Don’t give up.

Publié le par ES

    Petite critique rapide du nouveau X-Files. Petite car le film n’a rien d’exceptionnel, critique pourtant car il ne déçoit pas. 10 ans que Mulder et Scully avaient rendu leurs badges du FBI, 10 ans que les deux acteurs ont tenté de décoller ces rôles qu’ils incarnaient pour finir par retomber dedans. Le premier long, qui venait couronner la série, n’aura laissé qu’un souvenir périssable, trop confus, trop ambitieux, trop paranoïaque aussi, il a déplu aux amateurs comme aux néophytes. Le pari était donc gros. Chris Carter, le créateur de la série, met lui-même la main à la pâte. Refusant de céder au n’importe quoi rendu possible par l’étendue du domaine d’action des deux protagonistes (dans le surnaturel, il y a de quoi faire), l’homme propose une histoire plausible où le mystique se réduit à l’essentiel. Il se recentre aussi sur les deux personnages, et non sur une intrigue tarabiscoté qui mélangerait des aliens, des clones, des revenants, un complot gouvernemental… Le constat est donc assez bon dix ans après. Les deux acteurs ont réussi à « se recycler » sans se faire avaler par la griffe X-Files. Gillian Anderson (Scully) a ainsi joué dans quelques films conséquents dont Tournage dans un jardin anglais, et Le dernier roi d’écosse. David Duchovny a certes eu un peu plus de mal, restant dans le surnaturel avec Evolution, avant de trouver un nouveau créneau dans un rôle génial et à contre-emploi pour la série Californication. Les deux reviennent donc pour le plaisir et non par nécessité et par défaut. La fine équipe renouée, le film peut se dérouler sans vrai accroc.
     Au programme, l’enlèvement d’un agent du FBI a été signalé par un prêtre voyant, anciennement pédophile. Comme on ne trouve pas de piste, on décide de faire appel en dernier recours à Mulder, ermite dans sa maison de campagne à découper les articles de presse sur les phénomènes paranormaux et à cultiver une petite barbe bourgeonnante. Scully est devenue médecin à temps plein et se bat pour qu’un enfant atteint d’une maladie grave ne meurt pas et ne soit pas abandonné par une Eglise qui refuse l’acharnement thérapeutique. Si l’histoire en soi ne chamboule pas vraiment le genre, c’est parce que, à l’exception de la mort d’Amanda Peet (Mon voisin le tueur, Syriana) en agent du FBI qui surprend un peu, rien n’est vraiment nouveau. Pas de grandes découvertes, des scientifiques russes fous se la jouent Frankestein en tentant des greffes impossibles, notamment une greffe de corps. Pas de quoi psychoter ensuite toute la nuit. La bonne trouvaille est ailleurs, dans les à-côtés. Dix ans de série, voilà qui constitue un passé réel pour les personnages. Pour une fois, les scénaristes n’ont pas besoin d’élaborer des leurres pour construire une fausse complicité, un passé. Mulder et Scully ont une vraie complicité et des tourments que l’on sent anciens. Chris Carter ne tombe pas pour autant dans le pur film de fans, les clins d’œil sont rares et sobres. On évoque le nom d’affaires sur lesquelles ont bûchées les deux agents, on fait revenir dans le final leur patron,… Même l’emploi de la musique est très épars, les notes sont jouées au tout début pour aiguiser l’attention du spectateur, un peu par moment dans le film et une fois à la fin. Au détour d’une scène dans un lit, on comprend que les deux agents sont encore amants, mais forment un couple en difficulté. Ils ont subi la perte d’êtres chers, une sœur, un fils, et ne parviennent pas à oublier. Scully reproche à Mulder d’avoir accepté l’affaire dans l’unique de but de poursuivre sa sœur, qui aurait peut-être été enlevée par les ovnis. Mulder rappelle à Scully que s’acharner sur un enfant atteint d’une maladie apparemment incurable ne lui rendra pas son fils. Elle est croyante, mais d’une foi rationnelle et humble, lui veut y croire, veut croire à tout ce qu’il soupçonne (d’où le titre original du film I Want to believe, nettement plus intéressant que le Régénération à la française ridicule et grossier).
        Je veux y croire. Voilà une des phrases qui revient sans cesse durant le film. Et le spectateur en restera à ce stade. Chris Carter choisit de ne pas en montrer plus que nécessaire. Les deux seules scènes à sortir de l’ordinaire sont le moment où le prêtre pleure du sang (mais après tout le Chiffre dans James Bond en fait autant) et celui où l’on voit une tête maintenue en vie par quelques câbles sanguins. A part cela, il ne montre rien, tout est réduit à une forme de film policier classique, les prémonitions ne nous sont pas montrées, on les subit comme les autres personnages en écoutant ce qu’en dit le prêtre. Voilà qui crée le doute, est-il vraiment voyant ou est-il un complice des méchants scientifiques ? Le cœur du film se nourrit de ce doute. Tout se joue sur le conflit entre Mudler qui veut y croire, qui tente de montrer pourquoi le prêtre est vraiment voyant, qui voudrait que son ancienne agence comprenne cela, et les autres qui demeurent suspicieux et rationnels. Affrontement intellectuel que ce soit entre Fox et le monde, ou entre Dana et le prêtre. Interrogation sur la volonté divine. Dieu peut-il vraiment avoir offert un tel don à un pédophile ? N’est-ce pas plutôt une punition ou un cadeau du diable ? Peut-on croire en Dieu quand un enfant meurt d’une maladie incurable ? Il s’agit de thèmes universels qui touche tout le monde, voilà pourquoi le film réussit le tour de force de nous intéresser alors même que l’action est limitée (une course poursuite, un accident, un montage un peu nerveux et brillant au début). Chris Carter nous présente visage d’une Amérique, celle qui oscille entre foi et superstition, entre croyance raisonnée et dévotion suspecte.
        Ne pas renoncer. Voilà la seconde phrase du film, celle qui revient comme un leitmotiv intriguant. Le prêtre dans une prémonition lance ces mots à Scully qui ne sait plus si elle ne doit pas renoncer à sauver l’enfant, en tentant une opération risquée, si elle ne doit pas renoncer à ce qu’elle a été, si ce « don’t give up » ne s’adresse pas plutôt à Mulder. Car les deux ne renoncent pas, ils mènent leur enquête jusqu’au bout, là où les autres ont renoncé. Ce don’t give up est aussi un appel au spectateur, et un salut du réalisateur. Ne pas renoncer. Après l’arrêt de la série et le plantage d’un film, ne pas renoncer tient de la bravoure. Mais la maxime semble porter ses fruits ici, puisque l’heure et demie passe vite, offrant quelques scènes très maîtrisées et réussies notamment la juxtaposition entre les crimes et la recherche, rehaussée par un travail sur le mixage sonore plutôt bon. Ce X-Files va-t’il permettre de reouvrir d’autres enquêtes oubliées ? Il faudra attendre un peu pour le savoir. Mais on veut y croire.

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