Supercherie artistique, Faites le mur

Publié le par PS

Il est de ces noms qui font saliver le monde de l’art, de ces mythes modernes qui s’inscrivent dans l’actualité avec un air sulfureux. Banksy en fait partie depuis une dizaine d’années, ce génie du street art sévit à l’origine en Angleterre avant d’œuvrer de par le monde, mélangeant illogique d’apparence et investissement politique (voire les graffitis réalisés sur le mur de Palestine). Mystérieux personnage dont nul ne connaît l’identité, Banksy est devenu une référence et une valeur du monde de l’art. Annoncer ainsi un film de Banksy sur le monde obscur du Street Art avait de quoi enthousiasmer les amateurs comme les initiés.

http://image.toutlecine.com/photos/f/a/i/faites-le-mur-exit-through-the-gift-shop-15-12-2010-1-g.jpgFaites le mur surprend et déroute. Dès les premières minutes, un personnage se présentant comme Banksy dont on ne verra jamais le visage explique avoir eu l’idée de faire ce film par un hasard fortuné, trouvant ainsi un moyen détourné de ne jamais vraiment évoquer son propre travail. Un certain Thierry Guetta, français vivant à Los Angeles quelque peu décalé, a pour passion de filmer tout et n’importe quoi, filmer simplement pour le geste sans jamais regarder les cassettes. Par hasard, ayant pour cousin Space Invader (ce street artiste collant des mosaïques de Space Invaders un peu partout), Thierry Guetta tombe dans le monde du street art et trouve une nouvelle drogue. L’homme se met à suivre partout des grapheurs illustres, gagnant leur confiance et parviendra à rencontrer le fameux Banksy qu’il filmera plusieurs mois. Le film pourrait s’avérer être un documentaire engagé sur le monde du street art, mais voilà que la réalisation prend un tout autre détour en se concentrant sur le personnage de Guetta, que Banksy inspirera et qui deviendra, sous les encouragements de Banksy, Monsieur Brainwashing.

Si Faîtes le mur déroute c’est par ce choix malicieux de transformer le concept initial en un portrait de cet artiste fantoche. Car Thierry Guetta est un copieur, le genre d’artiste qui s’inspire du travail des autres pour développer ses propres œuvres (rappelant d’une certaine manière le film de Kitano, Achille et la tortue). Banksy, si tant est qu’il soit réellement le réalisateur de ce documentaire, ne parle finalement pas tellement de l’essence du street art, préférant comprendre et mettre en lumière les dérives de ce mode d’expression dont se sont emparés les fortunés du monde. Début 2010, un film allemand, Wholetrain de Florian Gaag, plongeait dans le milieu du street art et réussissait à toucher les motivations de ces jeunes artistes, l’adrénaline et le danger ainsi que la passion. Dans Faîtes le mur, optant pour une musique lorgnant davantage du côté du bal musette que de l’underground, rien ne semble donner conscience des risques, de l’excitation, de la réflexion des artistes. Un ton caustique masquant un message difficile à cerner pour comprendre les vraies motivations dudit Banksy vient finir le film laissant le spectateur perplexe, bien qu’amusé.

http://www.thefreshscent.com/wp-content/post_imgs/0806/banksy/tfs_banksytwogal.jpgIl y avait pourtant dans le choix d’utiliser les casettes DV de Thierry Guetta un véritable acte artistique qui dépassait le simple cadre du street art pour employer des éléments d’une culture populaire contemporaine (les images de caméra amateurs). Guetta filme dans les moindres détails son quotidien. La matière était donc gigantesque mais hétérogène. Faites le mur devient la somme savamment orchestrée de ces tranches de vie faussement prises au hasard. Quid cependant de la vie personnelle de l’artiste, à peine évoquée, ou encore d’une quelconque idéologie sociétale. Banksy ne l’aborde que pour parler de son travail, les autres artistes apparaissant comme apatrides et oeuvrant pour la pure performance davantage que pour un quelconque engagement. Faîtes le mur n’incite finalement que très peu à suivre la formule, le titre original n’avait d’ailleurs pas grand chose à voir avec l’injonction (Exit through the gift shop). Curieusement, le film semble conscient de ces diverses failles, ne cherchant qu’à se constituer lui-même en œuvre d’art insaisissable, s’explosant dans plusieurs directions pour déboussoler le spectateur et le forcer à s’interroger par lui-même, tout en élaborant un schéma narratif bon enfant qui divertit et emporte l’adhésion dans la foulée. Pour parler de la frontière entre supercherie artistique et génie esthétique, Banksy signe également une supercherie filmique, sortant du cadre critique traditionnel pour laisser le long-métrage suivre sa propre trajectoire, à l’image de ces traînées faîtes à la bombe sans motif apparent. C’est sans doute le grand attrait de Faites le mur, ne jamais être complètement ce qu’on attendrait qu’il soit, comme un graffiti sans prétention. 

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