Inception, Déception

Publié le par PS

Un braquage de banque très oppressant, des gangsters affublés de masques de clowns effrayants, et un jeu de massacre où chaque braqueur a reçu l’ordre d’éliminer un de ses partenaires afin que le pactole final soit plus conséquent. Il n’en reste qu’un au bout de trois minutes, l’impromptu qui file grâce à son bus scolaire jaune hors de la banque juste à temps pour éviter la police. Nous sommes au tout début de Batman The Dark Knight et une évidence pointe son nez : ce film promet beaucoup, tout comme son réalisateur, Christopher Nolan. Batman, série relancée grâce à Nolan, retrouve ses lettres de noblesses, sa noirceur, sa folie, sa rage propre à la mythologie de Gotham City. La première partie du Chevalier Noir était excellente, d’un très bon niveau pour une production de studio Hollywoodien. Le nouveau Christopher Nolan était donc très attendu. Dans les films du réalisateur, il est souvent question de poursuite, de fuite, de revanche, d’illusions et de secrets (Memento et son personnage en quête de l’assassin de sa femme, polar noir dans Insomnia ou poursuite mensongère dans le Prestige). Le réalisateur fait preuve d’une certaine cohérence dans son travail, d’une volonté de bâtir des films grands publics ambitieux, plus complexes que le simple blockbuster de base.

http://www.galathys.com/wp-content/uploads/2010/05/inception-poster-2.jpegAprès six longs-métrages à son actif, il était envisageable de voir Inception comme une confirmation véritable d’un réalisateur cinéaste. Tiré d’un scénario original écrit par Christopher Nolan, Inception explorait la thématique du rêve et du souvenir, cher au réalisateur (Memento ou les Batmans en témoignent). Au programme, Dom Cobb (Leonardo DiCaprio plutôt convaincant) est un voleur de rêve. Grâce à son équipe, il s’immisce dans les rêveries et l’inconscient de personnes pour leur voler des secrets. Une de ses cibles, Saïto (Ken Watanabe, déjà présent dans Batman Begins) à qui il n’a pas pleinement dérobé un secret décide de faire appel à ses services pour une nouvelle mission périlleuse. Il ne s’agit plus de voler un secret, mais d’insérer dans le subconscient d’un jeune héritier, M. Fischer (l’énigmatique Cillian Murphy) tout juste endeuillé et sur le point de recevoir l’empire de son père, l’idée de démanteler la multinationale familiale. Cette insertion se nomme précisément Inception. S’ensuit une partie de préparatifs où Dom Cobb réunit son équipe, dont la nouvelle architecte de rêve, Ariane (Ellen Page, qui sort des rôles de lycéennes et confirme un certain talent). Puis la mission débute avant d’apparaître plus compliquée que prévue. Gardons un peu de mystère du point de vue de l’histoire dont le résumé ne pourrait être qu’embrouillé, le principal soucis de Dom Cobb étant d’être hanté par le souvenir de sa défunte femme (Marion Cotillard, ni mauvaise, ni excellente).

Le sujet, le casting, la filmographie de Nolan, plusieurs points étaient prometteurs. Hélas, le rendu est moins excitant qu’annoncé. Il faut reconnaître à Christopher Nolan un vrai talent de storyteller. Le spectateur embarque immédiatement grâce à cette astuce (un peu convenue) de débuter par une séquence qu’on retrouvera plus tard et qui prendra du sens à ce moment-là, puis une scène d’action plutôt réussie. La complexité du procédé pour l’incursion dans les rêves, la construction des procédés, dont l’imbrication de plusieurs rêves dans un même rêve, tous les éléments nécessaires à la narration sont agréablement compréhensibles au fil de l’histoire. Christopher Nolan use de plus d’une très bonne idée en jouant sur les temporalités décalées. La temporalité dans un rêve étant, selon le récit, plus allongée que la durée du réel. On peut ainsi vivre une heure dans un rêve en ne dormant que cinq minutes. Et à chaque fois qu’on s’enfonce (un rêve dans le rêve), la temporalité s’étend à nouveau. Cela permettra de jouer notamment sur quatre durées différentes dans une même scène (sans doute la meilleure du scénario).

