Dollhouse ou l’apogée de la série évènementielle

Publié le par PS

http://www.series-tv-news.fr/wp2008seriesTV/wp-content/uploads/2008/11/photos-promo-dollhouse-02.jpg2010 aura marqué un certain changement dans le règne des séries. Alors qu’elles sont devenues un objet de consommation courante, les séries auront enfin rencontré de façon officielle et récurrente un salut critique. Différentes revues se sont plus à rédiger des dossiers entiers sur le sujet jusqu’aux Cahiers du Cinéma (Juillet 2010). Les frontières entre cinéma et séries télé s’estompent d’un côté, ouvrant le champ à diverses possibilités, tandis que pour certaines personnes (Vincent dans le plutôt convaincant L’art des séries) le succès établi des séries tient au fait d’avoir trouvé son modèle propre, distinct du cinéma. Un point semble accorder tout le monde, la série évènementielle a fait son temps. Avec la fin de Lost, de 24 heures chrono, avec l’échec de Flashforward, l’instabilité de Fringe ou de V, les observateurs y ont vu le signe que les séries télé qui faisaient l’événement sur une idée originale n’attiraient plus autant. On loue à présent Treme, Mad Men. Tout se dit et se contredit sans cesse depuis un an. La série événement demeure lorsqu’il s’agit de créer le lancement d’une série à renfort de coup marketing. Les chaînes de télé font appel à des noms connus du septième art pour redorer le blason qualité de leurs productions, qu’il s’agisse de Spielberg, Scorsese, Assayas…. Curieux après un tel constat, d’entendre que la série s’écarte du cinéma. Elle en prend les qualités esthétiques, certains principes de grammaire, mais doit évidemment repenser son mode narratif à l’aune du temporalité particulière. Si toute fiction se construit sur des péripéties diverses, la tendance semblerait confirmer un abandon des idées extraordinaires, du pitch initial aguicheur qui s’épuise dans une succession d’évènements, pour se diriger vers des scénarii plus fins, plus simples, laissant plus de place aux personnages. La série télé et le cinéma, deux mondes interconnectés qui s’alimentent mutuellement, ne s’opposent plus vraiment, mais commencent à s’apprivoiser pour tirer le meilleur et perfectionner leur propre méthode.


La série évènementielle a du bon cependant et il serait dommage de la remiser sous prétexte que la mode passe. L’un des meilleurs exemples en la matière sera sans doute Dollhouse, série apparue en 2009 qui fut déprogrammée au bout de la seconde saison pour le plus grand mérite de l’histoire. Les scénaristes durent en effet travailler et améliorer le récit pour bâtir une histoire globale dans un temps imparti. Dollhouse est ainsi une des rares séries évènementielles à bénéficier d’une véritable fin conclusive. Lorsque l’on prend Lost dont l’accumulation des saisons était soi-disant prévue et dont le dernier épisode a laissé insatisfait plus d’un spectateur, ou bien Breaking Bad, la nouvelle coqueluche des critiques, qui devait être une série courte et puissante, et qui pourrait pâtir d’un allongement d’épisodes pour des raisons purement commerciales, dans ces deux exemples le temps joue en grande partie contre la série, contre le principe initial qui avait séduit. Chez Dollhouse, deux saisons ont suffi. Et ces deux saisons auront permis d’englober ce qui se fait de mieux dans le cinéma de genre pour le digérer et construire une trame narrative riche.

