Waking Sleeping Beauty

Publié le par PS

http://leblogcine.fr/image/waking-sleeping-beauty-affiche.jpgLa belle au bois dormant veille. Des rêves de la nuit surgissent les merveilles féeriques. Nous sommes dans le monde enchanté de Disney, ce monde où l’innocence côtoie la magie, où l’enfance affronte des fantasmes horrifiques pour se construire en être adulte accompli, nostalgique des images qui bercèrent sa jeunesse. Quiconque songe au cinéma de Disney aura sans doute ses propres images, son dessin animé préféré, son personnage adorée, sa chanson. Pourtant les belles histoires tiennent souvent du miracle. Derrière le mythe Disney tout enjolivé et clinquant, il y a des hommes, des dessinateurs, des réalisateurs, des artistes, mais également des gérants, des managers, des personnalités fortes. Waking Sleeping Beauty s’intéresse à ces hommes à l’oeuvre derrière la féérie.

Don Hahn, le réalisateur de ce documentaire, a été producteur pour Disney depuis les années 1980. Il participa ainsi à Qui veut la peau de Roger Rabbit, La Belle et la Bête, le Roi Lion, Atlantide ou encore le prochain Tim Burton (Frankenweenie). L’homme a donc sillonné les couloirs des studios, côtoyé les personnes dont il parle, vécu les mutations de Disney cinéma.
Don Hahn s’efforce donc de raconter la période des années 1984 à 1994 où comment la société de production qui paraissait au fond du gouffre va retrouver un souffle et engendrer quelques uns des films d’animation les plus populaires de l’histoire. Car en 1984, trois ans après Rox Et Rouky, les équipes stagnent. Le studio travaille sur son nouveau film, Taram et le chaudron magique qui s’avèrera être l’un des pires échecs des studios. Alors que les dirigeants changent et qu’un unique dirigeant laisse sa place à une direction triple avec Jeffrey Katzenberg, Michael Eisner et Roy Disney, les studios reçoivent une nouvelle dynamique et une pression plus forte. Dans une période où les dessins animés sont en partie vus comme en fin de vie, où de nouvelles techniques se développent (Disney lancera Bernard et Bianca au pays des Kangourous, premier film conçu sur ordinateur), les équipes à l’origine réduites des studios sont confrontées aux batailles pour prendre le pouvoir dans la direction, aux tensions entre les vieux animateurs et la nouvelle génération. Le nouveau système va mettre en place une énergie stimulante et harassante pour les équipes. Roy Disney voulant un film par an, les rotations d’une animation à l’autre ne laissent que peu de place à l’oisiveté. 84-94 constitue l’époque de la transition vers le cinéma digitalisé (les effets spéciaux – Jurassic Park est réalisé en 1993-, l’utilisation des ordinateurs pour l’animation). La compétition, l’effervescence, les prises de risques (les chansons à la Disney peuvent paraître à présent incontournables, mais elles n’allaient pas de soi à une certaine époque), l’arrivée de nouvelles têtes sont quelques unes des clefs pour comprendre comment à partir des années 1990, Disney parvient à enchaîner les succès (La Petite Sirène, La Belle et la Bête, Aladin, Le Roi Lion) avec une croissance de la reconnaissance publique et critique. On croise au détour d’un couloir de jeunes garçons fébriles dont un certain Tim Burton et un John Lasseter encore tout chétifs et innocents, voilà déjà un beau vivier de talents en perspective.

En utilisant des images internes aux studios, quelques séquences de films rarement vues, Don Hahn signe un portrait fascinant et haletant du Studio aux grandes oreilles. Derrière la découverte du travail au quotidien des productions Disney, des coups de poker, des difficultés et des heures de joie, le film se questionne sur l’impact des influences dirigeantes. Depuis 1994, les productions sont peu à peu retombées dans une nouvelle traversée du désert et le film donne une explication par déduction. Le triumvirat de la direction se voyait équilibrer par un homme, Frank Welles. Durant cette décennie, chacun espère trouver un leader capable de concilier tout le monde, de ne pas couper avec le passé tout en tournant Disney vers l’avenir. Ce leader ne viendra pas, à la place trois dirigeants donneront des impulsions. Leurs tensions seront gérées par le diplomate Frank Welles. Un système nerveux et instable ne tenait que sur cette cordiale entente des forces opposées. En 1994, quand Frank Welles décède, la guerre est déclarée et les trois dirigeants se détruiront d’eux-mêmes. Ce résumé simplifiait sillonne le film, nourrit la réflexion et captive. Waking Sleeping Beauty est salutaire quant au regard porté sur Disney autant que sur le système du cinéma Hollywoodien. On ressort de ce documentaire en regrettant qu’il n’y ait pas une suite.

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