Saw, cycle unique

Publié le par PS

http://www.casafree.com/modules/xcgal/albums/userpics/26020/saw.jpgTranchés, découpés, électrocutés, écharpés, fusillés, flambés, noyés, broyés, terrorisés, ressuscités, les personnages du tueur au puzzle auront tout enduré depuis 2004 et l’apparition sur nos écrans du premier Saw. Difficile à l’époque d’imaginer que ce petit film horrifique curieux et en partie innovant aurait donné naissance à un véritable cycle et à une des œuvres les plus abouties dans l’univers des serial killers, même s’il s’agissait à l’origine d’une trilogie agrémentée au fil des résultats de box offices. Car derrière le débat et les questions relatifs à la violence gratuite de ses suites, le numéro 3 ayant été interdit au moins de 18 ans, Saw bénéficie d’un atout de taille : la durée de réalisation. Depuis 2004, chaque année a vu son nouveau Saw apparaître sur les écrans avec une régularité très commerciale (la plupart des sorties étant toujours prévues aux alentours d’Halloween), élaborant ainsi, contrairement à des idées reçues, un échafaudage scénaristique complexe. En remettant les fils dans l’ordre, l’histoire de Saw paraît plus compréhensible. Un homme, marié à un docteur qui luttait notamment dans un centre de désintoxication et attendait un enfant, découvre qu’il est atteint d’un cancer incurable, dans le même temps sa femme est agressée par un drogué qui la bouscule et lui fait perdre son enfant. Ces deux évènements vont transformer l’homme au point de lui donner une nouvelle vision des choses. Le monde étant corrompu, chacun y allant de son égoïsme individuel pour écraser les autres ou s’en moquer, seul le pur instinct de survie peut redonner un goût à l’existence et changer les pourritures. Cette philosophie rapidement dévoilée va animer les dernières années de l’homme en établissant un jeu à très grande échelle où chaque personne coupable va se retrouver embarquée dans des épreuves terrifiantes où le sacrifice sera l’unique voie de rédemption. Dans sa quête pour éclairer ses contemporains d’une façon quelque peu électrochoc, John Kramer sera secondé peu à peu par une première apprentie (Amanda, une ancienne droguée et suicidée qu’il mettra à l’épreuve et à qui il redonnera le goût de la survie), par un policier revanchard et par sa propre épouse une fois John Kramer disparu.

http://www.wantedmovie.fr/uploadfilm/saw5.jpgLes séries façon Halloween, les Griffes de la Nuit ou encore les Destinations Finales n’avançaient pas réellement, les suites étant réalisées avec trop d’écart dans le temps, il s’agissait uniquement de reprendre les ingrédients déjà employés sans jamais construire une structure cohérente, la vitesse de production des Saw permet à l’inverse, avec une certaine continuité dans l’équipe de réalisation, d’étendre le récit comme un immense puzzle narratif mélangeant le film gore et le genre policier. Pour les sept films, quatre réalisateurs, plusieurs scénaristes ayant suivi les évolutions, un même directeur de photographie (à l’exception du dernier), les mêmes producteurs… une certaine homogénéité était ainsi de mise. A l’écran, le puzzle macabre qui prend forme finit peu à peu par intéresser davantage que les scènes de tortures. Les twists initiés à chacune des fins viennent relancer la machine vers un autre labyrinthe. Le premier venait chambouler les habitudes du spectateur avec cette idée à la fois très simple et bien menée où le tueur n’était pas celui qu’on imaginait. Les autres retournements permettaient d’agrémenter l’histoire de nouvelles imbrications. Dans le premier opus, deux personnes étaient apparemment mis à l’épreuve dans une salle de bain désaffectée, mais en réalité la personne derrière les caméras était elle aussi mise à l’épreuve tandis que John Kramer observait d’une place inimaginable. Dans le second volet, plus compliqué, ce sont huit personnes enfermées dans une maison dont l’une d’entre elles se révèlera être une apprentie de John Kramer, le tout n’étant au final qu’une mise à l’épreuve pour un policier ayant découvert la trace de Kramer. Le troisième film annonçait la fin de John Kramer, condamné par sa tumeur, encore une fois les personnes mises à l’épreuve n’étaient pas forcément celle envisagées et un nouveau converti aux idées du Tueur au puzzle faisait son apparition. Le quatrième suivait l’enquête de policiers et une autre mise à l’épreuve qui opérait simultanément au trois, le tout se finissant par l’autopsie de John Kramer qui révèle bien des secrets. Le numéro 5 revenait chronologiquement juste après le 3. Un autre enquêteur essayait de dénouer les pistes, de comprendre qui sont les vrais tueurs tandis qu’un nouveau jeu débute. Hélas l’enquêteur est lui-même à nouveau mis à l’épreuve sans le savoir comme le montrera la dernière scène fatale. Le 6 reprend donc aussitôt, l’enquête se poursuit, cette fois-ci l’identité du nouvel apprenti tueur devient claire, tandis qu’un jeu se met en place et que le tueur lui-même est mis à l’épreuve par le testament du tueur au puzzle et par la femme de John Kramer, décidée à clore le cycle des meurtres, sauf que la dernière scène du film ouvre sur le septième et probablement dernier opus.