http://www.virginmedia.com/images/preview-inception-431.jpgL’ennui de cet Inception réside finalement dans une impression d’habitude. Ce scénario original semble avoir puisé dans bien des sources. Outre Matrix ou James Bond, revendiqués par le réalisateur lui-même, la constitution de l’équipe et ce travail à plusieurs pour monter l’opération rappellent aisément les Missions Impossibles ainsi que la série des Oceans. Le jeu sur l’impossibilité de savoir si le réel est véritable ou non reprend de près le Existenz de Cronenberg. Les ressorts du rêve peuvent faire penser aux films de Michel Gondry. Les effets spéciaux lorgnent du côté de Constantine (la scène de la baignoire notamment). L’originalité n’empêche pas quelques facilités car Christopher Nolan semble avoir son idée fixe, quitte à bousculer quelques cohérences du genre. Ainsi Monsieur Saito tombe-t-il constamment au bon moment, que Dom Cobb se retrouve poursuivi ou que l’équipe ait besoin d’un Boeing pour opérer. Mel, la défunte bien accrochée, surgit à chaque fois au meilleur instant pour faire capoter les plans de l’équipe. La plongée dans le dernier rêve, le plus complexe, devient la scène la plus mouvementée, voilà que des tireurs apparaissent, comme des images du subconscient combattant les corps étrangers. Mais ces poursuites dans les rues d’une ville Nord Américaine ressemblent à toutes les poursuites de films d’action (comme un clin d’œil à son propre Dark Knight), la scène dans les couloirs d’hôtel avec cette apesanteur transformée, toute sympathique qu’elle soit et bien amenée, donne cette impression de ne rien faire avancer, d’uniquement ajouter une couche d’action pour rendre la tension plus forte. Le passage dans une forteresse hivernale devient quelque peu confus et se ponctue par l’arrivée dans l’inconscient de Dom Cobb, de ce monde s’écroulant. Mais s’agit-il d’incohérences, de faiblesses ou bien d’un jeu malin de Christopher Nolan pour mieux faire comprendre que tout n’est qu’un vaste rêve comme le laisserait penser la fin ouverte sur plusieurs interprétations possibles. Et voilà que soudain ce film rappelle étrangement le Shutter Island de Scorsese, avec déjà Leonardo DiCaprio en veuf halluciné. Pourtant, là où Scorsese pêchait par une mise en scène complètement appuyée, offrant une belle leçon de cinéma mais perdant dans le même temps une certaine fraîcheur, Inception pêche par un certain manque de mise en scène à l’inverse, comme si Nolan était doué pour raconter des actions, moins pour donner du sens à ses images. Certes, appeler son architecte Ariane (renvoyant à la mythologie grecque), parler des limbes (tant grecques que chrétiennes)  ou employer le terme Inception (évoquant le Commencement biblique) donnent quelques clefs, mais n’apparaissent guère à l’écran.

http://www.tijuana.fr/wp-content/uploads/2009/08/inception.jpgCe qui déçoit dans cet Inception n’est pas tant le récit, ni même le mélange entre une trame narrative de film d’action et un drame familial philosophique, que l’incursion dans les rêveries des personnages. Alors que les acteurs ne cessent de parler des rêves, de leur illogique, leur imprévisibilité, leur surréalité, l’image, elle, ne suit pas, tombant dans un univers assez pauvre, à l’exception de ce train sortant de nulle part ou de la belle séquence dans les premiers rêves d’Ariane au cœur d’un Paris métamorphosé. Dom Cobb répète constamment que la chose la plus tenace et la plus dangereuse, ce sont les idées. Il semble que cela puisse être vrai au regard du film. Trop obnubilé par quelques idées plutôt bonnes, Christopher Nolan a sans doute oublié que d’autres idées pourraient venir enrichir le film. Inception devient alors un très bon film de divertissement, mieux écrit que la plupart des productions équivalentes, mais peine à se placer au niveau des chefs d’œuvre cinématographiques.

Commenter cet article

juan 26/07/2010 23:35


je dirais même plus, peine à se placer au niveau cinématographique (accessoirement et inclusivement, au niveau esthétique).
mise en scène très anesthésiée (comme avec une couche de vernis mat), tout comme finalement le film, excitant mais... guère émouvant.
il n'empêche une démonstration assez intéressante, à cause de ces deux éléments un cran en dessous du magistral (pour moi) the prestige (dont l'image était déjà bien plus intéressante bien que
très classique, peut être la faute a un changement de chef op?), mais toujours bluffante (on aimerait pendant la première partie que ça ne se finisse jamais, afin d'exploiter toutes les
potentialités, et que le metteur en scène imite assayas et son carlos). D'aucuns ont aussi souligné la créativité somme toute très limitée dans l'utilisation de l'onirique (à part le monde très
matrix 3 du rêve le plus profond), je suis assez d'accord: il y avait une idée de flou, de traces qui auraient pu être exploitées à tous les niveaux, esthétiques, scenaristiques... finalement peut
être que tous ces reproches se font écho.