If I want to whistle, I whistle, de Florin Serban.

Publié le par PS

Le titre du premier film de Florin Serban était une belle promesse en soi, un hymne à la liberté et à la rage de vivre. En adaptant une pièce de théâtre tout en employant sa propre expérience au sein d’une prison pour jeunes en Roumanie, Florin Serban pouvait ainsi présenter le récit de ce jeune homme de 18 ans, Silviu, à quelques jours de sa libération se retrouvant confronté à l’urgence d’une situation, sa mère étant revenue d’Italie et souhaitant emmener avec elle le petit frère avant même sa libération. L’ennui pour Silviu reste que cette mère est à l’origine de ses problèmes, ballotté depuis l’enfance de pays en pays, sans repère, sans études, le garçon a finalement atterri dans cette prison pour une peine inconnue. Alors que ses camarades profitent des derniers jours d’enfermement du jeune homme pour le traiter comme un esclave, ce dernier se retrouve pressé par le temps, la tension monte sourdement jusqu’à exploser violemment.

Pour mettre en image, cette montée de la rage jusqu’à l’éclatement final, Florin Serban filme avec une petite caméra, le plus souvent en évitant de poser l’objectif sur un pied afin de donner une fébrilité de chaque instant, à l’exemple d’un plan dans les premières scènes où deux personnages traversent le champ et avancent en ligne droite filmés par une caméra tremblante, annonciatrice de l’instabilité du héros et des situations. Cette tension constante présente à l’image vient retranscrire l’univers carcéral avec un certain talent. Mais ce procédé technique relativement léger dans l’équipe de tournage permettait aussi de ne pas intimider les acteurs non professionnels, de vrais jeunes en centre de détention n’ayant bénéficié que de quelques séances de théâtre. Etre au plus proche de l’action, des sensations, sentir l’enfermement et le danger ininterrompu où chacun peut se retourner contre l’autre au moindre écart. Florin Serban s’efforce par ce cheminement à raconter son histoire, développer le caractère de son héros Silviu tout en dressant un constat et un portrait du système carcéral roumain, et en arrière fond de la société roumaine en son ensemble.

Les retrouvailles entre Silviu et sa mère, sous le regard du jeune frère, objet de la confrontation, est à ce titre une des plus belles scènes de If I want to whistle I whistle. Florin Serban débute la scène avec sobriété. L’ambiguïté des liens familiaux est palpable, le spectateur ayant compris que la relation entre le jeune homme et la femme est tortueuse. Le début de la conversation tourne à vide, des questions sans intérêt, de pure politesse, la méfiance l’emporte peu à peu. Silviu n’est pas libre physiquement, derrière lui le garde veille, devant lui la table le sépare de celle qu’il le hante. Et soudain tout se brise, le ton s’élève, les voix s’animent, le conflit crève l’écran. C’est par cette montée plutôt bien menée de la confrontation que la scène prend une force incroyable, servie par ce jeune acteur convaincant.


eu-cand-vreau-sa-fluier-fluier.jpgLa promesse de If I want to whistle peine cependant, malgré quelques scènes impressionnantes, à s’imposer. Florin Serban semble avoir voulu trop en faire, trop raconter et montrer pour un seul film, suivre à la fois les conflits au sein du groupe de jeunes, le drame familiale, une idylle naissante, une vision de la prison, un film d’action avec cette prise d’otages qui débutait bien. Le récit perd en originalité à force de partir dans plusieurs directions sans que la réalisation ne suive le rythme (la caméra ne se fixe quasiment jamais, au point d’en être par moments un peu lassant). Le titre prend du sens avec ce désir de vivre malgré l’enfermement, de ne pas être dans l’attente d’une future sortie, mais de décider de sa sortie comme le fera le jeune Silviu concluant sa prise d’otage en ayant pour ultime requête d’aller boire un café avec la jeune femme qu’il s’était efforcé de séduire durant les interviews pour une enquête sociologique avant de la prendre comme otage. Belle image que ce café pris sur le pouce, comme un rendez-vous d’amoureux, où rien de ce qui précède ne serait survenu, jusqu’à ce que Silviu reparte pour aller se rendre. Hélas cette fin aussi intéressante soit-elle rompt avec une bonne part du film qui se concentrait sur le désir de Silviu de ne pas voir sa mère enlever son frère. L’ultra réalisme décidé pour mettre en scène le récit ne convient pas non plus à cette fin quasiment absurde qui aurait pu nécessiter un soupçon de poésie ou de fantaisie dans l’imagerie.

Le film de prison a connu une sorte de renouveau depuis quelques années. Le très beau et magistrale Hunger (Steve McQueen), le faussement enragé Bronson (Nicolas Winding Refn), l’acclamé Un prophète (Audiard) , le touchant Qu’un seul tienne et les autres suivront (Léa Fehner), ou les récents Les mains libres (Brigitte Sy) et Dog Pound de Kim Chapiron (portant sur un sujet semblable au film de Florin Serban), tous ont exploré le monde carcéral au travers d’un récit plus ou moins fictionnel. Il était donc osé de se lancer dans cette aventure avec des moyens réduits et certains aspects de If I want to whistle I whistle pourront plaire à juste titre, mais ce premier film demeure un peu trop classique pour s’élever et dépasser les modèles du genre.

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