Platitude et volume, l’improbable ère de la 3D.

Publié le par ES

Pourquoi écrire sur un sujet où toutes les revues de cinéma ont déjà glosé en long et en large ? Peut-être parce que les questions restent sans réponse actuellement et que, de ce point de vue, l’évolution (plutôt que révolution) 3D demeure intrigante.
En un an, les films projetés en 3D se sont multipliés et ont investi les salles classiques de cinéma, les Etats-Unis ont même misé dessus pour ranimer le secteur. Jusqu’à présent, trois grandes catégories de films ont employé la 3D. Le plus basic demeure le film, plus ou moins documentaire, uniquement conçu pour la 3D (du style Voyage sous les mers). Le second type de film se réduit aux dessins animés en 3D qui fleurissent et tentent de trouver une nouvelle dynamique par le volume des lunettes (Là-Haut, Coraline…). La dernière espèce concerne les vrais films le plus souvent simplement adaptés à la technologie 3D avec juste un peu de travail pour donner des effets, on y trouve pas mal de films d’horreur et quelques films d’action (du type Voyage au centre de la terre).
Résumé ainsi, la 3D pose d’ores et déjà une grosse problématique : artificielle ou essentielle ? Cette technique a-t-elle en effet un réel rôle à jouer dans le cinéma ou n’est-elle qu’une façade comme elle l’a déjà été par le passé (le vieux rêve du cinéma total) ? Jusqu’à présent, aucun film n’a véritablement été pensé pour la 3D. A chaque fois, il s’agissait soit de réaliser un film classique et d’y intégrer des éléments pour donner un intérêt supplémentaire, soit de tout axé sur la 3D en abandonnant toute qualité au film (voire les films d’horreur). Pour l’heure, LE film censé réunir les deux, annoncé comme le messie du cinéma numérique n’est autre que le Avatar d’un certain James Cameron. Pour le moment, difficile de dire ce qu’il en sera, si ce n’est que le plan de communication du film est pour le moins impressionnant. La première Bande Annonce est quelque peu déconcertante et repose la même question : outre le fait qu’actuellement le film ressemble plus à un jeu vidéo sur l’esthétique présentée qu’à une révolution cinématographique, rien n’est dit de l’histoire. Or en la matière, c’est souvent l’histoire qui pâtit d’une trop grande confiance dans la troisième dimension. La clef du mystère sera révélé en décembre. Si le film se révèle être aussi impressionnant qu’annoncer, il confirmera peut-être l’ère numérique, si par contre il s’avère n’être qu’un buzz commercial, la 3D devrait être en partie remise en doute.
Pur outil de spectacle, comme dans les parcs d’attraction, ou ajout artistique novateur ? Il suffit de prendre deux exemples pour comprendre que les deux extrêmes sont parfois potentiellement unis. Dans le nouveau Destination finale 4, le réalisateur David R. Ellis (déjà au commande du deuxième opus) a réellement pensé le film pour ajouter des roues de voitures qui sortent de l’écran, des bouts de chaire qui explosent sur le public, des clous qui viennent pulvériser les crânes. Alors que le deuxième volet demeure le plus abouti de la série (drôle, inventif, et restant prêt de la maigre mythologie construite dans le premier film), alors que le troisième s’avère inconsistant et fade, le quatrième marque une équilibre. Sans l’ajout de la 3D, il reste un film peu novateur, drôle et gore, mais faisant peu de cas de la cohérence et des trois autres opus. Pure attraction donc que ce film rehaussé seulement par la 3D. A l’inverse, Henry Sellick pour Coraline n’a pas souhaité ajouté trop « d’effets » visuels, mais a travaillé grâce à la 3D sur l’intensité du noir, des fonds, de la perspective et du volume. La 3D offre à l’image une dimension effectivement nouvelle, une image plus profonde, plus aboutie et maîtrisée. Si donc présentement aucun film, qui ne soit pas film animé, n’a réussi à allier les deux aspects, l’espoir demeure de voir arriver des longs métrages qui sauront exploiter les potentialités du numérique sans amocher la qualité des films.
Un dernier problème demeure : A condition de parvenir à un tel statut au cinéma, cela ne signifiera pas pour autant que le public pourra en profiter hors des cinémas. Quid, des DVD, faudra-t-il mettre aussi des lunettes dans son salon ? Faudra-t-il avoir des téléviseurs spéciaux ? Des tels changements pour une évolution dont le poids est encore difficilement identifiable, sont-ils méritoires ? Tout n’est que question, ce qui rend cette évolution si intéressante, reste à savoir ce que de quoi sera fait la fin d’année. Vers la 4D et l’au-delà ?   

Publié dans Atypique...

Commenter cet article

Loooola 21/09/2009 22:45

J'ai vu destination finale 4, et pour moi le seul intérêt réside en effet dans la 3D, j'ai même dû quitter mes lunettes plusieurs fois, ayant peur de me prendre un pic en acier en pleine tête hihi.Quant au film de Cameron, la bande annonce me laisse plus que sceptique même si encore une fois la 3D peut sauver le truc...Espérons donc que ça n'ouvrira pas une ère de bonnes daubes cinématographiques qui prendront prétexte de cette innovation pour justifier leur raison d'être...