Retour sur les sorties du 4 novembre : Le Concert, les Herbes Folles, The Box, Away we go

Publié le par ES

Il est des semaines qui comptent plus que d’autres, des semaines où on aurait envie de tout voir au cinéma, d’autres où aucun film ne nous tente vraiment, des semaines où plusieurs cinéastes renommés sortent leur nouveau bébé prévu de longue date et d’autres où ces mêmes cinéastes déçoivent. Mercredi 4 novembre a réuni en une seule sortie pratiquement tous les films attendus au tournant du mois. Et, triste est de le dire, mais les quatre films de cette chronique, issus de quatre réalisateurs que la critique observe soigneusement, ont quelque peu déçu.

Difficile de trouver un réel lien entre ces quatre films tant l’écart est important, si ce n’est que Radu Mihaileanu (Le Concert), Alain Resnais (Les Herbes Folles), Richard Kelly (The Box) et Sam Mendes (Away we go) ont tous produit au moins un film (quand ce n’est pas une filmographie entière pour Alain Resnais) marquant à un certain niveau. Le premier avait su toucher le public avec son Vas Vis et Deviens, certes pas obligatoirement un très grand film, mais une histoire émouvante et originale. Le second n’est plus à présenter et n’aurait à regretter que le culot du dernier jury du festival de cannes de lui décerner un prix spécial en lot de consolation. Le troisième est parvenu en deux films à devenir culte grâce à un premier long métrage étrange et passionnant (Donnie Darko) et à un second délirant mais catastrophique ( Southland Tales). Le dernier de la liste a déjà fait parler de lui cette année avec les Noces Rebelles (et auparavant avec l’assez bon American Beauty). On pouvait attendre du lourd, des surprises, et un certain plaisir cinématographique qui n’a malheureusement pas atteint les sommets escomptés. Retour sur les raisons d’une déception groupée.

Mihaileanu avec Le Concert a choisi de poursuivre la critique des préjugés portés à l’encontre des minorités, mais de le faire cette fois-ci entre Russie et France sur le ton de la comédie. Un ancien orchestre (composé notamment de personnes juives) se voit interdit de jouer pour le Bolchoï. Vingt ans plus tard, son chef d’orchestre devenu homme de ménage intercepte un fax dans le Bolchoï pour jouer à Paris, prend le papier en secret et va emmener son ancien orchestre à Paris à la place du véritable. Après des difficultés pour convaincre la petite troupe, le joyeux bazar débarque à Paris, et après quelques déboires réussira in extremis à sortir un concert magnifique. Derrière l’intention du chef d’orchestre, il y a l’envie de voir un violoniste de renom (jouée par Mélanie Laurent) et de dénouer un drame familial émouvant. Moins impressionnant que Vas Vis et Deviens, plus maladroit aussi, le film réussit presque à tirer son aiguille du jeu dans le ton de la comédie notamment dans une ou deux scènes. Citons pour le plaisir ce mariage d’un industriel russe, espérons le caricatural, où l’homme engage des figurants pour avoir du monde, dans un kitch grandiose. Le mariage se finit, entre musique et quiproquos, dans une fusillade joyeuse. Le problème demeure que Mihaileanu semble s’être un peu précipité dans sa réalisation comme le montre la scène finale qui frôle une certaine virtuosité avant de sombrer dans une lourdeur affreuse. Choisir de filmer tout un mouvement de concerto était une idée prometteuse et délicate, y intégrer un très beau montage entre trois jeux du concerto (celui de la violoniste présente, celui de la violoniste passée et celui de la violoniste en camps d’emprisonnement). Assez sublime, cette scène est malheureusement noyée dans une suite de montages mêlant flash back et annonces de l’avenir qui plombe la fin du concerto, rendant la scène ennuyeuse et brisant tout effet de virtuosité qu’aurait mérité le crescendo du film. Reste ainsi un film qui passe à côté des aspects les plus intéressants du sujet, n’offrant qu’une comédie douce amère agréable à regarder, mais qui ne réitère pas le souffle de ses premiers longs métrages.


