2009 / 2010 - flash back / flash forward

Publié le par ES

A quoi servent les bilans de fin d’année, ces top 10 que tous les magazines se plaisent à présenter ? S’agit-il d’une récompense pour certains films, d’un moyen pour les journalistes de se mettre en avant en rappelant qu’ils avaient vu juste, de remettre les pendules à l’heure ou simplement de célébrer les films attachants et marquants ? Faire le bilan d’une année, ce sera dans ces quelques lignes avouer d’abord qu’il est difficile de tout voir et qu’un bilan n’est jamais exhaustif, ni objectif. Ce sera aussi revenir sur des films particuliers, des films d’une certaine importance, pas tant en fonction du budget de réalisation, du box office, du sujet abordé ou de l’attente provoquée par un projet, que par le sentiment que quelques films méritent non pas seulement d’être vus, mais aussi d’être revus, portant en eux cette différence qui les rend à part et suscite un intérêt réel.
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En 2009, plus de 400 films ont pointé le bout de leur nez sur les écrans, parfois pour une semaine, parfois pour plusieurs mois. Pour quelqu’un qui se rend dans les salles obscures de façon régulière, un constat doit être rappelé : un an après, tous les films n’ont pas le même écho dans une mémoire. Il y a des films « sérieux » (d’auteurs, indépendants…) qui ont pu décevoir ou n’ont pas emballé, il y a ces films « consommables » produits par l’entertainment, qu’on regarde avec plaisir sans trop se demander s’ils sont bons ou pas, juste pour se divertir en ayant conscience qu’ils ne feront pas franchement partie de la DVDthèque idéale. En élaguant, voici une quinzaine de films qui ont rythmé mon année cinéma, et que j’encourage à découvrir. Pas de top cependant. Il n’y a pas un meilleur film, il y a des films qui tous ont crée une émotion personnelle, un écho qui les distingue des autres. Tous pourraient être regardés à nouveau avec plaisir.

Certains réalisateurs habitués de la caméra sont revenus avec de grands films. Si son Boulevard de la mort avait pu laisser perplexe, le nouveau bébé de Tarantino, Inglorious Basterds a convaincu public et critiques à juste titre, puisque l’homme est à nouveau parvenu à unir une folie créatrice et joviale propre à ce gamin fanatique du cinéma populaire et une maîtrise de la mise en scène et de la réalisation indéniable (pour le bonheur des yeux, il suffit par exemple de contempler la première scène du film ou encore la scène du mille feuilles entre Mélanie Laurent et Christopher Waltz). Plus âgés, mais tout aussi incroyables, si ce n’est davantage, Woody Allen a présenté une comédie de maître avec son Whatever Works, Alain Resnais a exploré avec bonheur les méandres de ses Herbes folles (non sans laisser par moments quelques passages curieux et durs à suivre), Clint Eastwood, qui enchaîne lui aussi les tournages, a apporté avec son Gran Torino un récit émouvant plus réussi que L’Echange, quant à Coppola, son film noir Tetro, esthétiquement sublime a lui aussi fait preuve d’un talent indiscutable. De grands messieurs sont donc encore capable d’impressionner les jeunes générations. Il convient d’ajouter à cette première liste deux autres titres dont les réalisations, les choix artistiques (mise en scène, photographie, travail sur le jeu des acteurs, sur la narration) font de ces longs métrages de véritables chefs d’œuvre à savoir Le Ruban Blanc du génial Michael Haneke et le Vincere de Marco Bellocchio, peut-être un brin trop long, mais dont chaque plan témoigne d’un savoir faire indéniable.

2009 a compté aussi son lot de films ayant bénéficié d’une belle publicité et ayant su tirer leurs épingles du jeu. Le nouveau film des Frères Larrieu, Les derniers jours du monde, aura d’une certaine manière montré qu’il est possible d’aborder le film catastrophe et apocalyptique avec finesse, humour et noirceur. Ces mêmes adjectifs pourraient aller à merveille au film d’animation Mary et Max, qui demeure (avec la première partie de La Haut) l’un des plus beaux film animé de l’année. Le nouveau Park Chan Wook, Thirst, empreint d’une virtuosité gourmande et d’une mise en scène romanesque ne plaira pas à tout le monde (comme ses autres longs métrages) mais à confirmer le talent du Coréen. Tandis que deux films, anglo-saxons, auront été jouissifs sur le plan de l’humour, qu’il s’agisse du so british In the Loop (pour les dialogues décapants davantage que pour l’histoire un peu fragile sur la fin) ou du Jusqu’en enfer de Sam Raimi (bien meilleur quand il s’agit de jouer avec les codes d’un genre que de mettre en scène les aventures de l’homme araignée). N’oublions pas enfin le plutôt réussi Max et les Maximonstres dont l’exploration du monde de l’enfance et de sa relation au monde adulte était plutôt convaincante.

