Michael Winterbottom, 20 ans de cinéma et une carrière devant soi

Publié le par PS

http://images.fan-de-cinema.com/affiches/comedie/tournage_dans_un_jardin_anglais,0.jpgEn 1990, Michael Winterbottom réalisait son premier film pour le cinéma, Forget About Me, après quelques films pour la télévision et un documentaire sur Bergman. Depuis, c’est une vingtaine de films tous azimuts que le Britannique a mis en scène dont Jude, Welcome to Sarajevo, In this world, 9 Songs ou Tournage dans un jardin anglais. L’homme fêtera ses cinquante ans en 2011 et peut être plutôt satisfait de son début de carrière. Car s’il demeure pour l’heure un réalisateur de second plan, peu connu du grand public, peu récompensé et pas toujours bien considéré, Winterbottom n’a pas encore fini sa route, demeure prometteur et intriguant. Pour s’en convaincre il suffit de prendre ses derniers films. 9 Soungs tenait autant du long métrage que de l’expérience cinématographique autour de l’exploration d’un monde Sexe Drogue et Rock And Roll autour de neuf chansons. Esthétiquement envoûtant, le film est cependant resté connu davantage pour les limites d’âge en salle, aux frontières de la pornographie, que pour sa valeur filmique. L’année suivante, l’homme revenait avec Tournage dans un jardin anglais (ou en version originale, dont le titre était plus explicite, Tristram Shandy : A cock and bull story), sans doute un de ses meilleurs films. En s’inspirant librement du livre de Lawrence Sterne, notamment dans le ton de l’écriture, Winterbottom construisait un film à plusieurs niveaux, une comédie sur le cinéma autant qu’un récit drolatique très british.

http://www.worldcinemag.com/img/poster_big/1366.jpgA peine une année plus loin, c’était avec Road To Guantanamo, documentaire semi fictionnel sur les sévices infligés aux prisonniers de guerre soupçonnés de terrorisme, que le Britannique revenait sur nos écrans. Curieux, parfois maladroit, le film avait l’attrait de montrer des pratiques à l’époque moins connues sous une forme inattendue. Puis il adaptait le roman de Mariane Pearl, Un cœur invaincu, portant sur l’enlèvement de Daniel Pearl en 2002. Jamais sorti en salles en France, Un Cœur Invaincu était plutôt convaincant dans sa façon de relater les faits, le tout mené par une Angelina Jolie pas mauvaise. Winterbottom marque alors une courte pause après le semi échec que constitue Un cœur invaincu, le temps de préparer son nouveau long deux ans plus tard. Un été Italien (Genova) avec Colin Firth et Catherine Keener suivait un père et ses deux filles, l’été suivant la mort de leur mère, temps du deuil, du passage à l’âge adulte. Cette chronique dans les rues de Genève berçait par son rythme étrange pris entre l’aspiration solaire à de meilleurs lendemains et l’angoisse de la mort. Voilà qu’en 2010, vingt ans après son premier film au cinéma, Winterbottom livre un documentaire sur le monde capitaliste et la mondialisation (La Stratégie du Choc avec Naomi Klein) et un western modern avec The Killer Inside Me. Et l’homme prépare déjà de nouveaux projets dont Murder In Samarkand. Aussi prolixe qu’un Woody Allen, mais nettement plus hétéroclite dans ses choix, Michael Winterbottom semble le plus souvent un enfant du cinéma, voulant dévorer tout ce qui passe sous sa main, peuplant ses films de références, adorant filmer, conter des histoires même lorsqu’il réalise des documentaires, se hâtant comme si ce devait être son dernier film au prix parfois d’une trop grande précipitation qui lui permettrait peut-être de mieux construire, de mieux mettre en scène et de passer au niveau supérieur. Tourner aussi vite que possible, avec une machine bien rodée tout en se mettant en danger à chaque film, optant pour des histoires, des façons de raconter différentes.

http://images.fan-de-cinema.com/affiches/drame/un_ete_italien,1.jpgMichael Winterbottom revient constamment sur le besoin de changer son propre regard sur le monde. Ne pas s’endormir, ne pas refaire deux fois le même film, explorer des histoires à chaque fois très différentes, voilà quelques unes des motivations possibles de Winterbottom au regard de sa filmographie. Cette diversité est la grande force et l’énergie du réalisateur qui d’ici vingt ans se sera peut-être essayé à la science fiction, au film d’horreur, à la comédie musicale, au film expérimental… C’est aussi sa limite actuelle, un certain manque de réflexion sur le cinéma et peut-être une ambition assez restreinte à la pure envie de conter des histoires au lieu de créer de vraies œuvres qui puissent être exemplaires. Certaines scènes de ses longs-métrages sont pourtant parfaitement maîtrisées, il suffit de voir les déambulations dans les ruelles de Gêne de la petite fille, perdue et apeurée, pour s’en convaincre. Cette sensation d’angoisse, d’un danger imminent rejailli au cœur du film Un Ete Italien, comme un fantôme de l’accident initial dont la hantise ne se résoudra que par un nouvel accident final. Si tout n’était pas à la hauteur dans Un Eté Italien, cette impression de menace générale, d’effroi constant était plutôt bien rendue, restituant parfaitement l’émotion de la jeune fille. Cet exemple n’est pas unique. Chaque long métrage de Winterbottom recèle toujours au moins une ou deux scènes dignes d’intérêt.


Outre sa fidélité avec son équipe technique, Winterbottom sait s’entourer pour chaque film d’acteurs à la saveur particulière qu’il s’agisse de Colin Firth et Catherine Keener dans Un été Italien, de Angelina Jolie dans Un cœur Invaincu, de Casey Affleck dans The Killer Inside Me ou encore de Steve Coogan dans Tournage dans un jardin anglais. Les acteurs lui font confiance et paraissent à chaque fois crédibles à l’écran, touchants. Car ce que Winterbottom veut, Winterbottom réussit à l’avoir, y compris quand le film semble ne pouvoir toucher qu’un public bien mince. Winterbottom c’est aussi une attention à la musique de ses films afin de retranscrire par le son l’ambiance de chaque univers, classique, rock, country, tout y passe pour conférer à chaque histoire un ton approprié sans en faire trop.S’attachant aux situations hors normes, à des personnages souvent plus complexes qu’attendus, à déplacer les préjugés liés à ces récits, Winterbottom met son expérience pour, le mieux possible, livrer de vraies histoires bien ficelées.


http://graphics8.nytimes.com/images/2005/06/30/magazine/03wint.184.jpg20 ans de films, d’images, de vies, Michael Winterbottom trace son sillage sobrement et semble réussir à faire ce qu’il veut, mener des projets difficiles à bout ou des longs métrages plus grand public. C’est sans doute cette grande liberté et cette variété des sujets abordés et des traitements qui donnent un intérêt particulier pour cet homme discret mais présent. Le réalisateur pourrait bien commencer à atteindre la maturité de son art pour produire une œuvre qui le révèlera au grand public et fera entrer ce nom très british dans la sphère des réalisateurs à voir. Rendez-vous dans vingt ans.

Publié dans Atypique...

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