Edgar Wright, créateur d’univers

Publié le par PS

Il appartient aux réalisateurs de la génération années 2000, à cette génération nourrie au cinéma de genre et à la télévision, côtoie ces compagnons de jeu cinématographique et s’impose comme un trublion du film de genre. Edgar Wright commence à se creuser une place confortable, malgré une difficulté à être révélé au grand public. En trois films, Shaun of the Dead, Hot Fuzz et Scott Pilgrim VS the World, ce Britannique a plongé corps et âme dans des mondes très divers en parvenant à construire des longs-métrages drôles et jouissifs. L’homme n’est pas venu de nulle part. Commençant son entrée dans le cinéma en réalisant des courts-métrages, Edgar Wright témoigne d’emblée d’une envie de s’inspirer des grands genres pour les pasticher sans tomber forcément dans la parodie basique. Son premier long-métrage, une réalisation à très petit budget, A Fistful of Fingers est réalisé en 1995 et s’apparente à une comédie hommage aux westerns spaghetti. La comédie demeurera par la suite le fil rouge de l’œuvre de Wright. Pour explorer ses envies comiques et son désir de s’aventurer dans des genres variés, il dégourdit sa caméra pour la télévision en dirigeant plusieurs séries dont Spaced ou Asylum.

 

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Réalisateur jusqu’alors mineur, Edgar Wright se lance en 2004 dans un nouveau long-métrage, riche de ses diverses expériences. Il signe Shaun of the Dead, l’un des films de zombies les plus marquants de la décennie 2000. Évitant le risque de la parodie, Wright joue avec les codes du genre avec révérence. Dans une Angleterre terne, Shaun évolue entre sa petite amie pour laquelle il peine à s’engager et son ami de toujours, entre l’âge adulte et l’adolescence. Les premières séquences donnent le ton. Le spectateur découvre des citoyens déjà proches d’un état de zombies dans leur quotidien taciturne et sans vraie vie. L’arrivée du virus vient changer l’ensemble et Shaun se retrouve contraint de devenir acteur de son existence, s’efforçant d’aller récupérer sa dulcinée, de sauver sa mère et ses amis, luttant contre les hordes de zombies jusqu’à ce qu’une solution finale soit adoptée pour régler le problème. A l’écran, Simon Pegg (déjà comédien dans Asylum et Spaced) se révèle parfait dans ce rôle de gentil looser british. Si Shaun of the Dead s’en tirait avec un bon entrain, c’est par cette volonté de signer un film réel et pas simplement un pastiche. Le rire et l’humour potache sont souvent présents, mais le gore propre au genre demeure tout aussi présent ainsi que la critique sociale (élément clef des films de zombies depuis Romero). Car le film de zombies servait à l’origine d’exutoire de la violence et des peurs d’une époque tout autant que d’une nouvelle façon d’observer les dérives d’une société coincée dans ses disfonctionnements. Shaun of the Dead empruntait la voie de 28 jours plus tard, autre film renouvelant le genre zombie en inscrivant également son récit en Grande-Bretagne. Le changement de milieu n’était pas anodin. L’Amérique n’était plus le seul pays touché par cette carnation et cette dégénérescence du social, l’Europe se voyait rattraper par le même phénomène. Derrière la simple comédie, le constat se faisait plus pessimiste, les citoyens Britanniques se voyaient vidés de toute passion, de toute vie, réduits à de simples mécaniques conduites par des besoins primaires. La critique n’avait pourtant plus beaucoup à voir avec le Zombie de Romero (dont la dernière scène révélait un angle critique bien plus incisif). Dans Shaun of the dead, le héros reconquiert les valeurs traditionnelles en perdition (amitié, famille, travail). La conclusion du film livrait d’ailleurs un message bien différent en trouvant une fonction sociale et un encadrement aux zombies, signe que tout un chacun pouvait trouver sa place dans la cité. Shaun of the Dead fit des émules en son genre dont notamment Fido ou prochainement Juan of the Dead (schéma identique mais tourné à Cuba).

http://www.fabriksite.com/blog/wp-content/uploads/2010/09/hot.jpgTrois années plus tard, Edgar Wright s’entourait de son équipe habituelle pour se lancer dans un autre genre, le buddy movie policier transplanter dans l’Angleterre profonde. Une des grandes forces du réalisateur se retrouve dans Hot Fuzz, à savoir son talent à jouer sur le décalage et le décadrage. Comme toute bonne comédie Shaun of the dead s’amusait déjà des décalages possibles par rapport au genre abordé, avec Hot Fuzz outre le film policier, le western ou encore le thriller mystique Edgar Wright trouvait un décalage comique et réussi malgré une lourdeur plus prégnante que dans le précédent long métrage. Un flic londonien peu considéré par ses confrères (à nouveau Simon Pegg) espère une promotion et se retrouve parachuté dans un petit patelin dans la campagne londonienne, un village sans remous où tout semble idéal et paisible. Forcément des évènements surviennent et entraînent une enquête hasardeuse où chacun des villageois paraît incrédule face aux hypothèses du policier. C’est que le complot qui se trame est bien plus terrifiant que toutes les théories du complot à l’Américaine, voilà que la jolie bourgade britannique s’efforce par tous les moyens de conserver son prix annuel de village tranquille. La critique adoucie de la société britannique demeurait encore présente dans Hot Fuzz et Edgar Wright confirmait son talent pour divertir.