http://www.critique-info.com/dollhouse.jpgDollhouse, Maison de poupées, est une entreprise particulière. Après avoir trouvé un moyen de transformer le cerveau en un simple disque dur (pouvant de la sorte effacer la personnalité d’une personne pour implanter n’importe quelle personnalité), la société Dollhouse propose à ses clients fortunés de leur louer des individus qui auront la personnalité désirée. Un riche monsieur peut se payer pour une journée la femme parfaite, un mari veuf peut revivre une soirée avec sa défunte épouse. Dollhouse proposerait une prostitution nouveau genre car les « poupées » ne feignent pas, elles ressentent véritablement les choses. Voilà l’idée initiale de la série. De quoi à l’origine se garantir d’épisodes autonomes à foison. C’était la faille de Dollhouse. La série aurait pu vite devenir très répétitive, mais dès le sixième épisode l’orientation change. « Man on the street » débute par des interviews en pleine rue de passants abordant le sujet de la Dollhouse, légende urbaine sur laquelle chacun a son opinion. La série se forge dès lors sa propre mythologie et va explorer au fil des aventures quelques unes des thématiques de Science Fiction très populaires qu’il s’agisse de la figure du double (du clone) ou du monde du rêve. Sous-jacente aux petites péripéties, une intrigue se tisse sourdement. Une des poupées semble avoir disjonctée, devenant dès les premières minutes une menace planante, une double menace car Echo Caroline (le personnage principal interprété par Eliza Dushku habituée des séries avec Tru Calling et Buffy Contre les Vampires) témoigne de signes perturbants, pouvant laisser présager un nouveau danger. Tout laisse croire que cette intrigue aurait de quoi devenir principale, mais soudainement une autre menace, plus sombre, plus improbable mène la danse. La Dollhouse aurait un autre but. Développées autour d’un réseau national, les Dollhouse se révèlent multiples et la technologie affiliée s’améliore. Les poupées nécessitent un dispositif lourd pour être effacées et reconverties, mais voilà qu’un génie de la Dollhouse découvre le moyen de programmer et d’effacer les personnes à distance. Fin de la première saison, dernier épisode : le spectateur se retrouve propulsé plusieurs années dans le futur, le monde a sombré dans l’apocalypse, une sorte de bombe a effacé la mémoire de la plupart des hommes, programmé certains et seulement quelques rares individus sont restés normaux, devenus des résistants.


http://seriestv.blog.lemonde.fr/files/2009/10/dollhouse11.1254793284.jpgDollhouse conjugue tous les éléments des plus grands films de Science Fiction. Véritable petite bible autoalimentée, il serait possible de parler  de nombreuses influences dont Terminator, Robocop, Matrix, Existenz, Mad Max, Minority Report, Moon, Inception ou The Cell pour l’intrusion dans le monde des rêves… Il ne s’agit pas pour autant de recopiage, la série se révèle audacieuse en usant de la durée propre au temps de la télévision. La saison 2 débute par emmêler l’intrigue davantage pour ensuite mieux conclure. Les personnages se complexifient, jouent sur un double tableau. Un à un, les soupçons se portent sur les différents protagonistes jusqu’au retournement du dernier épisode, le tout exécuté avec ingéniosité. Il y a le monstre qui se révèle plus ambigu qu’attendu. La directrice British à la fois stricte et un brin malicieuse, le génie créateur en partie fou et égoïste, le gentil garde du corps pas si bienfaiteur. Dollhouse ne s’ingénie pas uniquement à manipuler le spectateur à coup d’intrigues étourdissantes, la série se distingue par sa réflexion sur le clonage. Ces poupées qui prennent vie à l’intérieur de corps existant, finissent par se forger leur propre conscience. Comment concilier deux individualités dans un même corps, quel identité doit l’emporter ? La naissance d’esprits nouveaux prend forme et questionne chaque individu. Il y a les poupées qui refusent de retrouver leur ancienne conscience, sachant parfaitement que leur propre conscience actuelle disparaîtrait, et celles qui aimeraient retrouver leur passé. Au milieu, Echo est confrontée à son double Caroline et à toutes ses entités fabriquées qui viennent la hanter et compléter sa personnalité. Elle est la seule capable d’intégrer les identités sans se détruire, c’est en cela qu’elle reste l’héroïne de la série et la clé du dernier épisode. Dollhouse se complexifie par ses ramifications, s’enfonce dans toutes les directions de la Science Fiction sans pour autant se perdre.

 

 

 

 

Dollhouse aura souffert de quelques faiblesses, notamment une réalisation assez pauvre et des épisodes de départ restreints. Pourtant cette série à évènements demeure l’une des meilleures du genre par sa richesse et sa profusion de pistes qu’elle s’évertue à ouvrir et à clore. En matière de Science Fiction, nombre de longs métrages devraient reconsidérer leur démarche car la plupart ne font que répéter ce qui existe déjà sans ajouter d’initiatives ni trouver un ton convaincant. Dollhouse aura bâti sa propre mythologie, aura élaboré sa fin du monde pour mieux ponctuer l’aventure et peut être considérée comme un long récit SF adulte. 

Publié dans Côté séries

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Yetaland 14/11/2013 14:40

Dollhouse est une grosse déception. Cette série avait un gros potentiel mais est partie dans la mauvaise direction.