Pour en finir avec 2009, regrettant seulement de ne pas avoir vu certaines réalisations qui auraient sans doute pu figurer dans cette petite liste incitative, citons cinq œuvres passionnantes ou prometteuses qui n’ont pas eu la chance de pouvoir toujours bénéficier de la publicité méritée, mais qui demeurent, de par leur caractère inattendu, les très bonnes surprises de l’année. Morse, du Suédois Tomas Alfredson, revisitait le mythe du Vampire, en pleine frénésie du genre, et parvenait à la fois à faire du neuf avec un thème quelque peu éculé et à offrir une photographie sublime. L’Autre, dont l’interprétation de Dominique Blanc était impressionnante, en s’intéressant au thème du double dans un paysage urbain empli d’une poésie hypnotique reste un film difficile, mais réellement envoûtant. Le deuxième long métrage de John Crowley, Boy A, aura confirmé Andrew Garfield avec ce premier rôle comme l’un des acteurs britanniques à suivre. Sobre et captivant, ce récit d’une réinsertion impossible bouleversait sans tomber dans le pathos bon enfant. Andrew Garfield était aussi à l’affiche de Red Riding Trilogy, chef d’œuvre du genre film noir, ces trois films qui constituent une œuvre unique prouvent notamment que de bonnes choses peuvent germer de la télévision. Enfin,  on pourrait citer le premier long métrage australien Samson et Delilah qui, avec peu de paroles, parvient à mettre en place une relation amoureuse brillante (on retiendra la très belle scène de danse dans le village des aborigènes).

2009, résumé en quelques lignes, oubliant sans doute bien d’autres œuvres, témoigne de la diversité et de la richesse d’un cinéma monde qui est encore parvenu à divertir autant qu’il interroge et à montrer qu’il était possible de réaliser des films de qualité tant dans le fond que dans la forme. Et comme le cinéma ne s’arrête jamais de tourner, 2010 offre d’ors et déjà de belles perspectives cinématographiques.

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Tout bilan a toujours deux parties, un regard rétrospectif et une vue sur l’avenir (si possible optimiste). 2010 apportera son lot de films hollywoodiens à foison. Les blockbusters issus de comics marquant une pause (pour nous envahir de plus belle en 2011), d’autres gros films américains sortiront, dont pas mal de suites à commencer par les plus ou moins attendus Shrek, Toy Story, Harry Poter, Iron Man… De gros réalisateurs US reviendront, espérons le en forme pour offrir de beaux moments de divertissement et si possible quelques séquences cinéphiles, qu’il s’agisse de Scorsese et de son Shutter Island (qui s’annonce d’après la bande annonce, moins intéressant que ses derniers opus, quoi qu’attrayant), des Frères Cohen (A Serious Man), de Wes Anderson (Fantastique Mister Fox), de Peter Jackson et de son Lovely Bones (qui visuellement pourrait être assez joli), de Rob Marshall, Shyamalan, Clint Eastwood ou encore Tim Burton (dont le Alice au pays des merveilles a déjà commencé à inonder les spots publicitaires). L’Amérique amènera aussi son lot de films oscarisables que ce soit avec Precious de Lee Daniels ou Up in the Air de Jason Reitman (à qui l’on doit Thank you for smoking et Juno).

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D’autres films peuvent aussi promettre quelques bons moments. Mr. Nobody de Jaco Van Dormael s’annonce visuellement plutôt alléchant. Guillaume Cannet revient avec son troisième film (les petits mouchoirs) et devrait ainsi confirmer ou non son talent en tant que réalisateur. Dans un même style, Vincenzo Natali offrira son Splice, nouvelle réalisation après les curieux et sympathiques Cube et Cypher (de purs films de genre). Et côté français, ce sera aussi le retour de Nicolas Boukhrief (autre réalisateur de films de genre, cette fois le film noir avec notamment l’excellent Convoyeur) avec Gardiens de l’ordre, dont le casting s’annonce déjà intriguant en soi (Fred Testot et Cecile De France en policiers corrompus).

Pour finir, parmi quelques films d’auteur à venir, présentés au Festival de Cannes 2009, le grandiose Mother de Bong Joo Wo devrait ravir les amateurs de film noir. Le petit film de Denis Villeneuve, Polytechnique, qui revient sur le massacre de Polytechnique à Montréal, offrira un splendide noir et blanc. Le japonais Kore Eda nous présentera son Air Doll, histoire d’une poupée gonflable quelque peu longuette par moments et contemplative, dont les images sont d’une beauté enchanteresse et dont quelques scènes demeurent passionnantes. Enfin et pour conclure ce rapide tour, le Roumain Porumboiu arrivera sur nos écrans avec Policier, Adjectif, sans doute l’un des meilleurs films de la sélection Un certain regard, difficile d’accès par sa lenteur (le film s’intéressant notamment à la question des filatures dans une police en partie corrompue), mais extraordinaire et dont la scène finale (et son long plan séquence) offre un magnifique moment de cinéma. Il ne reste plus qu’à fêter la fin d’année avec joie, en sachant que 2010 ne nous laissera pas désoeuvrés en matière de cinéma.
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Publié dans Atypique...

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Claire 15/01/2010 18:02


Une bonne façon d'éviter le lapidaire top 10 en effet...et merci d'avoir cité The Red Riding Trilogy, une réussite ! et pour continuer dans le cinéma british, il y a eu Fish tank, et en février An
Education, de Lone Scherfig (OK, danoise)...peut-être aussi citer La Nana, film chilien atypique de Sebastian Silva, prix du jury à Sundance. Merci d'avoir cité Mother, et je suis d'accord avec ta
description d'Air Doll, beau mais peut-être moins réussi que Still Walking. 2010 nous apportera aussi A Single Man, de Tom Ford. En effet je ne crois pas non plus qu'on sera désoeuvrés en 2010 !