http://www.eklecty-city.fr/wp-content/uploads/2010/08/Scott-Pilgrim-vs.-the-World-Affiche-US.jpgDans quelle direction pouvait donc aller ce réalisateur facétieux pour continuer son cheminement sans paraître tourner en rond. Le choix fut triple. D’abord, Edgar Wright opta pour l’adaptation d’un comics teenager, lorgnant ainsi sur un nouveau monde de possibilités esthétiques et thématiques. Pour rafraîchir son cinéma, le réalisateur s’est entouré également d’une nouvelle équipe de comédiens, plus jeunes dont Michael Cera encore une fois pris au piège du rôle de gentil post adolescent un brin looser. Enfin, tout en conservant certaines bribes d’humour britannique, l’homme change de territoire pour s’installer à Toronto et jouer avec les codes de la culture Canadienne. Cette fois-ci, un jeune homme patachon et pommé découvre une fille en rêve. La rencontrant quelques temps plus tard, il s’éprend d’elle sans oser larguer sa copine du moment. Mais le garçon va devoir affronter les ex petit(e)s ami(e)s de la demoiselle. Wright prouve son talent pour dégourdir sa fibre cinéphile quel que soit le terrain de jeu. Exit les zombies et les thrillers policiers, cette comédie mélange teenage movie, manga et aventure de super héros avec humour et dérision. Optant pour une esthétique proche de la bande dessinée, le film fait preuve d’inventivité pour retranscrire les fondamentaux du comics. De l’univers Canadien, tout est restitué avec un certain amusement, les Pizza Pizza, Amazone, Second Cup, petits disquaires ou friperies vintage. La réalité, le monde adulte et les enjeux de société, Wright s’en fout pour ne se concentrer que sur l’histoire et les prouesses du jeune homme. Dans un style très différent et pour l’heure secondaire face à Tarantino, Edgar Wright joue pourtant comme ce dernier des références à la pop culture. Scott Pilgrim est bourré de clins d’œil, d’hommages et d’échos tant à la Bande Dessinée, aux Jeux Vidéos qu’au cinéma. Il n’y a qu’à prendre le casting pour s’en persuader. Michael Cera, acteur canadien, a été révélé au grand public par Super Grave après avoir joué dans quelques séries comiques comme Arrested Development. Il apporte au film l’aura des comédies nord américaines des années 2000 (l’ombre d’Apatow n’étant jamais bien loin). Jason Schwartzman (le big boss du film) est un habitué de Wes Anderson, un humour plus poétique et décalé, et jouait aussi dans H2G2 ( de Garth Jennings, un compatriote et une connaissance d’Edgar Wright). Brandon Routh, qui incarne un des ex de la jeune Ramona, avait endossé la cape de Superman dans le remake de Bryan Singer. Toute sa scène se plaît à ironiser sur son précédent rôle en parodiant les failles des super héros et en critiquant au passage la mode de l’ultrabio. Enfin, il est amusant de noter que Mary Elizabeth Winstead, la girl friend du film, jouait dans Boulevard de la mort de Tarantino. Les quatre constituent déjà une palette élargie d’un cinéma de genre. Scott Pilgrim souffre pourtant de son principe de départ, puisque les combats répétitifs, comme des plateaux de jeux vidéo, finissent malgré tout par alourdir le récit. C’est peut-être dans les passages de combat que l’inventivité visuelle perd en force. Néanmoins, Wright parvient à livrer une vision de la jeunesse jubilatoire et décomplexée.

Shaun of the Dead, Hot Fuzz, Scott Pilgrim, trois insertions remarquables dans le cinéma de genre où Edgar Wright a su mener de front son goût pour les références et son envie de raconter de vraies histoires. Après avoir travaillé sur le scénario du Tintin de Spielberg, Wright devrait poursuivre dans le cinéma de super héros sous une forme cette fois adulte. Il ne reste plus qu’à patienter pour découvrir vers quel horizon se tournera le réalisateur pour les années à venir. Souhaitons que l’homme parvienne à continuer une œuvre hétéroclite dans la forme et homogène dans le fond puisque cela lui réussit et donne à l’écran d’excellents moments de divertissements.

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Yetaland 14/11/2013 14:39

Ce mec a fait que des films excellents ! Shaun of the dead est un des films que j'ai vu le plus de fois !