Champagne

Publié le par PS

C’en est déjà fait de 2010. Les « meilleurs moments de l’année » sont mis en boîte et prêts à être archivés. Nouvelle année, nouveau bilan et nouveau palmarès des films qui auront marqué les douze derniers. La notion a toujours de quoi intrigué tant elle varie selon la personne, le média qui l’aborde et son objectif. S’agit-il de faire évènement, de sortir du lot médiatiquement ou de s’inscrire dans un temps long, laissant présager pour certains films un avenir, plus ou moins confidentiel, mais durable. 2010 n’aurait pas été une très bonne année, c’est du moins l’idée générale qui se dégage des productions globales, comme si nombre de films avaient été vite sortis, vite oubliés. 2010 aura pourtant sonné d’une façon très sourde et insidieuse l’ouverture d’une nouvelle décennie voire d’un nouveau siècle. Car alors que certains s’enflammaient pour l’arrivée du numérique sous toutes ses formes (la 3D, mais surtout l’exposition du numérique dans les salles), d’autres s’animaient pour des recherches cinématographiques puisant à l’essence de l’art cinématographique pour tenter de frôler une nouvelle grammaire du cinéma, sans se soucier nullement de ce questionnement technologique.
 
http://www.venturafilm.ch/images/le_quattro_volte_still_frame_m.jpgQu’en sera-t-il dans dix ans, lorsqu’il faudra à nouveau tirer un bilan ?  Constaterons-nous que le numérique l’a bel et bien emporté, 80% des projections se faisant en 3D sans avoir besoin de lunettes, qu’une nouvelle grammaire du cinéma par cette 3D et de nouveaux champs d’exploration se seront ouverts ou bien remarquerons-nous tout simplement que la décennie aura coulé comme bien souvent de faux espoirs en déception. Et 2010 ? Une année mitigée, comme le ressassent les journalistes depuis Cannes. Pourtant, certains films auront été des plus ambitieux et des plus intriguant pour la suite, signe de possibles, même s’ils n’auront touché qu’une infime partie de la population. L’ambition ne rime pas forcément avec la démesure, mais avec une réelle vision du cinéma, de l’art, du monde, un travail de réflexion pour que l’image et l’idée s’ajustent et construisent une œuvre singulière. Ce sont ces films que nous retiendrons ici comme des long-métrages à revoir avec plaisir, comme des œuvres à part. Au sommet de ces productions, un petit film italien à la fois doux, poétique, cruel, méditatif, rafraîchissant, déroutant et abordable, hybride à plus d’un égard et fascinant, venu d’un réalisateur peu connu et encore jeune en matière de cinéma : Le Quattro Volte, de Michelangelo Frammartino. Si ce film mérite la primeur de ce petit bilan c’est par cette capacité à faire du cinéma à la fois classique et inclassable. L’histoire effrayerait presque, suivre la fin de vie d’un paysan, le début d’un agneau et la mort d’un arbre, voilà de quoi repousser plus d’un spectateur, jouant de l’ambiguïté entre le documentaire et la fiction, entre le film essai et l’essai filmique, Le Quattro Volte aura été le plus réjouissant des films de l’année 2010 par sa capacité à produire un univers, une vision du monde avec peu de moyens, une maîtrise parfaite du cinéma et une ambition modeste mais salutaire. http://a10.idata.over-blog.com/900x600/3/33/20/77/septembre-2010/Oncle-Boonmee.jpgLe fond comme la forme s’unissent pour le meilleur dans ce film accessible, regardable par tous et dans le même temps riche de sens et de potentiels. Le Quattro Volte formerait en cela une synthèse des films exploratoires de 2010, du très intéressant mais parfois plus critiquable Oncle Boonmee, une palme d’or sublime et détonante, de l’anecdotique Alamar, petit film à nouveau jouant de l’hybridation entre la fiction et le documentaire pour offrir un pur moment de bonheur. Il faudrait ajouter également l’obscure Double Take, objet filmique tentant de concilier l’histoire d’Hitchcock avec la Grande Histoire, ou encore Enter The Void, pas toujours convaincant sur le plan du scénario mais audacieux par son choix de mise en scène.