Sympathique aussi, le Away We Go de Sam Mendes nous entraîne à la suite d’un jeune couple découvrant qu’ils vont avoir un enfant alors qu’ils sont quelques peu pommés. Road trip dans les Etats-Unis et au Canada pour rencontrer des familles et leurs modes d’éducation. Si le propos est parfois peu crédible et moralisateur (retour aux valeurs fondamentales de la famille, aucun modèle n’est le bon, seul l’amour permet d’éduquer un enfant..), le film se déguste à merveille. Musique douce, personnages outranciers et amusants, les éléments du Feel Good movie classique sont réunis (dans la veine d’un Garden State, Little Miss Sunshine ou Juno) pour passer un bon moment. Pour être franc, si le film est sympathique, il n’a rien de bien nouveau et se laisse vide oublier. Le véritable attrait du film tient en fait dans l’aspect diptyque d’une œuvre que Away We Go constituerait avec Les noces rebelles. Deux couples, deux époques, deux façons de filmer. Chaque point semble répondre à l’autre, comme une image globale ayant pour thème le couple en Amérique : A l’image épurée et beige et à la photographie très maîtrisée et cadrée des Noces répond une image plus colorée, plus proche des personnages ; aux deux beaux acteurs stars répondent deux comédiens quasi anonymes ; à la tragédie croissante correspond la comédie en happy end. A l’American Way Of Life où les personnes devaient correspondre à un modèle prédéfini, où la régularité servait de norme répond une société sans repère, partant dans toutes les directions. Petit film certes, mais qui une certaine valeur par son dialogue avec les Noces Rebelles.


Autre film américain attendu des initiés, The Box marquait le grand retour de Richard Kelly qui adaptait une nouvelle de Richard Matheson. Comme le scénario était un peu bancal, Kelly choisit pour décors l’Amérique des années 1960-1970. Une famille faussement parfaite qui peine à joindre les deux bouts se voit proposer par un mystérieux inconnu une boîte avec un bouton. S’ils appuient, quelqu’un meurt, quelqu’un qu’ils ne connaissent pas, et ils empochent 1 million de dollars. Ils ont 24 heures pour choisir. Face à leurs difficultés du quotidien (une femme handicapée au niveau d’un pied, un mari qui se voit refuser la promotion espérée), et quelques instants avant le retour de l’homme mystère, la femme (une Cameron Diaz dans un registre nouveau) appuie. L’homme revient, prend la boîte, les remords percent déjà et l’inconnu explique qu’il donnera la boîte à une autre famille en affirmant « vous ne les connaissez pas », le spectateur comprenant sans trop de problème la menace qui plane dans cette sentence. Peu à peu, le couple est plongé dans un complot incompréhensible et oppressant. Difficile de résumer sans transformer l’histoire en un récit foireux (les martiens n’étant pas très loin) et c’est bien là que le bas blesse. Une réalisation classique, mais plutôt maîtrisée, une question plutôt accrocheuse, et une fin bien tournée sauve ce film quelque peu casse gueule, mais gageons que Richard Kelly saura retrouver la force de son premier film. En tout cas, l’homme demeure fidèle à ses thématiques choyées (les temps parallèles, l’impossibilité de changer le destin, …) et ne manque pas d’originalité. Le film ne s’adressera donc pas à tout le monde, mais comblera les personnes qui avaient aimé Southland Tales.

    Le film le plus incroyable de la semaine est curieusement l’œuvre d’un vieux réalisateur encore espiègle. Délicat de raconter vraiment les Herbes folles. Une femme (Sabine Azema) se fait voler son sac, un homme (André Dussolier) retrouve le porte feuille. L’amenant à la police, il espère que la femme l’appellera, il se met à désirer désirer cette femme. S’ensuit un jeu de chat et de souris : l’homme voudrait aimer la femme, la femme le prend pour un fou, jusqu’à leur véritable rencontre. L’homme semble déçu, la femme au contraire se met à vouloir aimer l’homme. L’impossible satisfaction se clôt par une envolée dans un petit avion où ils finissent d’une certaine manière par se retrouver. Sans dévoiler la fin, il faut pourtant avouer que la dernière séquence rompt avec le film, comme pour mieux signifier que tout n’est que fiction, qu’on joue avec le spectateur depuis le début, l’entraînant sur des fausses pistes. Le récit mené par la voix off de Edouard Baer enchante dès le début du film, les acteurs s’amusent visiblement et Alain Resnais se plaît à brouiller les pistes, entre hypothèses policières, histoires amoureuses, comédie familiale, chant d’amour au cinéma ou encore expérience surréaliste. Les Herbes Folles ne peuvent qu’enthousiasmer dans la véritable liberté que se permet Resnais, liberté qui hélas par moment se révèle quelque peu à court de sens et un tantinet ennuyeuse (c’est toujours le risque quand on flirte entre l’expérience cinématographique et le film scénarisé). S’il est donc difficile de considérer les Herbes Folles comme une œuvre parfaite, il n’en demeure pas moins que Alain Resnais parvient à rester un réalisateur hors norme et d’une inventivité étonnante qui en fait ainsi le meilleur film de la semaine.


    Le 4 novembre aura donc été riche en longs métrages attirants et fascinants, mais parfois décevants. Reste une jolie constatation possible au regard de ce cinéma éclectique et foisonnant que constitue l’exemple de ces quatre films : Les surprises peuvent encore être au rendez-vous.
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