Happy end et Fin du monde : 2012

Publié le par ES

Le cinéma aura tout exploré en matière de cataclysme, tout ce que le genre catastrophe pouvait imaginer a été pressé à la moulinette, réchauffé, refait, exagéré. Depuis l'Hurricane de 1937 jusqu'à l'apocalypse généralisé de 2009, il y en a pour tous les goûts (tremblements de terre, incendies, ras de marée, volcans, météorites, maladies ...). Si jadis, le film catastrophe pouvait être considéré comme une représentation de la petitesse humaine face aux aléas de la nature, voilà que ce genre s'est offert un lifting avec l'arrivée de la conscience écolo. Plus pessimiste, plus sombre, plus responsable, le film catastrophe a dépassé les incidents naturels localisés (Volcano, le Pic de Dante, Twister, Poséidon, Deep Impact...) pour se globaliser. L'homme n'est plus une victime qui doit faire face, mais un coupable qui doit se racheter. Le Jour d'après (de Roland Emmerich), Phénomène (de Shyamalan) ou le récent 2012 en sont de plutôt belles représentations. Laissons de côté la horde hybride qui mélange film catastrophe et film gore (Je suis une légende, 28 jours plus tard, Prédictions ou Le jour où la terre s'arrêta). La fascination pour ce genre n'a donc plus beaucoup de limites et 2009 marque aussi le retour des films d'auteur catastrophe avec notamment Les derniers jours du monde (des frères Larrieu) ou, dans une moindre mesure La Route.

La crise viendrait-elle renforcer le goût pour l'apocalypse ? Ce que montre les films récents, c'est avant tout que l'homme n'a pas pu empêcher la catastrophe, qu'au mieux l'humanité repart de zéro (2012), qu'au pire elle disparaît totalement (Le derniers jours du monde), ou que les derniers représentants de l'espèce n'ont plus qu'à survivre tant bien que mal. Programme peu réjouissant... Peu réjouissant et pourtant ces films fonctionnent tous agréablement.
 
Le dernier en date de Roland Emmerich semble être l'accomplissement d'un rêve de gosse. car cette fois, l'homme peut enfin détruire toute la planète, l'inonder de toute part et se livrer ainsi à un jeu de massacre. Pour une fois, le monde n'est pas sauvé, tout s'écroule, pour le plus grand plaisir du spectateur qui profitera de séquences apocalyptiques sur vitaminées aux effets spéciaux, complètement improbables, mais véritablement accrocheuses. Les 2h40 s’enchaînent à vive allure, à peine plombées par les quelques scènes moralisatrices ou faussement émotives (comme toujours, alors que tout se joue à quelques secondes, le héros trouve le temps d’embrasser femme et enfants). Roland Emmerich semble de moins en moins aimer les films avec plusieurs héros comme on le trouvait dans Godzilla ou Independance Day. Le jour d’après se concentrait sur un père et son fils, zappant très largement les autres histoires. 2012 ne s’attache qu’au sort d’une famille (John Cusack en père de famille raté qui tente de reconquérir son statut de père, voilà qui rappelle au passage l’histoire de la Guerre des mondes de Spielberg). Dans une trajectoire en ligne droite, Dieu Emmerich sauve uniquement une famille (tant du naufrage que de la rédemption) allant même jusqu’à faire disparaître héroïquement le second mari afin de reconstruire la famille originelle. Les autres personnages, dont le scientifique censé découvrir le problème et l’éviter, ne sont qu’un arrière fond très schématique. Mais on ne va pas reprocher à Sir Emmerich de ne pas parvenir à mêler drame personnel et catastrophe comme se plaît à le faire Night Shyamalan. Le chemin est balisé d’autant plus que dès les premières images, le spectateur sait qu’il embarque dans des montagnes russes sans autre ambition que de se laisser prendre au jeu.

Ne balayons pas trop vite le travail de Roland Emmerich. Derrière le scénario pré formaté et les thèmes récurrents, l’homme s’amuse à jeter quelques piques pour le public américain. Car en dix ans, le président des Etats-Unis est demeuré un héros hors du commun dans tous ses films. Pilote de chasses zigouillant de l’alien, Monsieur le Président se voyait mourir dans un accident d’hélicoptère (Le jour d’après) et se voit à présent (en président noir) balayé par une vague géante. Que l’homme demeure un héro qui se sacrifie et reste avec son peuple certes, mais cette obsession de Emmerich pour la mort du président (même le nouveau président noir) a quelque chose de drôle, tout comme la destruction à répétition de la maison blanche. Finir aussi en ne laissant émerger comme terre que l’Afrique est un pied de nez assez facile, mais cependant très sympathique à l’hégémonie américaine, qui rappelle à nouveau la fin du Jour d’après où les terres préservées étaient celles des pays du Sud. Cette fin est d’autant plus curieuse que dans les vaisseaux servant d’Arche de Noé, aucun pays d’Afrique n’apparaît clairement (on cite l’Europe, l’Amérique du nord, l’Asie, la Russie), pouvant tout aussi bien laisser figurer l’image d’un néocolonialisme. Ce sont donc des menus ajouts dans la réalisation qui viennent égailler un film très balisé, où Roland Emmerich s’amuse sans grande finesse à réécrire le mythe fondateur des Etats-Unis.

Cette quasi suite du Jour d’après, et préquelle de Waterworld, prouve que les films catastrophes ne sont pas forcément les plus catastrophiques du moment (dans un mauvais jeu de mots), comme le témoignait aussi Les derniers jours du monde. Si face à 2012, on peut redouter la future adaptation par Emmerich du chef d’œuvre d’Asimov (Fondation), le spectateur averti ne sera pas trompé sur la marchandise à l’image d’une des meilleures scènes du film que constitue la fuite vers l’aéroport dans un Los Angeles en décomposition. Tout est parfaitement orchestré, trop parfaitement pour être crédible, mais suffisamment pour être jouissif. Le héros (John Kusac) fait sortir in extremis sa famille d’une maison qui s’effondre deux secondes après, enfourne tout le monde dans la limousine qu’il conduit (et oui, car l’écrivain raté et pourtant en partie prophète de la fin du monde doit bien nourrir sa famille comme chauffeur de limousine) sans prendre le temps de refermer la portière, et démarre alors que la route s’écroule sous les pneus. Voilà le bolide lancé à grande vitesse qui seul parviendra à réchapper des explosions et de la pluie d’immeubles. Parvenu à l’aéroport, le pilote d’un petit coucou est mort, que faire ? Ouf, le gentil second mari sait piloter et prend les commandes avec brio d’un avion dont la piste d’envol disparaît quelques mètres derrière dans un immense gouffre vorace. C’est que la famille est sacrément chanceuse, mais bon, si elle mourrait au bout de deux minutes, il n’y aurait pas de film, alors concédons l’improbable et savourons la fin du monde comme il se doit ! 

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