Où vont-ils chercher tout cela ? En grande partie dans les facilités courantes pour construire des rebondissements à la chaîne, mais la qualité du scénario tient ici dans l’exploitation des films précédents. A renfort de flash-backs ou de nouvelles visions d’une scène passée, peu à peu le puzzle général se révèle plus compréhensible sur les motivations, les origines du projet, la chronologie. Il serait aussi envisageable de lorgner du côté du Testament du docteur Mabuse (un des chefs d’œuvre de Fritz Lang) pour recouvrer une partie des éléments et de la structure générale. Dans Le Testament, un couple se retrouve enfermé dans une pièce sans issue, face à un polichinelle fantoche et à une voix enregistrée expliquant qu’ils vont bientôt mourir. Difficile de ne pas noter un fort écho dans cette scène fabuleuse du film de Fritz Lang. De la même manière, Mabuse est mort dans le Testament et tout ce qui se déroule résulte en partie de ses plans, avec cet ajout du surnaturel par le spectre hypnotiseur. Lang livrait une enquête policière incroyable et complexe. Dans Saw, le tueur a un but censé être plus « humaniste », se prenant pour une sorte de prophète avec cette volonté de vie et de rédemption. C’est pour cela que le tueur au puzzle était à l’origine particulier, chacune de ses mises en scène n’avaient pas pour but de tuer, lui-même ne tue jamais personnes. Dans les épreuves, les personnages peuvent s’en sortir en s’entraidant. C’est peu à peu, avec l’arrivée des apprentis et d’une corruption de l’esprit initial, que les jeux deviennent plus sanglants et que certains kidnappés sont condamnés d’avance. L’effroi supplémentaire qui naît des Saw tient au fait que John Kramer semble avoir été capable de cerner les réactions, les attitudes et donc de prévoir comment la plupart du temps les scénarios de ses jeux se finissent. Prévisibles, les individus le sont, à l’image du spectateur lui-même baladé allégrement dans le récit. Cela permet de créer une indécision sur les issues de chaque film, rendant souvent impossible de savoir qui s’en sortira, qui tuera son compagnon de cellule.

 

 

 

 

Saw aurait-il pu être moins sanglant ? Pas réellement. Certains critiquent la série pour cette raison, les crimes atroces étant vus comme gratuits, comme ne recherchant que le gore, créant un regard pervers et malsain pour le spectateur. Tout horrible que puissent être certaines scènes, qui forcent pratiquement à fermer les yeux, les Saw se teintent d’un humour macabre qui s’éloigne ainsi de la pure insensibilisation à la violence. L’inventivité des pièges, l’outrance des tortures ne tiennent pas du ressort de la catharsis, mais d’une bouffonnerie horrifique destinée à recréer un croquemitaine moderne, puisque le tueur au puzzle (par son but même de créer un nouveau mode de pensée) tend à faire des émules et à viser tout le monde.

Le cycle Saw aura donc une chance de demeurer dans le cinéma de genre comme une série à part, plus violente que beaucoup, mais aussi mieux construite et plus labyrinthique. Pour les courageux qui voudraient s’en convaincre, il ne reste plus qu’à regarder les six films existants (le septième étant en préparation), six petits films par leur budget qui ont engrangé un certain engouement et dont chaque scène n’est autre qu’une pièce du puzzle.

Publié dans Atypique...

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article