Symbol

Publié le par PS

http://www.cinetrange.com/wp-content/2010/04/symbol.jpgHitoshi Matsumoto, artiste, présentateur télé, cinéaste japonais et camarade d’un certain Takeshi Kitano, ne rentre que très difficilement dans les cases, tout comme ses films insolites, barrés et jouissifs. En 2007, l’homme présentait Big Man Japan, peu remarqué en France, en 2009, son second film prenait pour titre Symbol, écrit, réalisé et joué par Hitoshi Matsumoto lui-même, lui offrant ainsi une liberté absolue pour créer un beau n’importe quoi. Symbol appartient à ces films indéfinissables, iconoclastes et fous. Difficile à résumer ce Symbol sans trahir la surprise visuelle. Un homme se réveille dans une pièce blanche et close sans savoir qui il est, d’où il vient ni comment il est arrivé là. Alors qu’il se lève, vêtu d’un pyjama jaune clownesque, l’homme s’approche du mur. Soudain, des angelots voltigent et disparaissent dans les murs, ne laissant visibles que leurs petits sexes. A chaque fois que l’homme appuie dessus, un léger cri aigu se laisse entendre et un objet inattendu tombe dans la pièce, sans logique apparente. On pense à Cube et à ses ersatz où des individus sont pris au piège dans des lieux inconnus, mais Symbol s’en écarte aussitôt pour plonger dans le surréaliste, le burlesque. Entre temps, le spectateur est amené à suivre une famille mexicaine où le père s’apprête à combattre sur un ring. Les deux histoires, aussi éloignées visuellement que narrativement, paraissent sans aucun rapport jusqu’à la conclusion ironique.

Symbol est une métaphore du monde humain, un clin d’œil plus qu’un regard sur l’humanité actuelle. Matsumoto caricature le cheminement vers le divin avec cet homme qui part de l’enfance (la première salle blanche), passe par l’adolescence pour s’achever dans une élévation incongrue. En dire davantage reviendrait à gâcher le plaisir de la découverte car Symbol réjouit par son caractère imprévisible et charme par l’humour incessant. Matsumoto semble adorer le comique bon enfant (qu’il soit de répétition, de situation, de bruit) tout en sachant user d’un humour plus grinçant (un père explosant à coup de tête son propre enfant sans le vouloir). Symbol mixe les références et les genres. Outre le fait de suivre le récit dans un univers blanc aseptisé teinté de grec ancien et de renaissance et l’histoire mexicaine sous une image poussiéreuse et chaude, on trouve quelques rappels de Matrix, de mangas, d’autres films comiques … Les clins d’œil deviennent ainsi amusants et accrocheurs.

 


Pour donner un exemple de l’incroyable loufoquerie de Symbol, prenons une séquence de la première moitié du film. L’homme a appuyé sur bien des sexes d’anges, la salle commence à être pleines d’objets et voilà qu’il a faim. Un des petits pénis a fait sortir des sushi. Il se dit donc qu’en le touchant à nouveau d’autres viendront. Après un moment, un petit tas de sushi l’attend, mais voilà qu’il aimerait de la sauce pour accompagner. Alors, il essaye d’autres sexes en vain, s’énerve (car l’homme a un tempérament proche d’un gamin de cinq ans) et finit par avaler les sushi sans sauce. Une fois qu’il a tout ingurgité, voilà qu’il appuie par erreur sur un nouveau pénis et que sort la sauce. La pièce joue ainsi avec l’homme, se moque de lui, le taquine sans qu’on ne sache jamais qui mène le bal. Un peu plus loin les sushi reviendront jouer un petit rôle puisque le monsieur tentera de bloquer un sexe situé au sol à l’aide d’une immense jarre emplie de sushi, en vain. Le moyen pour sortir de la pièce sera nettement plus compliqué. On se réjouit ainsi à chaque nouvelle tentative, chaque nouvelle épreuve enfantine. Ce rire de garnement et ces amusements sont cependant par moments la limite du film. Sans véritable scénario que l’envie de surprendre et de distraire, Symbol peine parfois à conserver toute l’attention du spectateur à force d’un humour répétitif. Cela reste cependant une critique restreinte au vue du plaisir de découvrir un de ces objets filmiques non identifiés qui sortent de l’ordinaire, survolent occasionnellement les salles de cinéma pour laisser un goût sans commune mesure avec les productions habituelles.

 

 

 

Une ou deux autres critiques supplémentaires :

 

Laterna Magica

 

Abus de Ciné

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article