I'm here de Spike Jonze

Publié le par PS

http://www.fubiz.net/wp-content/uploads/2010/01/spike-550x303.jpgLos Angeles, dans une temporalité parallèle, les robots évoluent à côté des hommes, des robots basiques, loin de l’imagerie d’un I Robot ou de Terminators, accomplissant de menues taches domestiques, existant dans une dimension réduite et fragile. Il y a Lui, ce robot sans histoire, sans remous, menant son quotidien sans émotion ni inquiétude, dans une sorte de nostalgie mécanique. Un beau jour, cet affable robot attend le bus lorsqu’une voiture se stoppe devant lui. Elle conduit une automobile, un robot version féminin excentrique. Une vieille s’énerve rappelant que les robots n’ont pas le droit de conduire, mais qu’importe. De cette rencontre naîtra une histoire d’amour, tendre, magnifique, des ces histoires où le pur amant donne jusqu’à son corps pour sa dulcinée. I’m here, court métrage de Spike Jonze, embarque le spectateur dans l’univers poétique, automnale et mélancolique de l’auteur du récent Max et les Maximonstres.

http://www.materialiste.com/img/im-here/im-here-3.jpgSpike Jonze ne cherche nullement à construire un récit de science fiction. Son langage tire de l’hypothèse d’anticipation une réflexion sur la fragilité humaine. Ces robots ne sont qu’une vision de l’homme moderne, coincé dans une catégorisation tant relationnelle que professionnelle, encombré dans une routine de machine. Mais cet automate froid voudrait rêver, s’invente ses propres rêves, se met à imaginer ce qu’il pourrait être. Tout pourrait sembler sans espoir et déprimant. Pourtant cette femme robot donne un premier signe. Ses dessins qu’elle accroche à la volée dans la rue, sur lesquels sont inscrits « I’m here » sont comme un cri lyrique, une envie d’exister. Voilà la première touche propre à Spike Jonze, la violence d’une condition initiale se voit transfigurée par la poésie, véritable pulsion créative. L’émotion naît du contact des êtres, de cette aspiration à un mieux, renforcé dans I’m here par la musique (bande son de Sam Spiegel) de Aska Matsumiya, douce et harmonieuse. Cependant les corps sont fragiles, ceux des robots davantage encore. Elle ne cesse de se blesser, de perdre des pièces comme dans cette scène effrayante où les deux robots s’entraînant dans une salle de concert et se mettant à danser, elle tombe et perd un bras. La foule n’en a cure, parce que ce sont des robots, mais également parce que la foule le plus souvent ne prête pas attention aux victimes de l’ordinaire. C’est alors que « Il », ce robot insignifiant prend une dimension véritablement héroïque voire mythique. En lui faisant don de son propre bras pour remplacer l’appendice manquant, l’homme robot incarne un premier sacrifice tout en devenant créateur de vie.

http://www.gustavestudio.ca/wp-content/uploads/2010/04/spikejones_imhere-01.jpgCette révélation annoncée ouvre la route à un bonheur possible, un amour de robot envisageable à leur manière. Elle s’imagine invincible et lorsqu’un nouveau membre vient à lui faire défaut, son sauveur lui fait cadeau des siens. Jusqu’au jour fatidique, l’accident de trop. Ce ne sera plus une partie du corps, mais le corps entier qu’il devra abandonner à celle qu’il aime pour la sauver. La dernière scène voit la femme robot, sa tête sur le corps de l’homme, tenant dans ses bras la tête du robot, comme un nouveau né. Le corps alourdis qui figeait le robot dans une normalité blafarde s’envole. Le robot devient démiurge et création dans le même temps. Et cette gestation dans leur relation voit mûrir la femme, assagie, apaisée, comprenant que quoi qu’il arrive son « I’m here » vibre, à l’unisson avec l’être aimé.

http://timgeorgedesign.files.wordpress.com/2010/03/im_here.jpgChez Spike Jonze, que ce soit Dans la peau de John Malkovich ou Max et les Maximonstres, la féerie parfois cruelle permet aux héros d’avancer, de s’améliorer, de dépasser leur situation initial, leur difficulté pour s’ouvrir au monde, à l’autre, à un âge « adulte » réconcilié entre la rage d’un sentiment d’enfermement ontologique  et l’aspiration à un idéal. I’m here est un très beau film d’une demie heure, une aventure émouvante où la photographie douce et granuleuse s’accorde avec le questionnement des personnages. Sans vouloir à tout prix faire de l’anticipation, le réalisateur livre un incroyable récit futuriste où les robots s’échappent de leur aspect cartonné pour devenir des acteurs réels de l’univers (servi notamment par un acteur montant Andrew Garfield). I’m here, ce court métrage flottant sur Internet, c’est finalement un clin d’œil malicieux de la part de Spike Jonze, qui entre deux longs métrages s’amuse à offrir un petit chef d’œuvre accessible à tous. L’enchanteur de mondes décalés et passionnants réussit avec I’m here à révéler l’émotion du réel et la magie de notre imaginaire.

 

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Publié dans Court Métrage

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