Sawako Decides et To Walk Beside You, de Yuya Ishii

Publié le par PS

6ccf2f84a6.jpgElles se tiennent face caméra, dans leurs combinaisons blanches, petites ouvrières d’une usine d’emballage de moules dans la campagne Japonaise, écoutant le chant de l’entreprise entonné par un des responsables, un chant d’honneur à la gloire du patron, du travail. Elles ne chantent pas, regardent l’air un peu vague droit devant elles, écoutent le même hymne patronal quotidien. Elles se tiendront à nouveau face caméra, dans leurs combinaisons blanches, une heure plus tard, mais cette fois-ci chanteront à pleins poumons le nouvel hymne à la gloire des personnes moyennes inférieures, des loosers économiques, de la petite entreprise au travail ennuyeux, mais qui peut survivre grâce à elles. Entre ces deux passages, il y aura eu l’éveil de Sawako, cette jeune fille japonaise un brin pommée par la vie, jugée hors norme par la société qui reprend son destin en main pour sauver l’usine de son père.

Yuya Ishii signe avec Sawako Decides une comédie par moments décalée sur les incohérences de la vie Japonaise. Sawako a fugué cinq années auparavant avec le chef d’équipe du club de tennis pour se réfugier à Tokyo, puis elle a enchaîné les petits copains, les boulots et les études. La voilà à présent entichée d’un jeune homme sans avenir, échouant dans sa création de jouets pour enfants, s’imaginant eco citoyen et affublé d’une petite fille, Sawako voit passer la vie sans soucis ni attente particulière, répétant à l’envie que les choses sont comme ça et qu’on ne peut rien y faire. Mais un jour, son père tombe malade et elle est contrainte de revenir dans le village natal où personne ne l’accueille chaleureusement, lui reprochant sa fugue et ses échecs. A peine arrivé, le petit ami part avec l’amie d’enfance de Sawako, lui laissant la charge de la petite fille, le père est au plus mal, l’usine menace de fermer et les villageoises ne cessent de blâmer et de se moquer de la fille. Sous couvert de scènes surprenantes, parfois drôles, Yuya Ishii vise clairement à mettre en avant les problèmes de la société Japonaise, d’une morale hypocrite où l’échec n’est jamais autorisé. Tout pourrait paraître perdu jusqu’à ce que Sawako décide qu’elle peut faire quelque chose, que tout ne va pas de soi. Peu à peu, elle remonte la pente, affirme qu’elle épousera le père de la petite fille dès qu’il reviendra car elle ne trouvera pas mieux, explique aux ouvrières qu’elles sont médiocres, mais qu’on peut vivre heureux ainsi, sauve l’entreprise, ramène une certaine paix dans le village et aide l’enfant à se stabiliser, comme si subitement, Sawako, représentante d’une génération de Japonais, abandonnait une grande partie du modèle traditionnel pour embrasser les idées Américaines du tout est possible à condition de travailler dur.

Curieux film que ce Sawako Decides, formellement très convenu et sans grand intérêt, dont les thèmes paraissent assez banals et l’humour un peu éculé. Ce premier long métrage de Yuya Ishii fait parfaitement ressentir l’envie de filmer, l’amour du cinéma que peut avoir le réalisateur, mais hélas cette envie ne fait pas vraiment d’étincelles.

tumblr_kwz5ctpTdK1qz7jj0o1_500.jpgIl ne faut pas pour autant passer Yuya Ishii trop rapidement à la trappe. De ce Sawako Decides se dégage tout de même un art de croquer les scènes de vie quotidienne avec tendresse et espièglerie (comme ces séances d’assainissement du colon de Sawako, à Tokyo, qui peuvent apparaître complètement surréalistes). Mais plus encore, le second film du jeune réalisateur Japonais, To walk beside you (projeté hors compétition en avant première à Paris Cinéma) montre que l’homme avance vite. Avec toujours ce même goût de tourner, de raconter quelque chose, de suivre des personnages, Ishii prend davantage de libertés en employant un matériel très léger (qui rend parfois l’image curieuse, plus proche de la télévision que du cinéma). Il suit ainsi selon son désire le récit d’un jeune garçon qui fugue avec son professeur d’Anglais pour aller à Tokyo, plein d’espoirs. Dans leur nouvelle vie Tokyoïte finalement moins réjouissante qu’envisagée, le garçon s’efforce d’aider un petit orphelin fan de Baseball, tandis que son professeur d’Anglais vient en aide à une jeune adolescente désireuse de fuguer. To Walk Beside You est un film simple sur le plan formel, avec peu de moyens, mais curieusement d’une fraîcheur enthousiasmante. Le réalisateur semble avoir mûri. Il parvient à éviter les facilités scénaristiques et les critiques un peu convenues de son premier long métrage, surprend le spectateur par une fin plus adulte et moins bon enfant, et l’immerge totalement dans un Tokyo au visage humain, bien différent de l’image filmique habituelle au cinéma (de ces grandes rues toujours illuminées et agitées).

Sawako decides prend un intérêt singulier dans la perspective de To Walk Beside You, car les deux films témoignent d’un ton particulier, d’un réel plaisir de filmer et d’une évolution vers davantage de maturité et d’originalité, faisant ainsi de Yuya Ishii un réalisateur à suivre.


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