des très bonnes surprises de ce film réside dans l’incertitude constante. Connaissant le maître Tarantino, on pouvait s’attendre à la mort de tous, à une fin époustouflante. A chaque moment, on s’imagine le pire, la scène d’affrontement gargantuesque qu’il s’amuse à avorter. Côté mise en scène, il n’y a pas de doute, le talent reste de taille. Pour exemple la première scène du film, rappelant aussi bien les westerns que les films de guerre, jouant sur l’angoisse de l’interrogatoire, contrastée par l’humour du personnage interprété par Christoph Waltz, est une scène brillante et envoûtante. Plus tard, la scène de l’avant-première débute par un jeu de caméra présentant l’ensemble de la salle et des personnages, caméra volante qui passe d’un étage au rez-de-chaussée et rappelle la scène dans le premier volume de Kill Bill au Japon, dans le restaurant d’O-Ren Ishii. Un grand Tarantino qui a su jouer à la fois avec les scènes d’actions et ses traditionnelles scènes de conversation.
    L’été aura aussi rimé à nouveau avec Dessin Animé et 3D. Débuté avec un Coraline plutôt attirant, notamment dans sa version 3D où la profondeur de la nuit était saisissante. Si l’histoire, bon enfant mêlant rêve et fantaisie, ne se démarque pas toujours, Henry Selick livre des images et un univers électrisant. Nettement moins réussi, l’Age de glace 3, même en 3D, quoique bien sympathique, n’ajoute pas grand chose aux deux précédents films. A l’inverse, Pixar est revenu cet été avec une curiosité. Là-Haut conte les aventures d’un retraité et d’un petit garçon, l’arrivée dans un territoire inconnu et imaginaire, où les chiens parlent et où un aventurier tente de capturer une oiseau quelque peu déjanté. Esthétiquement moins brillant que Ratatouille, la 3D vient ajouter des effets sublimes (notamment dans les airs). Le traitement de l’histoire est cependant très surprenant et se démarque de tous les films précédents. La première demie heure surpasse la tristesse de Wall-e et sauve une deuxième partie de film nettement plus banale. Le chef d’œuvre n’est peut-être pas très loin.
Côté humour facile, le Very Bad Trip, à part être très mauvais et navrant, n’aura pas vraiment apporté de nouveauté. Sous prétexte d’être faussement audacieux et libéré, le film se révèle vite coincé dans les banalités du genre, vulgarités faciles et résolution gentillette. Sacha Baron Cohen et son Brüno n’auront pas non plus réussi à créer une surprise de taille. La forme étant déjà connue depuis Borat, ne restait que l’irrespect politiquement correct. On en vient à ne plus vraiment savoir ce qui tient de la fiction ou du réel, Baron Cohen n’est jamais allé aussi loin dans le trash, mais son film s’en sort pas trop mal.

Les cinéphiles avertis n’auront pas été en reste pour autant. Un Woody Allen en très grand forme avec son Whatever Works, qui renoue avec New York et un humour savoureux, le nouveau Elia Souleiman, intitulé le Temps qu’il reste, qui demeure fidèle à son burlesque hypnotique, ou encore le dernier des Frères Larrieu, Les derniers jours du monde, fascinant. Trois grands cinéastes (4 pour les frères) qui ont choisi l’été pour présenter des œuvres d’une belle qualité, tant esthétique que narrative. Trois mouvements palpitants. Le premier revient dans une ville délaissée durant quelques films, retrouvant une nouvelle nouvelle jeunesse. Woody Allen choisit de ne pas se mettre en scène et évite d’agacer par ses manières fatigantes. Très classique, le film n’en demeure pas moins joyeux. Le second ne change pas, il reste dans la même veine qu’Intervention Divine, construit son film en trois temps, trois époques autour d’une vie. Si par moment, il peine à garder un rythme vivant, Le temps qu’il reste pousse à la réflexion. Les frères Larrieu de leur côté ont complètement changé de registre. Ils n’oublient pas l’humour et la légèreté, mais inscrivent leur histoire dans un contexte de fin du monde oppressant. Fabuleux, bien différent du Voyage aux Pyrénées, ils livrent l’un des meilleurs films d’août.
Pour finir, deux premier films auront été dignes d’intérêt. Le Canadien J’ai tué ma mère, de Xavier Dolan, oscillait entre humour et drame. La photographie réussie révélait d’un talent certain pour cette histoire de fils, homosexuel, ne supportant plus de vivre avec sa mère. De l’autre côté de l’océan, c’est le Taïwanais Chung Mong-Hong  qui a surpris avec son très prometteur Parking. Tout n’est pas parfait dans ce premier film. Plus encore que pour Xavier Dolan, Mong-Hong a tendance à vouloir trop en faire sur le plan de la mise en scène, ne sachant jamais vraiment où poser sa caméra, multipliant les angles, les plans et les changements de vitesses, Chung Mong-Hong alourdit sa réalisation, ce qui est bien dommage pour un film à la photographie très travaillée. On y suit un jeune homme, en difficulté dans son couple, vivre une nuit curieuse où il ne cesse de rencontrer des personnes extrêmes alors qu’il recherche le propriétaire d’une voiture garée en double file et qui l’empêche de partir de sa place. Des parents en quête d’un fils, une prostituée, un ancien tailleur, un barbier, des truands, chaque personnage vient tisser la nuit dans un envoûtement convaincant qui donne envie de laisser une seconde chance au jeune réalisateur.  
    Il serait possible de parler d’encore bien des films, coups de cœur ou déceptions, mais l’essentiel est là. Un été bien rempli qui ne sert plus à faire passer le temps en attendant la rentrée, mais qui est devenu une saison cinématographique à part entière. Et quand en plus les salles sont climatisées, le cinéma devient une belle façon d’échappée à la chaleur quand on ne peut pas aller se baigner.

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