Liberté de Tony Gatlif

Publié le par ES

Un vieux piano entonne une petite mélodie mélancolique. A l’écran, des barbelés d’un camp de concentration se mettent à vibrer tel des cordes d’instrument, chacune à l’heure tour, puis toutes se mettent à se mouvoir. Dans un univers clos, la musique devient symbole d’une liberté qu’aucun barbelé ne peut emprisonner. Voilà comment il serait possible de résumer le propos du nouveau film de Tony Gatlif, à cette première image, magnifique et sobre.

N’en déplaise aux réfractaires du cinéma de Tony Gatlif, l’homme s’intéresse à nouveau, après des films comme Gadjo Dilo, Exils ou Transilvania, au sort des Gitans. Après plusieurs années, le réalisateur a finalement réussi à aborder un sujet qui lui était cher : l’holocauste des roms. C’est à présent chose faite. Liberté se déroule en pleine Seconde Guerre Mondiale, dans un petit village français. Les allemands rodent, les collabos aussi. Les roms (une famille de gitans) n’ont plus le droit de voyager sous peine d’être déporté. Un vétérinaire et une institutrice se prennent d’affection pour une famille de roms et les aident à affronter l’enfer. La troupe de gens du voyage se trouve obligée de stopper les caravanes dans un petit village, l’institutrice (une sœur de résistant qui rêve de voir les petits gitans apprendre à écrire) les soutient, le vétérinaire maire du village qui a été guéri par un des roms tient à les secourir et finit par leur donner un bout de terre pour ne pas avoir de problème avec la loi, jusqu’à ce que le souffle de la liberté (et la peur de la gestapo) viennent changer la donne. Le dénouement viendra ranimer la première scène pour rappeler à nouveau combien ces individus sont libres.

De cette double envie (de parler de l’holocauste et à nouveau de parler des gitans) résulte un film en demie teinte. Il y a de quoi s’inquiéter d’ailleurs lorsque le nom de Marc Lavoine apparaît à l’écran en tant que grande star du film, soutenu par une Marie-Josée Croze pas vraiment convaincante. La résistance n’a pas vraiment été travaillée, toute la partie sur la guerre à proprement parlé n’a pas grand intérêt et sombre dans le réchauffé. Pour sauver le naufrage, Tony Gatlif ajoute la présence par moments touchante d’un jeune enfant orphelin qui tente de trouver sa place entre famille d’accueil, gitans et résistants.

Si Liberté ne se présente hélas pas comme le chef d’œuvre de Tony Gatlif, il n’est cependant pas à écarter. Le traitement de l’univers Roms, la musique (les violons festifs à tout va), et une rage de vivre saisissante viennent rehausser les failles de ce nouvel opus. La rage de liberté, ce désir d’indépendance qui se mêle à l’incompréhension d’un monde que les roms ne cernent pas toujours (tout comme les gens de la ville ne comprennent pas non plus toutes leurs coutumes), tous ces éléments viennent ranimer le film, lui offrir tout l’attrait qu’il mérite. Et cet envoûtement tient entre autre chose grâce au talent de James Thiérrée, en gitan mystique exalté dont les périodes de transes font partie des plus belles parties de ce long-métrage jusqu’à la scène finale qui fait échos aux divers moments de complète libération.

Une course à cheval, des images sublimes dans un camps de concentrations et cette scène finale, mêlée à une bande son envoûtante et une photographie impeccable (signée Julien Hirsch à qui l’ont doit notamment Lady CHatteleray et Versailles, et qui se révèle être l’un des plus talentueux actuellement) viennent effacer une bonne part des fragilités dont peut faire preuve Liberté.

Publié dans Actu ciné Français.

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akenaton 20/01/2010 17:35


J'ia vu la bande-annonce sur allociné et j'ai trop tripé ! j'ai hate de le voir en salle, car ça sent le film à voir en salle !!! viva cinema


ES 20/01/2010 21:29


Je n'ai pas vu la Bande annonce, je sais pas comment ils ont tourné le film, mais j'ai peur que les gens soient tout de même un peu déçu. Il reste quand même quelques très belles scènes et celles
là valent le coup.