http://romeojuliette.blog.lemonde.fr/files/2010/02/a-serious-man-1.1265639825.jpgA côté de ces films essais et salutaires, des long-métrages plus classiques sur la forme sont sortis du lot, que ce soit par un traitement attirant ou une réalisation maîtrisée. Le film des frères Cohen, A serious Man, sorte de film synthèse du meilleur de ce dont les deux réalisateurs ont fait preuve, fait partie de ces long-métrages qui continuent de hanter le spectateur après le visionnage. Pour son travail parvenu à construire un film hollywoodien dans le sens noble du terme, David Fincher a emporté l’adhésion critique et publique avec son Social Network, tandis qu’un dernier film venu des Etats-Unis mais réalisé par l’Allemand Werner Herzog, Bad Lieutenant, a surpris par sa puissance intrinsèque, là où une partie du projet laissait redouter un remake sans grand intérêt. Deux films Français et Flamand, proches par leur esthétique et leur approche du monde, ont également su offrir quelques jolies scènes de cinéma, qu’il s’agisse de la Merditude des Choses ou de Mammuth. Ces deux films méritent d’être revus car sous l’apparence de comédies plus ou moins lourdes et décalées rôde un cinéma social engagé et sensible. http://exclaim.ca/images/up-Tender_Son___The_Frankenstein_Project.jpgPour  nommer un dessin animé parmi cette petite liste, Toy Story 3 s’est avéré une des belles réussites qui a su clore la trilogie avec maturité et virtuosité. Pour finir le petit tour 2010 des films surprenants, citons quatre long-métrages de fiction forts différents. Le monumental Mystères de Lisbonne de Raoul Ruiz, pour son ambition d’embrasser plusieurs arts dans une même œuvre, n’a pas laissé indifférent. Le très sobre et pourtant envoûtant Poetry, de Lee Chan Dong appartient, comme A Serious Man, à ces films qui persistent à vivre et à se construire une fois la projection finie. Tender Son, de Kormel Mundruczo, vite balayé par la critique et sans distributeur pour le sortir en 2010, détient de très belles qualités factuelles, une mise en scène grandiloquente et assumée pour cette relecture remarquable du mythe de Frankenstein. Enfin, l’explosif Kaboom, de Greg Araki, demeure une pépite acidulée du cinéma 2010.

http://27.media.tumblr.com/tumblr_ldi7gtHsIa1qcmi8do1_500.jpgIl ne s’agit pas de dresser un podium, mais de se remémorer quelques films parmi les long-métrages visionnés cette année (voir la liste ci-après) pour constater que 2010 aura finalement été une plutôt belle année en matière de cinéma et d’espérer que 2011 offrira son lot de perles à découvrir. Sans en faire une liste exhaustive et dans la mesure où nombre de films s’ajouteront au fil de l’année, 2011 verra le retour de cinéastes attendus comme le Tree of Life de Terrence Malik, Amours de Michael Hanecke, Melancholia de Lars Von Trier ou Life of Pie de Ang Lee. On pourrait évoquer le curieux Green Hornet qui permettra peut-être de savoir si Michel Gondry était juste un enfant doué ou un vrai réalisateur. Dès janvier, il sera enfin possible de découvrir le prometteur Même la pluie d’Iciar Bollain et l’épique Incendies de Denis Villeneuve.

Une bonne année dans les salles (et en dehors aussi) à tous.


Liste presque exhaustive des films vus en 2010

La merditude des choses
A Serius Man
A Single man
Achille et la Torture
Adèle Blanc Sec
Air Doll
Ajami
Alamar
Alice au Pays des Merveilles
American Trip
Année bisextille
Au fond des bois
Bad Lieutenant
Belle Epine
Benda Bilili
Biutiful
Buried
Chantrapas
Chatroom
Cleveland vs wall street
Copie Conforme
Curling
Cyrus
Day Breakers
Des filles en noir
Des hommes et des Dieux
Double Take
En présence d’un Clown
Enter The Void
Entre nos mains
Esther
Expendable
Fair Game
Fantastic Mr Fox
Film Socialisme
Gainsbourg
Gardiens de l’ordre
Green Zone
Ha Ha Ha
Happy Few
Harry Potter et les reliques de la mort
Home for Christmas
Huit fois debout
If I want to whistle I
Illégal
In the air
Incendies
Inception
Invictus
Iron Man 2
Kaboom
Kick Ass
L’Arnacoeur
L’Autre Monde
L’Autre Rive
L’homme qui voulait vivre sa vie
L’illusionniste
La bocca del Luppe
La Casa Muda
La Comtesse
La famille Jones
La rivière Tumen
La terre de la folie
La vie au Ranch
Le Braqueur
Le Bruit des Glaçons
Le dernier maître de l’air
Le dernier voyage de Tanya
Le livre d’Eli
Le Nom des gens
Le Quattro Volte
Lebanon
Les amours imaginaires
Les chèvres du Pentagone
Les invités de mon père
Les mains en l’air
Les petits mouchoirs
Les rêves dansants, Pina Bausch
Liberté
Life During Wartime
Lola
Machete
Mammuth
Map of the sounds of Tokyo
Monsters
Mother
Mr. Nobody
Mundane History
My Joy
Mystères de Lisbonne
Ne change rien
Night and Day
Nine
Nostalgie de la Lumière
Nowhere Boys
Océan
Oncle Boonmee
Ondine
Orly
Outrage
Pal Adrien
Phénomènes paranormaux
Piranha
Poetry
Policier Adjectif
Potiche
Precious
Prince of Persia
Red
Resident Evil After Life
Robin des Bois
Rubber
Salt
Saw 3D
Sawako Decides
Scott Pilgrim
Sherlock Holmes
Shrek 4
Shutter Island
Soldat Dieu
Soleil Trompeur
Soul Kitchen
Sounds of Noise
Splice
Submarino
Summer Wars
Sweet Little Lies
Symbol
Tamara Drew
Téhéran
Tender Son
Tête de Turc
The American
The Ghost Writter
The Housemaid
The Killer Inside Me
The Social Network
The Town
To Walk Beside you
Tournée
Toy Story 3
Tsar
Un homme qui crie
Vampires
Venus Noire
Waking Sleeping Beauty
White Material
Wholetrain
You will meet a tall dark stranger

Publié dans Atypique...

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